Polar(e) de Céline Fuhrer et Jean-Luc Vincent
Polar(e) de Céline Fuhrer et Jean-Luc Vincent
Un jeune comédien Hocine Kadiri de dix-sept ans, a disparu. La dernière personne avec qui il a été vu: le metteur en scène Antoine Morceux qui va être interrogé par la police, tout en continuant à monter Phèdre de Racine. C’est une version du théâtre dans le théâtre- un peu lourdingue… Arrivent ainsi par la salle, Ils ont quelques minutes de retard, Jean-Luc Vincent et Céline Fuhrer qui jouent leurs propres rôle d’acteurs et créateurs. Ils vont s’assoir au premier rang sur les iconiques tabourets Tam Tam en plastique blanc créés en 68 par le designer Henry Massonnet.
Et ils vont se livrer à voix très haute pour que le public les entende bien, à des considérations esthético-socio-politiques sur le théâtre contemporain avec une question récurrente : peut-il être encore populaire? Jean-Luc Vincent et Céline Fuhrer jouent ici leurs rôles d’acteurs et créateurs, puis avec Robert Hatisi (mention spéciale pour son rôle de fliquette), Nabila Mekkid, Cédric Moreau et Alexandre Steiger, aura d’abord lieu un interrogatoire dans un commissariat de police. Les costumes et perruques-très réussis- aident les acteurs à incarner une bonne dizaine de personnages : avocat, juge, greffière, flic de service, procureur mais aussi protagonistes de Phèdre, metteur en scène, assistante…
Le public, vraiment peu exigeant, rit parfois aux nombreux gags de cette parodie comme cette ordinateur qui prend feu. C‘est à tout un jeu sur les ressorts du polar que se livre Jean-Luc Vincent, tout en livrant au public des citations de théoriciens du théâtre, entre autres, d’Aristote…. Il n’est pas issu pour rien de Normale Sup et agrégé de lettres: le spectacle a parfois un côté pénible de Spectacle pour les nuls.
Alternent interrogatoires dans un commissariat puis répétitions sur le plateau où un jeune metteur en scène barbu à l’ego surdimensionné, engueule très en colère, ses acteurs, tout en leur livrant les secrets d’un théâtre de haute qualité pour lequel, dit-il, il se sacrifie alors qu’eux, les minables ne pensent qu’à baiser sans se soucier de l’immense travail qu’il accomplit. Vous avez dit caricatural ? Cela voudrait être, on l’aura compris, une satire du monde théâtral, par ces anciens acteurs de la compagnie des Chiens de Navarre…
«Le duo de choc formé par Céline Fuhrer et Jean-Luc Vincent, dit la note d’intention, livre ici une magistrale exploration -à la fois palpitante et cathartique- des ressorts du polar. Avec un humour décapant et un plaisir du jeu manifeste, ils mobilisent brillamment tous les codes du genre pour mieux questionner l’absolu concept de vérité. » ( sic).
Bien gentil de s’envoyer des fleurs, mais le résultat n’est pas du tout à la hauteur et le spectacle, passé la première demi-heure, s’essouffle très vite, traîne en longueur et manque singulièrement de rythme. Par ailleurs, la distribution est trop inégale et on se demande bien pourquoi surtout dans une petite salle, on recourt une fois de plus aux micros H.F., comme si cela pouvait remédier à une diction souvent approximative…
Et autre stéréotype actuel: à la fin, le public aura droit, une fois de plus, à une bonne giclée de fumigène parfaitement inutile.. quand Jean-Luc Vincent et Céline Fuhrer redeviennent les créateurs du début du spectacle. Et, en vidéo, à un extrait de Phèdre par le jeune comédien qu’était Hocine Kadiri. Tous aux abris! Cette mise en abyme du théâtre contemporain liée à une parodie de polar -finalement assez prétentieuse- a bien du mal à tenir la route sur presque deux heures et vous l’aurez compris: vous pouvez vous l’épargner.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 22 novembre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D.Roosevelt, Paris ( VIII ème). T. : 01 44 95 98 21.

