L’Homme fatal d’Etcha Dvornik

L’Homme fatal  d’Etcha Dvornik

Ses précédentes pièces s’inspiraient de textes qui n’étaient pas d’elle : de la correspondance entre Grisélidis Real et Jean-Luc Hennig pour La Passe imaginaire, adaptée à Paris à la Comédie-Saint Michel en 2018. Hole, présenté au Festival International des Arts à Paris en 2023, avait pour base Le Livre des jouissances, de Jean Philippe Domecq. Dans le cas de L’Homme fatal, il n’en va pas de même. Il s’agit d’un solo de l’auteure, « un travail très personnel, d’après une expérience personnelle », nous dit-elle. Le sous-titre en est Emprise et le spectacle traite de cette question : l’emprise d’un homme sur une femme, la comédienne elle-même. Etcha Dvornik entre côté jardin et appréhende le clair-obscur. Elle porte une longue robe noire.

©x

©x

Elle arpente la scène à pas sinueux. Tout son corps est en mouvement, avec de gracieux portés de bras et des poignets serpentins. Dvornik vient de la danse autant que du théâtre. Dans L’Homme fatal, elle hybride les deux formes d’art. Sa voix, enregistrée ou proférée, mezzo voce, avec un très léger accent, rappelle un récit passé, celui d’une rencontre. Fortuite, dans l’anonymat d’une ville. D’abord un heureux hasard. L’homme s’appelle Célestin. Elle n’a pas de nom. L’homme fatal n’a pas de visage, il n’est qu’une voix que l’on perçoit en off.Le propos est érotique, le langage vert. Lorsque Célestin n’est pas à la hauteur (le terme employé est « bander »), il se croit obligé de lui introduire un pénis en bois dans le vagin. À cela s’ajoute son obsession pour la posture du photographe qui décide seul de la position du sujet à photographier.Sans qu’elle ne se l’avoue, la jouissance passe chez elle par la transgression, celle de la bienséance comme de la défiance envers »malegaze.
« L’histoire est racontée par une victime consentante. Célestin est-il un si mauvais bougre ? A-t-il d’autres préoccupations ? Femme et enfants à dos ? Toujours est-il qu’elle projette sur lui la figure du tortionnaire.Le supplice le plus efficace que lui inflige ce mufle – un Sade au petit pied – est l’éloignement, sans plus d’explication. La disparition. Il se défile. Elle agonise. Elle geint, gémit, hurle : « Sacré masochisme !». Elle attend des jours entiers ses appels téléphoniques, s’accuse plutôt qu’elle ne l’accuse, va jusqu’au se reprocher d’être étrangère. Elle souffre de ce que l’on nommait jadis passion ou dépendance amoureuse et que, par la bouche de la Phèdre de Racine, le classicisme français a le mieux traduit : « C’est Vénus tout entière à sa proie attachée ». Ces affres, ces tourments, Etcha Dvornik les danse admirablement, avec une grande présence et un engagement physique total. Elle est l’héritière de l’ »ausdrucktanz », telle qu’elle lui a été transmise par Jacqueline Robinson, elle-même disciple de Mary Wigman. Elle s’exprime par une gesticulation qui se moque de l’esthétique, faite de positions à genoux, à plat ventre, à croupetons, de mouvements de reptation.

 Le salut viendra d’un livre que la danseuse montre au public : Les Perversions narcissiques de Paul-Claude Racamier. Le psychanalyste, après une première approche de la perversion narcissique, en distingue deux versions. L’une est voisine de la paranoïa et de la psychose passionnelle et s’observe surtout chez les femmes, la seconde proche du narcissisme glorieux se constate plus chez les hommes. Célestin et la dame sans nom s’étaient bien trouvés. À la fin de la pièce, la comédienne et danseuse est assise à son bureau, le stylo à la main. Elle a retrouvé sa maîtrise, un mot qui rime avec emprise et qui a un double sens : la maîtrise de soi et le travail universitaire que l’on rédige en Master, cursus qu’a suivi Edcha Dvornik à l’Université de Vincennes.

 Nicole Gabriel

Spectacle joué du 30  octobre  au 2  novembre, au Local des autrices, 18  rue  d’Orillon Paris (XVIII ème) ,. T. : : 01 46 3611 89
 
Du 6  mars  au 3  juillet, Comédie Saint-Michel, 95  boulevard Saint-Michel,  Paris ( V ème) .  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • contact

    arobase-bleu-sur-fond-orange

    philippe.duvignal (antispam, enlever antispam) @gmail.com

  • Méta

  • Articles récents

  • novembre 2025
    L Ma Me J V S D
    « oct   déc »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
  • Mots-clés



  • Répondre

    DAROU L ISLAM |
    ENSEMBLE ET DROIT |
    Faut-il considérer internet... |
    Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
    | Cévennes : Chantiers 2013
    | Centenaire de l'Ecole Privé...