Les grands travaux à Chaillot

Les grands travaux à Chaillot

L’édifice construit en 37 pour l’exposition universelle est maintenant une presque vieille dame dont l’entretien a toujours été difficile… Il a fallu refaire dans sa totalité la dalle extérieure il y a une quinzaine d’années. La salle Gémier (420 places) qui avait été d’abord à la construction, une cafétéria située en bas des marches du grand escalier a été entièrement reconstruite de 2013 à 2017, avec un accès technique depuis l’avenue…

©x L'immense grill équipé de câbles et poulies

©x L’immense grill équipé de câbles et poulies

La première et grande salle, dite salle Jean Vilar, avait à l’origine quelque 2.000 places; située sous l’esplanade du Trocadéro, elle avait déjà été entièrement refaite il y a trente ans quand Jack Lang était le directeur,  avec un grill couvrant la totalité de l’espace scène/salle et un système de gradins que l’on pouvait au besoin déplacer grâce à des coussins d’air et transformer ainsi pour les besoins d’un spectacle. A l’époque, les salles dites  » modulables » étaient très à la mode mais  cela nécessitait du temps et. une importante main d’œuvre. C’était sans doute une fausse bonne idée et cette transformation n’eut lieu lieu qu’une dizaine de fois en trente ans d’existence !

Quant aux gradins, ils commençaient à prendre de l’âge, il y avait de l’amiante un peu partout dans les structures de béton, même celles de 1937!   Et les connexions entre la technique et l’artistique étaient difficiles. Le chauffage comme l’aération n’étaient plus aux normes, la maintenance scénique et celle des ateliers techniques, laissait à désirer et il n’y avait toujours pas de salle de répétition d’une surface correspondant à celle du grand plateau (dix-huit mètres d’ouverture sur  treize de profondeur.!) Grâce à la place récupérée, elle sera aménagée sous les gradins avec une isolation phonique, ce qui permettra de présenter un spectacle et d’assurer en même temps des répétitions.  Et on le sait, Antoine Vitez avait été obligé de faire travailler en grande partie Le Soulier de satin dans une ancienne réserve d’accessoires…avant de créer la pièce dans la Cour d’Honneur à Avignon…

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©x La salle en janvier 2023

Cet édifice construit en 37 à la hâte, était sur de nombreux points défectueux et il y  a encore des fuites en cas de fortes pluies à cause d’une mauvaise étanchéité, le sol du foyer  que nous avons connu en béton nu à l’époque de Jean Vilar, avait été recouvert ensuite d’une moquette marron bon marché, les toilettes étaient immondes et la seule entrée pour la salle Gémier se faisait par les jardins! Le tout a été réhabilité grâce à Jérôme Savary qui s’était plaint à François Mitterrand, quand il était venu à une représentation et qui y a vite fait remédier. Bref, le public, les artistes et le personnel d’un grand théâtre national méritaient mieux que cela. Et des travaux de rénovation de grande envergure avaient été  prévus depuis longtemps. Rénovation commencée en janvier 23 et qui  sera achevée, si tout va bien, fin 26. Mais la salle Gémier reste ouverte. Après quatre années d’études, le projet vise à faire des économies d’énergie ce qui n’est pas un luxe, à mieux utiliser les espaces, à moderniser les outils scéniques, à garantir le confort du public et de bonnes qualités de travail pour tous. Mais ces travaux portent sur une surface de 8.900 m 2 ! Avec la construction en béton des gradins, l’agrandissement du plateau vers le fond sous la dalle, côté place du Trocadéro et la création d’une indispensable salle de répétition de 380 m2 sous les nouveaux gradins correspondant à la surface du plateau, la rénovation totale des sanitaires, loges, bureaux et espaces techniques. Ce qui n’était pas un luxe non plus.

Le coût total: 51 millions d’euros, financé par le Ministère de la Culture. Elevé mais, vu l’importance des travaux, pas du tout exagéré. Sous le pilotage d’Eiffage pour le chantier, l’agence Clé Millet pour l’architecture, l’agence Thierry Guignard pour la scénographie, le cabinet Peutz pour l’acoustique et BC Maintenance, pour les équipements scénographiques.

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©x La future salle Jean Vilar

La nouvelle salle aura, comme avant, un peu plus de 1.000 places et la fosse d’orchestre a été conservée, comme les passerelles sur les côtés de la salle. Intelligent: tous les espaces ont été techniquement prévus pour accueillir aussi et au mieux dans le futur, des spectacles de théâtre.. alors que Chaillot est consacré en ce moment  à la danse. Et conçus avec «une logique d’intégration fondée sur une continuité de matériaux et de géométries compatibles avec le style «Arts déco», sans pour autant en retenir les codes monumentaux. (…) Avec essences nobles de bois et large recours aux métaux : acier et laiton.»Pas mal vu non plus. Le grand Foyer dont les grandes baies donnent sur les jardins du Trocadéro et sur la Tour Eiffel, lui,  sera en rien modifié.

