Graham 100, par la Martha Graham Dance Company et Aurélie Dupont
Graham 100, par la Martha Graham Dance Company et Aurélie Dupont
Nous avons suivi cette compagnie américaine historique fondée en 1926, et elle avait ouvert en 2018 la saison Danse à l’Opéra de Paris, à l’invitation d’Aurélie Dupont. Nous retrouvons aujourd’hui comme danseuse, l’ancienne directrice de la danse dans le programme A qui célèbre les manifestations des 100 ans de cette troupe. Les cent ans de la compagnie seront célébrés à New York en avril prochain. Quatre pièces à découvrir: soit un voyage dans le passé pour les deux premières et, dans le présent pour les suivantes. Le tableau avec Aurélie Dupont a été chorégraphié par Virginie Mécène cette année, à partir d’une photographie en noir et blanc de Martha Graham en 1926.
Nous l’avions rencontrée quand elle avait collaboré à deux pièces pour célébrer les quatre-vingt-dix ans de cette compagnie à New York, puis à l’Opéra-Garnier pour la reprise du solo Ekstasis en 2018. Il y a quelques mois Janet Eiber, directrice artistique, avait invité Aurélie Dupont à venir danser à Paris pour Graham 100.
« Cela fait quatre ans, dit-elle, que je n’ai pas dansé. » Pendant trois mois elle a repris des cours de danse classique et de pilates. Connaissant Virginie Mécène, elle décide de créer avec elle Désir, un solo ».
Elles ont travaillé sur dix jours, à raison de cinq heures. SelonAurélie Dupont, Virginie Mécène a donné du mouvement a une image pour finir par faire naître un solo de cinq minutes ». Pendant les répétitions ,« Revenir devant un miroir pour la première fois était surprenant, puis j’ai retrouvé peu à peu mes sensations d’avant. »
Elles ont commandé une robe rouge un peu élastique et près du corps à Anne-Marie Legrand, cheffe d’atelier de couture à l’Opéra de Paris.« Parfois, dit-elle, me manquent le plateau et cette petite bulle artistique appartenant seulement à celles et ceux qui arrivent des coulisses. Un moment de no man’s land, où l’on devient quelqu’un d’autre. »
Errand into the maze (1947) est inspiré du mythe du labyrinthe avec Ariane et le Minotaure. Isamu Noguchi a réalisé décors et costumes et la musique de Menotti est très cinématographique. Et le tout comme souvent chez Martha Graham, d’un expressionnisme théâtral
Dans Cave of the heart ( 1946), Médée utilise la magie pour s’emparer de la Toison d’or pour l’offrir à son amant Jason. La musique de Samuel Barber accompagne ce moment dont l’esthétique appartient à un autre temps. Il faut voir ces pièces comme un témoignage du passé mais très novateur pour l’époque. Pour Cave, Hofesh Shechter s’est inspiré de la danse et des musiques des « rave » parties nées dans les années quatre-vingt. En, anglais « rave » :délire.Il a monté cette pièce avec la compagnie après la pandémie. Un exemple récent et douloureux de rave partie surgit dans la réalité sombre actuelle, comme le massacre au festival Nova le 7 octobre 2023 ne peut s’effacer de cet instant scénique.
A son habitude, Hofesh Schechter a composé musique et lumières pour une débauche d’énergie vitale salutaire. La troupe prend un réel plaisir à danser et, aux mouvements de groupe, succèdent quelques performances individuelles. Nous sommes conquis. A Paris, cette soirée contrastée lance parfaitement la célébration des cent ans de cette compagnie mythique.
Jean Couturier
Jusqu’au 14 novembre, Théâtre du Châtelet 1 place du Châtelet, Paris ( Ier). T. : 01 40 28 28 40.

