Son odeur après la pluie de Véronique Boutonnet, d’après le roman de Cédric Sapin-Defour, mise en scène de Richard Arselin et Véronique Boutonnet
Son odeur après la pluie de Véronique Boutonnet, d’après le roman de Cédric Sapin-Defour,mise en scène de Richard Arselin et Véronique Boutonnet
Succès en 2023 avec quelque 300.000 exemplaires! le roman raconte les liens entre le narrateur et Ubac, un bouvier bernois, durant leurs treize années de vie commune et son deuil, quand son chien a disparu. Le livre, très bien accueilli par la critique, a été traduit en une vingtaine de langues et une adaptation en bande dessinée par José Luis Munuera, est sortie en mai dernier. Et adapté aussi au théâtre, sous forme d’un monologue, joué dans la plus petite des salles du Lucernaire par Marie-Hélène Goudet.
Et cela donne quoi ? Du meilleur et du vraiment pas bon: l’actrice dès qu’elle arrive sur le plateau, sait prendre le texte à bras le corps pour dire cette histoire pour dire, ô combien ciselée, cette histoire d’amour, de vie et de mort, avec avec une belle présence et une excellente diction. Une histoire entre un homme et son chien marchant tous les deux dans une nature qu’ils connaissent et où ils sont bien, écoutant les bruits d’autres êtres vivants. Le bouvier bernois, d’une rare intelligence, est aussi une merveille de calme et d’affection et qui aboie juste s’il pense qu’il y a quelque chose de pas normal…
Nous en avons connu un, capable d’attendre son maître et par ailleurs metteur en scène toute une journée sans bouger allongé sur une terrasse de dalles en schiste chaudes à regarder les poules et les canards passer, sans jamais les embêter. De temps en temps, il allait faire un tour et boire un coup dans un abreuvoir proche. Qu’il qu’il pleuve qu’il fasse beau, ou très froid. « Peut-être voici le moment de te raconter, mon chien. Te raconter une vie entière Une vie cuirassée à la mienne Une vie à partager, à marcher, à se chercher, à se perdre, à s’aimer, à se renifler, à rêver, à discuter Oh oui Discuter Et c’est une habitude que, toujours, nous aurons tous les deux : discuter ensemble. Dès les premières heures ensemble. Les toutes premières heures. Ensemble. »
Il y a une remarquable scénographie, toute simple: des troncs de jeunes bouleaux entre lesquels l’actrice circule facilement. Et on l’écoute avec plaisir dire cet amour sans partage entre cet Ubac et son maître complices, heureux de vivre ensemble. Même si l’existence d’un bouvier bernois ne dépasse guère dix ans !Ce qui ne fonctionne pas dans cette mise en scène : une fois de plus d’inutiles et fréquentes giclées de fumigène comme partout, des éclairages de couleur assez laids et une musique envahissante sous le texte : ce qui n’apporte évidemment rien.
Par ailleurs- et c’est souvent le cas quand on essaye de porter un roman à la scène avec un seul interprète- la dramaturgie est assez faible et cette adaptation en une heure quinze vraiment trop longue: les quinze dernières minutes, avec de fausses fins, pas du tout indispensables. Alors, à voir? Pas sûr, qu’on ait un chien ou pas… Le public semblait partagé et, à entendre les commentaires, a surtout admiré l’indéniable performance d’actrice.
Philippe du Vignal
Le Lucernaire 53, rue Notre-Dame-des-Champs. Paris ( VI ème). T. : 01 45 44 57 34.
Le roman est publié aux éditions Stock (2023).