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C’est un énorme chantier où travaillent une soixantaine de personne dans les bureaux en sous-sol et sur le site!  On n’y pénètre qu’autorisé, avec bottes et casque prêtés. Olivier Morales, le responsable du chantier cornaque  et explique avec intelligence et précision toutes les étapes de cette réhabilitation.. Le résultat est bien entendu, encore difficile à visualiser exactement mais en tout cas, le plan et les maquettes sont prometteuses.
On a un peu la larme à l’œil et tous ceux qui ont connu la salle précédente, comme les élèves de l’Ecole d’Antoine Vitez puis celle de Jérôme Savary, se sentaient chez eux- parfois trop- dans ces espaces mal foutus mais assez poétiques: la cafétéria où, derrière des murs couverts de contre-plaqué, il y avait encore des affiches des spectacles du T.N.P. soixante ans après!, le grand atelier de couture en sous-sol et mal aéré où Josette la chef-couturière qui habitait loin, avait un lit… Ces élèves croisaient les fantômes des acteurs, entre autres: Gérard Philipe -le monte-charge où il avait été photographié et sera conservé comme le grand couloir mythique derrière la scène- Jean Vilar, Silvia Monfort, Daniel Sorano, Jeanne Moreau, Philippe Noiret, Christiane Minazzoli… Puis Antoine Vitez, Jany Gastaldi, Madeleine Marion…. Tous disparus. Seuls Pierre Vial et Monique Chaumette, l’épouse de Philippe Noiret sont (quatre-vingt dix-sept et quatre-vingt dix-huit ans an) sont encore de ce monde.

Il y a des visites gratuites tous les quinze jours (environ une heure et demi). Cela intéressera sûrement le public mais aussi les futurs techniciens, chorégraphes, danseurs, metteurs en scène, acteurs, scénographes … qui y travailleront  (peut-être!) dans une dizaine d’années.

Philippe du Vignal

Attention:  réservation obligatoire à l’accueil du théâtre. T: 01 53 65 30 00. Théâtre National de Chaillot, 1 place du Trocadéro et du 11 Novembre, Paris ( XVIème). Métro: Trocadéro. 

 


Archive pour 21 septembre, 2025

Les grands travaux à Chaillot

Les grands travaux à Chaillot

L’édifice construit en 37 pour l’exposition universelle est maintenant une presque vieille dame dont l’entretien a toujours été difficile… Il a fallu refaire dans sa totalité la dalle extérieure il y a une quinzaine d’années. La salle Gémier (420 places) qui avait été d’abord à la construction, une cafétéria située en bas des marches du grand escalier a été entièrement reconstruite de 2013 à 2017, avec un accès technique depuis l’avenue…

©x L'immense grill équipé de câbles et poulies

©x L’immense grill équipé de câbles et poulies

La première et grande salle, dite salle Jean Vilar, avait à l’origine quelque 2.000 places; située sous l’esplanade du Trocadéro, elle avait déjà été entièrement refaite il y a trente ans quand Jack Lang était le directeur,  avec un grill couvrant la totalité de l’espace scène/salle et un système de gradins que l’on pouvait au besoin déplacer grâce à des coussins d’air et transformer ainsi pour les besoins d’un spectacle. A l’époque, les salles dites  » modulables » étaient très à la mode mais  cela nécessitait du temps et. une importante main d’œuvre. C’était sans doute une fausse bonne idée et cette transformation n’eut lieu lieu qu’une dizaine de fois en trente ans d’existence !

Quant aux gradins, ils commençaient à prendre de l’âge, il y avait de l’amiante un peu partout dans les structures de béton, même celles de 1937!   Et les connexions entre la technique et l’artistique étaient difficiles. Le chauffage comme l’aération n’étaient plus aux normes, la maintenance scénique et celle des ateliers techniques, laissait à désirer et il n’y avait toujours pas de salle de répétition d’une surface correspondant à celle du grand plateau (dix-huit mètres d’ouverture sur  treize de profondeur.!) Grâce à la place récupérée, elle sera aménagée sous les gradins avec une isolation phonique, ce qui permettra de présenter un spectacle et d’assurer en même temps des répétitions.  Et on le sait, Antoine Vitez avait été obligé de faire travailler en grande partie Le Soulier de satin dans une ancienne réserve d’accessoires…avant de créer la pièce dans la Cour d’Honneur à Avignon…

