Robinson d’Erwan Creignou, d’après l’œuvre de Daniel Defoe, mise en scène d’Erwann Creignou et Martine Le Houezec

Robinson d’Erwan Creignou, d’après l’œuvre de Daniel Defoe, mise en scène d’Erwann Creignou et Martine Le Houezec

C’est une adaptation très libre du célèbre roman que l’écrivain anglais a écrit à la première personne et publié en 1719. Daniel Defoe s’était inspiré d’une histoire vraie, celle d’Alexander Selkirk qui avait été sauvé, après avoir vécu absolument seul pendant vingt-huit ans sur une île du Pacifique, près des côtes du Vénézuela.
Cette histoire a émerveillé et continue à émerveiller les enfants comme les adultes et a fait l’objet de nombreuses adaptations : romans -le plus connu étant Vendredi ou les Limbes du Pacifique de Michel Tournier- des spectacles dont un opéra de Jacques Offenbach, des B.D., documentaires, films dont celui de Luis Buñuel, Les Aventures de Robinson Crusoé et  des séries télévisées…
Cela commence une nuit de septembre 1659 par une terrible tempête. Et sur le bateau où il est tout jeune marin, Robinson sera le seul survivant de l’équipage. Naufragé sur une île déserte, une fois le choc passé, il récupère, du bateau échoué sur la plage, quelques outils et comprend qu’il va devoir lutter pour survivre. Dans la plus extrême solitude, il est obligé de trouver des solutions pour manger s’abriter du froid, de la pluie, de la chaleur. Il compte les jours et les mois en faisant des entailles sur un morceau de bois. Pour se nourrir, il chasse des chèvres et heureusement, l’île est riche en poissons, fruits et légumes sauvages mais comestibles…

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Et, comme il a réussi à sauvegarder du naufrage un sac de graines de blé, il va les semer et verra ainsi sa première récolte pour faire du pain et élèvera de chèvres dans un enclos pour avoir du lait. Et des chats qui élimineront les gros rats qui envahissent sa cabane et lui mordent les pieds la nuit. Il passera ainsi, du statut de cueilleur, à celui de récolteur-éleveur.
Mais un jour, il découvre une empreinte de pied sur une plage : il n’est donc plus seul et voit au loin un bateau avec des hommes qui s’enfuieront quand il leur tirera dessus avec son fusil. Un seul viendra vers lui: Vendredi, un Indien. «C’était un grand beau garçon, svelte et bien tourné, et à mon estime d’environ vingt-six ans.» Il aurait bien envie d’avoir comme esclave… mais Vendredi qui a aussi été marin et qui parle anglais, va mettre les choses au point avec Robinson.  Enfin, lui qui a le sentiment d’être abandonné, pourra enfin parler à quelqu’un. Finie la solitude mais bonjour l’apprentissage de la vie à deux… Mais Vendredi qui sait beaucoup de choses, lui enseignera nombre de techniques agricoles…

« J’ai emprunté à Daniel Defoe, à Michel Tournier, à Patrick Chamoiseau, à tous les naufragés et à leurs récits de survie, dit Erwan Creignou. J’ai emprunté à nos rêves d’enfants, à nos cabanes du bout du monde, dit Erwan Creignou, qui joue à la fois le Narrateur, Robinson et Vendredi.. Et Thierry Bosc, en voix off qui joue le père de Robinson, est toujours aussi excellent.
Et cela donne quoi ? Erwan Creignou qui a une impeccable diction, est un bon conteur et la partie récit du spectacle captive le public. Mais le texte et très inégal:  les dialogues entre Robinson et Vendredi ne nous ont pas convaincu et la dernière partie de ce solo est un brin longuette. Et, pour dire la nature exubérante de cette île perdue, il y a des grandes herbes en plastique qui pendouillent! Mieux vaut oublier. Donc, à vous de décider si cela vaut le coup d’y aller voir ( les places sont quand même à 32 €!)

Philippe du Vignal

Jusqu’au 2 novembre, Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris ( VI ème). T. : 01 45 44 57 34.

