La Stupéfaction, texte et mise en scène de Marie Provence

La Stupéfaction , texte et mise en scène de Marie Provence

Trois personnages dans un lieu qui restera indéterminé, peut-être un hôpital psychiatrique, essayent de survivre tant bien que mal  après un traumatisme qui a bouleversé leur vie. Peter (Florent Cheippe) qui travaille dans une entreprise de communication, n’a pas réussi à surmonter le stress permanent qu’on lui impose et a été foudroyé par un AVC. Il veut quand même essayer de s’en sortir.
Fred, très fragile enseignante (Leslie Granger) est en état d’épuisement moral et physique. Et  Mathilde (Cristelle Saez) a subi une rupture brutale après douze ans de mariage. Trois vies, trois histoires différentes avec quand même, un certain appétit de vivre, sans doute écrites d’après des expériences réelles. Sur ce grand plateau, juste un châssis pour figurer une cloison vitrée,  avec au fond, l’image projetée d’une forêt (scénographie de Claudine Bertomeu)

© Raphaël Arnaud

© Raphaël Arnaud

Peter, Fred et Mathilde nous font partager des bribes de récits de leur vies respectives. Il y a parfois  de longs silences.Cela tient d’une thérapie de groupe et d’un théâtre documentaire mais cette fable poétique sur la difficulté à renaître après une expérience personnelle douloureuse, a bien du mal à décoller et l’autrice et metteuse en scène n’arrive pas à créer un lien entre ces trois personnages et le public qui ne semble pas vraiment attentif.
«La Stupéfaction, dit Marie Provence, est une fable sur l’aptitude à faire face au chaos et à retrouver le goût du désir. Un temps suspendu dans un monde imaginaire où des personnages, ébranlés par un drame, tentent de se reconstruire. »

Pourquoi pas? Mais c’est une première pièce et l’autrice peine à donner vie à ses personnages et les courtes scènes se succèdent laborieusement. La mise en scène fait du surplace et les quatre-vingt dix minutes de  cette piécette qui se termine plutôt qu’elle ne finit, sont bien longues. La faute à un dialogue vraiment  trop léger, proche de mauvaises séries télé et à une direction d’acteurs approximative.
Marie Provence aurait pu aussi  nous épargner ces projecteurs aux lumières rouges et violettes poussés par les acteurs et qui ne font pas sens. Cette coproduction du Théâtre Joliette, Scène Conventionnée d’intérêt national Art et Création pour la diversité des écritures contemporaines et le Théâtre National de Marseille-La Criée ne nous a pas vraiment convaincu. Sur un petit plateau comme bientôt celui du Théâtre du Balcon à Avignon et avec un texte resserré, une direction d’acteurs améliorée, le spectacle pourrait davantage faire sens…  A suivre.

Philippe du Vignal

Spectacle joué du 4 au 8 novembre au Théâtre Joliette, 2 place Henri Verneuil, Marseille (II ème) en partenariat avec le Théâtre national de La Criée, Marseille.
Les 30, 31 janvier et 1er février, Théâtre du Balcon, dans le cadre de Fest’hiver, Avignon ( Vaucluse).

Archive pour 12 novembre, 2025

Faire le beau, création théâtrale, textile et musicale de Nicolas Doutey, mise en scène de Bérangère Vantusso

Faire le beau, création théâtrale, textile et musicale de Nicolas Doutey, mise en scène de Bérangère Vantusso

Au Festival d’Avignon 2021, Bérangère Vantusso met en scène Bouger les lignes Histoires de cartes de Nicolas Doutey et  retrouve l’auteur pour cette création au Théâtre Olympia-Centre dramatique National de Tours, qu’elle dirige depuis janvier dernier. Elle nous convie à une rencontre historique et politico-sociale sur le rapport du corps avec le vêtement sous toutes ses coutures et avec beaucoup d’invention ! La mise en scène est magnifique comme le jeu des interprètes. À la fois chorégraphique sous la direction de Thomas Lebrun, elle est aussi d’une grande élégance visuelle. Dans une atmosphère calme, le spectacle qui réunit danse, musique et théâtre, s’ouvre dans un clair-obscur laissant apparaître au centre de la scène, une gigantesque cabine d’essayage. Cet élément imposant va se déployer et se transformer au fil des situations et au rythme du changement des tenues. En arrière-plan, un immense châssis de cordes  évoque une  harpe. Belle scénographie de Cerise Guyon qui, avec des pans de tissu crème,  métamorphose les habituels portants en une série de vagues et voiles de bateau repliées. Dans les plis et replis, sont rangés les costumes dont s’emparent les mannequins.