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©x La salle en janvier 2023

Cet édifice construit en 37 à la hâte, était sur de nombreux points défectueux et il y  a encore des fuites en cas de fortes pluies à cause d’une mauvaise étanchéité, le sol du foyer  que nous avons connu en béton nu à l’époque de Jean Vilar, avait été recouvert ensuite d’une moquette marron bon marché, les toilettes étaient immondes et la seule entrée pour la salle Gémier se faisait par les jardins! Le tout a été réhabilité grâce à Jérôme Savary qui s’était plaint à François Mitterrand, quand il était venu à une représentation et qui y a vite fait remédier. Bref, le public, les artistes et le personnel d’un grand théâtre national méritaient mieux que cela. Et des travaux de rénovation de grande envergure avaient été  prévus depuis longtemps. Rénovation commencée en janvier 23 et qui  sera achevée, si tout va bien, fin 26. Mais la salle Gémier reste ouverte. Après quatre années d’études, le projet vise à faire des économies d’énergie ce qui n’est pas un luxe, à mieux utiliser les espaces, à moderniser les outils scéniques, à garantir le confort du public et de bonnes qualités de travail pour tous. Mais ces travaux portent sur une surface de 8.900 m 2 ! Avec la construction en béton des gradins, l’agrandissement du plateau vers le fond sous la dalle, côté place du Trocadéro et la création d’une indispensable salle de répétition de 380 m2 sous les nouveaux gradins correspondant à la surface du plateau, la rénovation totale des sanitaires, loges, bureaux et espaces techniques. Ce qui n’était pas un luxe non plus.

Le coût total: 51 millions d’euros, financé par le Ministère de la Culture. Elevé mais, vu l’importance des travaux, pas du tout exagéré. Sous le pilotage d’Eiffage pour le chantier, l’agence Clé Millet pour l’architecture, l’agence Thierry Guignard pour la scénographie, le cabinet Peutz pour l’acoustique et BC Maintenance, pour les équipements scénographiques.

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©x La future salle Jean Vilar

La nouvelle salle aura, comme avant, un peu plus de 1.000 places et la fosse d’orchestre a été conservée, comme les passerelles sur les côtés de la salle. Intelligent: tous les espaces ont été techniquement prévus pour accueillir aussi et au mieux dans le futur, des spectacles de théâtre.. alors que Chaillot est consacré en ce moment  à la danse. Et conçus avec «une logique d’intégration fondée sur une continuité de matériaux et de géométries compatibles avec le style «Arts déco», sans pour autant en retenir les codes monumentaux. (…) Avec essences nobles de bois et large recours aux métaux : acier et laiton.»Pas mal vu non plus. Le grand Foyer dont les grandes baies donnent sur les jardins du Trocadéro et sur la Tour Eiffel, lui,  sera en rien modifié.

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C’est un énorme chantier où travaillent une soixantaine de personne dans les bureaux en sous-sol et sur le site!  On n’y pénètre qu’autorisé, avec bottes et casque prêtés. Olivier Morales, le responsable du chantier cornaque  et explique avec intelligence et précision toutes les étapes de cette réhabilitation.. Le résultat est bien entendu, encore difficile à visualiser exactement mais en tout cas, le plan et les maquettes sont prometteuses.
On a un peu la larme à l’œil et tous ceux qui ont connu la salle précédente, comme les élèves de l’Ecole d’Antoine Vitez puis celle de Jérôme Savary, se sentaient chez eux- parfois trop- dans ces espaces mal foutus mais assez poétiques: la cafétéria où, derrière des murs couverts de contre-plaqué, il y avait encore des affiches des spectacles du T.N.P. soixante ans après!, le grand atelier de couture en sous-sol et mal aéré où Josette la chef-couturière qui habitait loin, avait un lit… Ces élèves croisaient les fantômes des acteurs, entre autres: Gérard Philipe -le monte-charge où il avait été photographié et sera conservé comme le grand couloir mythique derrière la scène- Jean Vilar, Silvia Monfort, Daniel Sorano, Jeanne Moreau, Philippe Noiret, Christiane Minazzoli… Puis Antoine Vitez, Jany Gastaldi, Madeleine Marion…. Tous disparus. Seuls Pierre Vial et Monique Chaumette, l’épouse de Philippe Noiret sont (quatre-vingt dix-sept et quatre-vingt dix-huit ans an) sont encore de ce monde.

Il y a des visites gratuites tous les quinze jours (environ une heure et demi). Cela intéressera sûrement le public mais aussi les futurs techniciens, chorégraphes, danseurs, metteurs en scène, acteurs, scénographes … qui y travailleront  (peut-être!) dans une dizaine d’années.

Philippe du Vignal

Attention:  réservation obligatoire à l’accueil du théâtre. T: 01 53 65 30 00. Théâtre National de Chaillot, 1 place du Trocadéro et du 11 Novembre, Paris ( XVIème). Métro: Trocadéro. 

 

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