 


Archive pour 27 septembre, 2025

Festival d’automne : Affaires familiales, conception, écriture et mise en scène d’Emilie Rousset

Festival d’automne :

Affaires familiales, conception, écriture et mise en scène d’Emilie Rousset

Emilie Rousset avait créé avec la même exigence Reconstitution : Le Procès de Bobigny. (voir Le Théâtre du Blog). Histoires de famille: cela ne nous regarde pas, c’est une affaire privée, dira-t-on.  Et le bureau des Affaires familiales -Emilie Rousset nous l’apprend- est tout petit! Les couples en instance de divorce y sont entre eux, avec leurs seuls avocats, ou avocates le plus souvent : ces affaires sont bien moins prestigieuses que les délits financiers et moins encore, bien sûr, qu’au Pénal. Et puis chacun sait, ajouterons-nous, avec ironie. que, par nature, les femmes sont plus qualifiées en ce qui concerne le foyer et la famille…
Pas de solennité, donc, pour ces affaires familiales même si les catastrophes qui amènent ici les justiciables sont aussi parfois sur le chemin du pénal, toujours  avec de lourdes conséquences sociales, trop mal prises en compte par les politiques.

Emilie Rousset a travaillé son sujet en profondeur, avec des dizaines d’entretiens ; elle et son équipe ont rencontré aussi des juristes, avocats, justiciables, femmes et hommes politiques, responsables d’associations…. L’aide à l’enfance, par exemple, comme une grande part des tâches sociales-clés, est délaissée par la puissance publique et confiée en sous-traitance à des associations.
L’enquête dépasse largement les frontières et s’étend à d’autres pays : Espagne, Italie… ce qui, en soi, crée une théâtralité particulière, avec la diversité des langues et l’intervention d’ interprètes. S’y ajoute, et cela donne un relief particulier à l’écriture même de la pièce, la correspondance établie par moments entre le direct du plateau et les brèves séquences filmées. Parfois, cela recouvre parfaitement la scène jouée. Entre autres, dans les jeux de mains qui parlent mieux que les mots… En parallèle et semblables, mais avec d’autres interlocuteurs. Qui est le témoin et l’acteur ? Peu importe, tout est vrai et fait image. Le dispositif bi-frontal ne reproduit pas la scénographie d’un Palais de justice mais favorise une plus grande concentration du public sur le débat en jeu et souligne un élément essentiel : la nécessité de points de vue multiples.

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On en apprend beaucoup sur la bonne volonté des institutions et sur leurs échecs : ainsi, les mères, supposées favorisées quand il y a conflit pour obtenir la garde des enfants, sont en réalité souvent pénalisées par un souci d’égalité entre hommes et femmes. Voire soupçonnées d’avoir manipulé les enfants qui témoignent d’un inceste, ou inculpées de non représentation d’enfant: un délit commis souvent par crainte de le confier à un père maltraitant. Oui, il existe des mères maltraitantes et manipulatrices, mais en quelle proportion? En quoi cela jette-t-il le soupçon sur toutes celles qui se veulent protectrices de leurs enfants? Cette fois, les statistiques ont leur utilité et pointent une interprétation masculiniste du droit.

Outre la question de la garde alternée, le spectacle parle, via les témoignages et enquêtes,de la parentalité homosexuelle, des droits et non-droits des «parents d’intention», de la nuance entre mère porteuse  et mère gestatrice, des vertiges engendrés par les vides juridiques entourant ces situations… On en apprend beaucoup et c’est peut-être la limite de ce spectacle d’une grande rigueur-ce qui n’est jamais un défaut- mais il ne laisse passer aucune sortie de route émotionnelle, si bénigne soit-elle. Le «droit positif» (la loi écrite) traite de situations dramatiques, c’est vrai, et est censé les dénouer avec rationalité. Manque ici un peu de la beauté inutile du théâtre: une grande respiration intempestive. Mais nous sommes  devant un beau et passionnant théâtre-document-plus que documentaire, à voir et à recevoir avec la même énergie, que celle qui nous est ici donnée.

Christine Friedel

Jusqu’au 3 octobre, Théâtre de la Bastille,  76 rue de la Roquette, Paris (XI ème) T. : 01 43 57 42 14.

 

Vaslav, conception et interprétation d’Olivier Normand

Vaslav, conception et interprétation d’Olivier Normand

 

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En longue robe noire, bijouté, très bien maquillé et coiffé d’un béret de marin à l’indispensable pompon rouge porte-bonheur, Vaslav accueille chaque spectateur comme une ami qu’on n’aurait pas vu depuis quelque temps. Beau jeune homme (enfin pas si jeune que ça, dit-il, avec un panache certain), il a la grâce des danseurs, une voix sidérante de soprano, l’image même de la « jolie femme ». Merci de nous avoir invités.
Il officie généralement dans la troupe de Madame Arthur, le plus ancien (1946) et le plus vénérable cabaret de travestis en France une institution classée au patrimoine festif de Paris. Rita Ora, Bambi, Capucine, Coccinelle… Leur photo et leur nom ont brillé d’un éclat exceptionnel dans Paris-Match avec ceux des têtes couronnées et autres stars. Et aujourd’hui, Vaslav de Folleterre prend la suite à sa façon, avec ce prénom masculin. dans ce seul en scène…

