M.O.L.I.E.R.E. mise en scène d’Elsa Robinne
M.O.L.I.E.R.E. mise en scène d’Elsa Robinne
Méli-Mélo Oratoire Librement Inspiré d’Errances dans le Répertoire de l’Eponyme, acronyme de Molière, est un spectacle sur la vie, plus que l’œuvre, de notre auteur national. Au départ, né Jean-Baptiste Poquelin et fils de tapissier, ne veut pas succéder à son père et devient acteur. Mais il ne réussit pas trop comme tragédien et part avec sa troupe jouer ses pièces dans toute la France. Avant de de revenir à Paris et d’y connaître le succès mais aussi de créer le scandale avec Tartuffe dont la compagnie du Saint-Sacrement de l’autel est horrifiée. Bien vu par Louis XIV, Molière connaîtra une réussite exemplaire mais comme on sait, il mourra encore jeune, en 1673, juste après avoir joué Le Malade imaginaire…
Ici aucun décor autre que trois chaises en bois et un synthé avec lequel une jeune musicienne accompagne les acteurs. Elsa Robinne a bien dirigé Clément Beauvoir, Lucas Hénaff et Etienne Luneau qui passent allègrement d’un personnage à l’autre: le père de Molière, le tragédien Montfleury, le Prince de Conti qui a protégé sa troupe, Louis XIV. Mais aussi le compositeur d’origine italienne Lully, ses comédiens de L’Illustre Théâtre et un tout jeune auteur: Jean Racine qui écrit Andromaque à vingt-neufs ans des médecins, et …des journalistes qui l’interviewent.
Ces acteurs savent bouger et ont tous les trois une très bonne diction. Le texte souvent assez drôle, est surtout fait d’un tricotage de citations: Les Fourberies de Scapin, L’Avare, Le Bourgeois Gentilhomme, Le Médecin malgé lui, La Critique de l’Ecole des femmes... Et discrètement signalées comme telles dans les répliques. Et cela fonctionne ? Oui, et non. Les acteurs se sont bien entraînés à cet exercice pas facile et il n’y a aucun temps mort. Et comment résister au charme de ces répliques d’un théâtre que l’on connait souvent depuis l’enfance… Pour notre part, la fameuse scène entre Harpagon et son valet La Flèche. C’est toujours un bonheur de retrouver ces tirades écrites… il y a déjà plus de trois siècles.
Les soixante-quinze minutes passent vite mais sentent un peu trop le procédé et le texte aurait mérité d’être mieux écrit : la mort de Molière, à la fin, est ratée et devrait être revue d’urgence, comme les éclairages, souvent faibles et trop approximatifs. Et on se demande bien pourquoi il n’y a aucune actrice dans la distribution… alors qu’elles sont plusieurs dans T.C.H.E.K.H.O.V de la même compagnie, un spectacle joué aussi dans ce même théâtre comme S.H.A.K.ES.P.E.A.R.E. Toujours selon le même procédé. Le public plus très jeune et pas très nombreux en ce dimanche après-midi, a applaudi mollement… On aimerait bien voir ces acteurs jouer une pièce de Molière. Alors à vous de décider si cela vaut le coup d’aller faire un tour dans ce charmant petit théâtre que fit construire en 1894 le constructeur automobile Louis Mors à côté de son hôtel particulier depuis remplacé par des immeubles. Au dessus de la porte d’entrée de la salle , une devise en latin : Mihi amicisque meis. ( Pour moi et mes amis). Au moins, cela avait le mérite d’être clair ! Reconverti en cinéma puis en théâtre, le Ranelagh accueillit alors les spectacles -excusez du peu!- de Brigitte Fontaine, Jacques Higelin, Jean-Roger Caussimon, Rufus, Pierre Barouh et des expositions entre autres, celle du jeune Christian Boltanski! Voilà, vous saurez tout…
Philippe du Vignal
Jusqu’au 24 janvier, Théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes, Paris (XVI ème). T. : 01 42 88 64 44.

