C’est mort (ou presque) texte de Charles Pennequin, composition originale et jeu de Joachim Latarjet, mise en scène de Sylvain Maurice

C’est mort (ou presque)  texte de Charles Pennequin, composition originale et jeu de Joachim Latarjet, mise en scène de Sylvain Maurice

Petite mode des années quatre-vingt-dix à propos d’un projet inabouti, dire: « C’est mort. »Là où il fallait dire, «raté», ou même «raté mieux», en hommage à Samuel Beckett (Cap au pire). Mais non, « mort » convient très bien pour un ratage construit, organisé, lu et approuvé, à partir de Pamphlet contre la mort de Charles Pennequin. Forcément, les textes que nous fait entendre Joachim Latarget, mêlés à ses musiques électroniques bricolées, sont étranges, profonds, drôles, sans points ni barres. Ce qui va de soi : mettre un point final ressemble terriblement à une sorte de mort, et la mort, le poète est contre.

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La seule chose que l’on reprocherait au spectacle, est d’être trop court et certains spectateurs ont osé demandé, à la fin : «Une autre, une autre !» En vain, l’homme-orchestre a construit autour de lui un petit bosquet de micros sur pied pour varier les sons, les émotions et la mémoire qui leur sont associées. Il a son petit pédalier pour appeler les lumières et leurs couleurs… Il y a quand même un régisseur, salué d’un large geste à la fin et qui a son ordinateur portable pour envoyer aux circuits électroniques, boucles et ritournelles (c’est son mot) qu’il compose. Parmi ces instruments fins, aiguisés et apparemment « froids », surgit la panse dorée d’un énorme tuba, et soudain la poésie prend un air rabelaisien. Une belle guitare bleu mauve adoucit leurs visages, un trombone s’allonge et sonne parfois de sa profondeur élastique… Il produit, quelquefois avec sa sourdine, des pleurs de bébé triste. Les machines, dociles, en récupèrent et en reproduisent les morceaux.

Et nous nous sommes captivés par l’homme qui fait  des pieds et des mains, sobrement au milieu de son petit laboratoire. Sans se perdre jamais dans le flux de sa musique ni dans le rythme qu’il lui donne en direct, il nous invite « à ce chef-d’œuvre qui n’est jamais sorti de ma tête ». Ou plutôt, pour le citer une phrase complètement : « J’ai pris le pli de composer mes textes dans ma chambre et d’imaginer des concerts inoubliables dans ma tête, car je peux créer ainsi une symphonie pour moi seul dans ma tête et je suis très ému d’être l’unique public de ce chef-d’œuvre qui n’est jamais sorti de ma tête ». (C’est l’auteur qui souligne).

Nous aurons vu sur la petite scène de la jolie et presque inaccessible salle Christian Bérard ( à l’estime: plus de trois escaliers et déconseillée aux personnes à mobilité réduite) à quel point la musique peut être un théâtre, traversée par une parole poétique agissante.  Cela raconte beaucoup de choses sur l’absence de frontière entre vous et moi, c’est-à-dire la vie, entre la musique produite par Joachim Latarget et celle que nous entendons, les oreilles remplies d’avance par toute une histoire de la musique. Mais celle-ci, assez simple, est capable de se faire une place et de se faire entendre. Et elle nous invite à la regarder, à suivre les gestes nécessaires de son protagoniste. On est bien, on rit parfois, on en demande tout simplement: « encore ! ». Et on court chez son libraire indépendant acheter Pamphlet contre la mort de Charles Pennequin.

Christine Friedel

Jusqu’au 4 octobre, Théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet, 2-4 square de l’Opéra-Louis Jouvet, Paris (IX ème). T. : 01 53 05 19 19

 

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