© Ivan Boccara

© Ivan Boccara

La création-lumière de Florent Jacob apporte un relief aux éléments scéniques, intensifiant la parole dramatique, comme l’utilisation du matériau textile, donne une légèreté à l’ensemble de la scénographie. Des structures rectangulaires encadrent selon les scènes et souvent au début de chaque tableau, les silhouettes-personnages finissent par s’en échapper comme une réponse nette donnée aux vêtements parfois en trop vive possession de leur corps.
La pièce et ses personnages singuliers : cinq silhouettes ou mannequins est découpée en cinq blocs (ce qui revient à cinq actes du théâtre) : Bloc 1 : Ce n’est pas dramatique. Bloc 2 : Monologues des fonctions. Bloc 3: Les boutons. Bloc 4 Le vêtement qui ouvre des portes. Bloc 5 : Le vêtement qui en dit peu. Une composition  donne au public une vision riche du thème, à la fois claire et jubilatoire de par la variété thématique et l’interprétation de la jeune troupe en Région Centre-Val de Loire, du théâtre de l’Olympia : Félix Amard, d’une habileté et d’une justesse fascinante, Joséphine Callies, Claire Freyermuth, Camille Grillères et Luka Mavaetau. Tatiana Paris, musicienne et chanteuse, a composé une bande-son aux rythmes électro et joue des morceaux à la guitare. La mise en scène offre une place subtile à la musique avec une théâtralité poétique et originale. Comme dans cet émouvant moment, où dans une scène à la piscine, cela la gêne de dévoiler son corps en maillot de bain, Tatiana Paris interprète une chanson toute en délicatesse. Un instant d’une sensibilité à fleur de peau. 

Les costumes ( une centaine) créés par Sara Bartesaghi Gallo, tous très suggestifs, renforcent la théâtralité des histoires et  deviennent ici des personnages à part entière qui en disent long sur la nature humaine, les mœurs et régimes politiques. «Le rôle des habits ne se borne pas à nous tenir chaud, écrivait Virginia Woolf dans Orlando. Ils changent le monde à nos yeux et nous changent aux yeux du monde. (…) Ainsi, comme on le soutiendrait avec raison, ce sont peut-être les habits qui nous portent, et non pas nous qui les portons. »  Selon les situations vécues, l’apparence et le regard d’autrui, ils occupent une large place dans notre quotidien et notre comportement. Comme dans Le Garçon de café de Jean-Paul Sartre. De cette apparence si présente, la metteuse en scène fait une performance ! Incroyable est l’agilité avec laquelle Camille Grières, dans la saynète  Histoire du vêtement, passe à un rythme ultra-rapide, d’un vêtement d’une époque, à celui d’une autre !
Avec cet historique du costume féminin, du néolithique au XX ème siècle, nous apprenons, au sujet des femmes et de leur statut que « le code Napoléon inscrit l’infériorité des femmes dans la loi et les cantonne à la vie domestique. » Ou que « la loi française interdisait aux femmes de porter le pantalon, sauf si elles avaient à la main un cheval ou une bicyclette. La loi fut abolie en 2013. (…) Le pantalon provoqua une forte résistance du côté masculin, bien plus forte, on peut l’imaginer, que pour la mini-jupe. » Ce n’est qu’à partir des années soixante, que les femmes parviennent à conquérir le pantalon!  

Choisir et porter un vêtement n’a rien d’innocent ! Les cinq mannequins nous font vivre toutes les facettes de l’habit et ses conséquences une fois porté. Et Bérangère Vantussso nous le rappelle: «C’est terrible comme on classe les gens en un clin d’œil !»  Le spectacle met en jeu la question du goût, le regard de l’autre et montre comment la façon de s’habiller peut susciter la honte ou le mépris, et comment il est aussi un reflet de soi : « Ah! Mon jogging, mon vaste jogging où je flotte. (…)  Il me permet de passer incognito; c’est comme une cape d’invisibilité, il signifie une forme de retraite pour mon corps.» Ici, les habits se croisent avec humour, sérieux ou fantaisie, nous parlent et touchent à la fois l’intime et le collectif.
La chorégraphie, enjouée ou symbolique, va avec brio, du défilé militaire, à celui de manifestations politiques ou sociales, au défilé de mode, et à la fin, à une réjouissante danse carnavalesque. Et le public est sous le charme- les nombreux jeunes sont enthousiastes- de ce véritable ballet.  Ce dialogue inattendu entre pensée et gestuelle des corps, intimité et l’extériorité des êtres, s’instaure et retient notre attention, avec des fragments de La Distinction de Pierre Bourdieu, du Goût du moche d’Alice Pfeiffer, de Subvenir aux miracles de Victoire de Changy, et autres citations philosophiques ou littéraires.  Le texte de Nicolas Doutey a parfois tendance à freiner la vivacité du spectacle mais l’alliance du corps avec cette seconde peau, est portée avec éclat par la mise en scène de Bérangère Vantusso. 

Elisabeth Naud 

Jusqu’au 15 novembre au Théâtre Olympia-Centre Dramatique, 7 rue de Lucé, Tours (Indre-et-Loire) . T : 02 47 64 50 50.

Du 12 au 20 mars  au Théâtre Public de Montreuil-Centre Dramatique National  (Seine-Saint-Denis).

Du 8 au 10 avril, Comédie de Béthune-Centre Dramatique National Nord-Pas de Calais.  

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