Festival d’Automme Superstructure, texte de Sonia Chiambretto, adaptation, mise en scène et scénographie d’Hubert Colas

Festival d’Automme

Superstructure,  texte de Sonia Chiambretto, adaptation, mise en scène et scénographie d’Hubert Colas

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Sonia Chiambretto a écrit Gratte-ciel à partir de témoignages et archives qu’elle a collectés et dont Hubert Colas a librement adapté les deux premières parties. Dans une ville imaginaire et à la fois bien réelle avec des images d’immeubles blancs de type H.L.M.où le vent fait ici sécher le linge sur les balcons. Mauvaises copies de ceux de Le Corbusier. 
Ce récit documentaire, créé au Théâtre National de Strasbourg, est fondé sur l’histoire récente de l’Algérie marquée pour longtemps, d’abord par la guerre d’indépendance
entre 54 et 62 et ensuite par une guerre civile.

 

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© Hervé Bellamy

Hubert Colas met en scène cette parole poétique comme autant de couches de mémoire, avec, en fil rouge, le personnage de Fella, jeune combattant révolutionnaire et fil rouge de ce récit, et ses frères, amis, cousins,.. «On est à Alger, dit Sonia Chambrietto dont le père était algérien, et on les suit dans la ville que Le Corbusier avait repensée et redessinée avec son projet Obus, un projet-monstre qui n’a jamais vu le jour. Dans mon texte, je crée une ville dystopique qui devient le support d’un récit dans lequel j’associe plusieurs couches de mémoire telles que la colonisation, la guerre d’indépendance, la libération, la décolonisation, la «décennie noire». Dans ce récit, je m’autorise aussi une incursion dans le futur. »

© Hervé Bellamy

© Hervé Bellamy

Sur très grand écran en fond de scène, la mer, la mer «toujours recommencée» disait Paul Valéry. Petit à petit, on aperçoit au loin une côte, ensuite des immeubles et maisons blanches- des images fabuleuses signées Pierre Nouvel et filmées depuis un bateau. Puis on arrive au port d’Alger où on voit des immeubles assez hauts, pâles copies de ceux de Le Corbusier…
Sur le plateau, un grand dispositif à la surface brillante qui sert d’aire de jeu et qui, de temps à autre, se sépare en deux, comme une métaphore de la guerre. Hubert Colas y a placé ses jeunes acteurs, soit assis soit debout pour représenter à la fois de jeunes algériens mais aussi des «appelés du contingent», chargés d’une guerre coloniale et souvent obligés de participer à des atrocités au nom de la République française. Comme cet ami juste sorti de Saint-Cyr à qui on avait fait jurer, genou à terre, de garder l’Algérie française. Inexpérimenté mais nommé à la tête d’une section, il avait vu le pire et a ensuite préféré déserter…Vive la France!

©Hervé Bellamy

©Hervé Bellamy

Le texte est d’une écriture ciselée: « Heu. Tu préfères quoi ? Trancher des gorges ou poser des bombes ? -BOMBER ! Les bombes, ça vise large, le nombre. On ne sait jamais quand ni où. Les marchés sont ciblés, les terrasses de café sont ciblées, les salles de spectacle sont ciblées, les squares et les écoles sont ciblés, la cinémathèque est ciblée, l’hôpital, les archives, les entrepôts, les casernes, les universités, les quartiers populaires sont ciblés, les centres d’affaires, les institutions d’État. Tout disparaît dans le flash étincelant d’une bombe. Trancher, c’est plus sélectif, non ? » Et il y a ensuite une énumération glaçante de noms d’artistes, journalistes, médecins assassinés… Là, on entend bien ces monologues qui font sens.

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« Chercher là où le texte résonne, trouver sa nécessité d’être dit. L’acteur ici sera le passeur d’une mémoire intime de ce qu’il n’a peut-être pas vécu lui-même. J’espère que nous pourrons dessiner le portrait d’une humanité qui ne s’est pas fait suffisamment entendre et qui ne s’est pas encore aujourd’hui retrouver. »
Ce n’était sans doute pas le bon jour mais les jeunes acteurs : Sofiane Bennacer, Mehmet Bozkurt, Ahmed Fattat, Isabelle Mouchard, Perle Palombe, Nastassja Tanner et Manuel Vallade, munis fois de plus de micros H.F- la manie actuelle- avaient bien du mal à prononcer correctement le texte qu’ils boulaient souvent et c’était encore pire quand ils étaient devant un micro sur pied. Alors que Superstructure mérite d’être très bien dit.
Hubert Colas aurait dû mieux les diriger mais aussi donner plus de souplesse à un jeu très statique, ce qui n’arrangeait rien. Il y avait peut-être aussi un problème technique ce soir-là. Un mien confrère nous a assuré que le soir de la première, tout était correct. Mais très déçus, après une heure et demi à essayer de se retrouver dans cette bouille sonore, nous avons préféré quitter la partie à l’entracte, malgré les magnifiques images de Pierre Nouvel… Dommage.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 22 novembre,Théâtre Nanterre-Amandiers-Centre Dramatique National, 1 avenue Pablo Picasso, Nanterre ( Hauts-de-Seine). T. : 
Le texte intégral de Sonia Chiambretto est publié par L’Arche ( 2021).

 


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