Vernon Subutex, texte d’aprèsVernon Subutex, adaptation d’Elya Birman et Clémentine Niewdanski, mise en scène d’Elya Birman et Clémentine Niewdanski

Vernon Subutextexte d’après le roman de Virginie Despentes, adaptation et mise en scène d’Elya Birman et Clémentine Niewdanski


Ce roman devenu culte a déjà été adapté au théâtre, entre autres par Thomas Ostermeier mais sans aucune audace et avec un maximum d’image-vidéo illustratives!  Et en 2019, était sortie une série télévisée produite par Canal +, avec Romain Duris dans le rôle-titre… Et King Kong Théorie,  essai féministe, publié en 2006, avait été aussi remarquablement mis en scène au feu Le Théâtre des Déchargeurs par Emmanuelle Jacquemard.
C’est l’histoire de Vernon, quarante-cinq ans, un disquaire et vivait bien dans les années quatre-vingt mais qui, à la suite de la crise du disque 78 tours, a dû mettre la clé sous la porte, d’abord celle de la boutique, puis de son appartement dont il ne peut plus payer le loyer. Il est à la rue et doit chercher chaque jour où pouvoir dormir. Il va essayer de retrouver ses amis d’autrefois. Mais  avec difficulté et la jeunesse s’est envolée.  Entre temps, son ami et mécène Alex Bleach est mort. Vernon Subutex va aller chez les uns et les autres, dormant sur un canapé… Mais il a quand m^me un petit trésor: les cassettes de confidences enregistrées par Alex et convoitées par pas mal de gens pour des raison différentes.

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Vernon Subutex erre dans Paris et rencontre au hasard de ses déambulations, Xavier, un scénariste  antisémite, Laurent Dopalet, un producteur de cinéma assez égocentriste, Iko, un banquier sans un pouce d’honnêteté, Et Emilie, Sylvie, Lydia, Gaëlle, Marcia, Olga, La Hyène, Sophie, dont certaines actrices porno. C’est bien joué  par Elya Birman, Nolwenn Le Du, Clémentine Niewdanski. Mention spéciale à Jean-Christophe Laurier, crédible en Vernon Subutex et à la remarquable Pauline Méreuze. Ils passent tous d’un personnage à l’autre avec aisance. Et il y a sur scène, la musique rock du guitariste Vincent Hulot.

Reste à savoir comment, une fois de plus, faire théâtre de ce roman. Ici, devenu récit et dialogue à la fois joué par les acteurs incarnant plusieurs personnages et qui sont aussi parfois musiciens. C’est une sorte de collage de courtes scènes, adaptées du roman mais, une fois de plus, la dramaturgie est faiblarde et le spectacle, qui ne nous a pas vraiment convaincus, est sauvé par les acteurs. Mais les nombreux personnages romanesques très vivants,  sous la plume de Virginie Despentes et fondés sur une réalité sociale qu’elle aussi vécue au plus près, le sont moins sur un plateau de théâtre. Nous avons l’impression de seulement les croiser. Et comment les faire vraiment revivre, surtout quand ils sont aussi nombreux et issus de deux tomes de roman? Comment dire l’injustice, voire la misère et l’exclusion sociale, la violence auxquelles ils sont confrontés…
Le spectacle est soigné mais c’est presque mission impossible, que de recréer cette série de portraits très bien dessinées par Virginie Despentes.  Krystoff Warlikowski avait mis en scène certains de Marcel Proust, mais dans une longue fresque où nous avions le temps d’appendre à les connaître. Et c’est sans doute surtout de temps, que le spectacle manque…

 

Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 octobre, Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris ( XI ème). T. : 01 48 06 72 34. 


Archive pour 21 octobre, 2025

Le Mariage forcé de Molière, mise en scène de Louis Arene

Le Mariage forcé de Molière, mise en scène de Louis Arene

Créée au Studio-Théâtre de la Comédie-Française en 2022 et reprise au Théâtre du Rond-Point l’an passé, ce spectacle revient au Vieux-Colombier, pour le bonheur du public. Ici, inversion des rôles: Sganarelle est joué par l’extraordinaire Julie Sicard et Dorimène, par François de Brauer, fidèle du Munstrum théâtre et seul comédien extérieur à la Comédie-Française. Gaël Kamilindi joue Alcidas, Géronimo et une Bohémienne, Benjamin Lavernhe incarne Pancrase, Lycaste et une Bohémienne. Sylvia Bergé joue Alcantor et une Bohémienne.

© Brigitte Enguerand

© Brigitte Enguerand

Pour le metteur en scène et créateur avec Lionel Lingelser, du Munstrum Théâtre: «Cette inversion des rôles est un procédé comique très efficace et en même temps, révèle les inégalités de genre, omniprésentes à l’époque de Molière, et malheureusement toujours actuelles. Avec une grande habileté, il  fait de la jeune épouse soumise, une prédatrice relativement émancipée. Et, quant au bourgeois, fier et orgueilleux, c’est une proie, victime de sa propre vanité, et dont la virilité va être broyée. »
De manière surprenante, le mariage, cellule patriarcale par excellence, devient pour Dorimène, un outil de réappropriation de sa liberté. Espace inhabituel pour une farce de Molière, la scénographie signée Éric Ruf et Louis Arene, est une boîte au sol pentu, toute en lattes en bois blanc où Sganarelle sera mis en danger.

Les costumes -exceptionnels- de Colombe Lauriot-Prévost accompagnent cette farce audacieuse et drôle qui va basculer dans une violente folie, comme Orange Mécanique, le film de Stanley Kubrick (1974). Les interprètes jouent tous masqués et des prothèses apparentes accentuent le caractère de leur personnage à un rythme qui s’accélère. De fausses portes claquent, des trappes s’ouvrent, le tout avec une précision remarquable. (Très justement, les régisseurs-plateau salueront avec les acteurs). Cette mise en scène révèle bien le machisme ordinaire… Et le tableau final, avec le mariage du vieux et riche Sganarelle qui désirait épouser une belle jeune femme («Je serai maître de tout. ») basculera dans une violence jubilatoire. Vu les exigences financières de l’heureuse élue, Sganarelle se rétractera. « Me voilà tout à fait dégoûté de mon mariage. »

Mais il épousera Dorimène, sous la contrainte physique des autres personnages… Il en devient pitoyable et on aurait presque envie de le plaindre. La première rencontre avec Dorimène est d’une belle justesse. « C’est une fille qui me plait.», dit-il, prenant à témoin le public. Elle, apeurée derrière son ombrelle, subit les avances physiques et mentales d’un Sganarelle répugnant. Cette scène, d’une cruelle réalité, symbolise les violences quotidiennes faites aux femmes depuis une éternité. Avec cette farce, Louis Arene réussit à montrer les travers odieux de l’âme humaine, ce qu’avait déjà aussi très bien dénoncé Molière, à son époque…

Jean Couturier

Jusqu’au dimanche 2 novembre, Théâtre du Vieux-Colombier, 21 rue du Vieux-Colombier, Paris (VI ème). T. : 01 44 58 15 15.

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