Gracieux, drôle et pince-sans-rire, il joue simplement et avec précision de tous ses talents : comédien, danseur, chanteur, non sans laisser filtrer (à peine) le lettré qu’il est aussi. Il va chercher du côté de Jane Birkin, faisant glisser Baby alone presque jusqu’à une voix d’opéra. Une façon de suggérer avec amour à la chanteuse disparue: tu aurais pu aller plus loin, laisser parler ta puissance…
Puis du côté de Jean Genet et de l’homosexualité flamboyante et transgressive avec Le Condamné à mort musique d’Hélène Martin et Marc Ogeret : « un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour ». Il nous explique pourquoi « les chanteuses à texte sont traditionnellement vêtues de noir». Mais il ne reprend pas les chansons de Barbara, Edith Piaf au célèbre décolleté en cœur.
Féru de musiques anciennes, il s’accompagne de sa Shruti, boîte à musique indienne portative à soufflets et à anches : une sorte de guide-chant pour ceux qui ont connu cet outil à l’école. Basse continue, bourdon : l’instrument soutient avec modestie le souffle de l’artiste.

Perfectionniste et sincère, Vaslav donne ce qu’il veut et c’est beaucoup… Et il garde une étonnante réserve, à tous les sens du terme. Comme si le vernis parfait qui « finit » son travail de scène protégeait la personne et les futurs spectacles. Olivier Normand travaille, masqué, pour Vaslav, qui lui-même (ou elle-même) reste masqué, en nous offrant généreusement un spectacle raffiné. Où va donc se cacher la mélancolie?Applaudissons.

 Christine Friedel

 Jusqu’au 4 octobre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème). T. : 01 44 95 98 00.

Madame Arthur, Le Divan du Monde, 75 bis rue des Martyrs, Paris (XVIII ème). T. : 07 68 78 68 01.

 

Adieu Vassilis Doropoulos

Adieu Vassilis Doropoulos
Cet artiste internationalement reconnu a vécu en France et ses remarquables sculptures ornent les places de nombreuses villes grecques, avait quatre-vingt trois ans. Né en 1942 à Messopotamia, région de Kastoria, il a été élève -diplômé en 72- de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 66 (ateliers de peinture de Marcel Tondu et en sculpture de César, Étienne Martin et René Collamarini à qui, en 40, le directeur du théâtre Montparnasse, Gaston Baty, commanda trois cent marionnettes en bois! dont trente sept ont été acquises par la BnF.

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©x Monument de la réconciliation nationale Athènes

Principales expositions de Vassilis Doropoulos: l’une de peinture et sculpture à la bibliothèque municipale de Kastoria en 77, à la galerie Syllogi l’année suivante puis à la galerie Metopi en 96. Puis au musée Nicolas Poussin aux Andelys (Yvelines).E n 85, rétrospective de son œuvre à l’UNESCO à Paris et en 93, En mémoire de ma mère, exposition de sculptures et peintures sous l’égide de l’ambassade de Grèce, à la Maison hellénique de Paris en 2006.
Son œuvre a aussi été présentée dans des expositions collectives: Les Panhelléniques de 71 à 87, à Thessalonique, Capitale culturelle de l’Europe Sculpture grecque contemporaine E.E.T.E., en 97, et Olympia 95. Et il a participé à une exposition en plein air à Olympie antique 95. Et à Paris: au Grand Palais en 69,  à Formes Humaines, Biennale des sculptures contemporaines, à l’Orangerie du Luxembourg …

Vassilis Doropoulos a reçu de nombreux prix au Salon des artistes français, Grand Palais 1969, Prix du portrait Paul Louis Weiller de l’Académie des Beaux-arts en 74,, 8ème biennale des Formes Humaines  au musée Rodin,  Palme d’or des critiques d’art, Paris 1982….
lI est l’auteur  du Monument dédié à G. Lambrakis, Thessalonique (1985), du Monument à la Résistance nationale, Korydallos (1986), du Monument de la Réconciliation nationale en bronze, place Klathmonos à Athènes en 89.  
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis 
 

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