Niccolò Fontana qui êtes-vous?

Niccolò Fontana qui êtes-vous? 

La magie a passionné depuis longtemps cet artiste pour la même raison, dit-il, que la philosophie ou la psychologie : pour essayer de comprendre, ne serait-ce qu’un tout petit peu, le fonctionnement de la réalité. Son premier déclic fut une émotion, comme une expérience.  des plus intime,s plus archétypal. Et plus tard, il a compris qu’elle était aussi partagée et très humaine. Enfant, il s’intéressait déjà au fonctionnement d’un tour mais aussi pourquoi il lui procurait cette sensation à la fois précise et indescriptible qui surgit quand le monde semble se contredire.“ L’idée de pouvoir transmettre cette même émotion aux autres était trop tentante pour ne pas essayer. Alors, du jour au lendemain, j’ai raccroché ma guitare classique et commencé à apprendre à tenir un jeu de cartes. Mon premier véritable pas dans la magie à onze ans: j’ai rencontré mon «chaman» en Toscane : Lorenzo Ferro.Il avait de longs dreadlocks jusquedans le dos, des tatouages, piercings, boucles d’oreilles et un chien, Africa. Aujourd’hui encore, même si nous vivons loin de l’autre, il reste un de mes amis les plus chers. Alors, est né le Circolo amici della magia à Turin, une institution où vivait aussi mon ami et source d’inspiration, Arturo Brachetti. J’y ai aussi rencontré Tiziano Berardi qui m’a inculqué discipline et technique, tel un véritable artisan. Il m’a demandé: «Quel genre d’artiste veux-tu être? »

Parallèlement,Niccolò Fontana a étudié le théâtre avec des compagnies italiennes et la psychologie clinique à l’université : le théâtre physique pour comprendre la dramaturgie du mouvement, et la psychologie pour explorer notre humanité et, comme diraient certains psychanalystes, pour questionner sa blessure personnelle. “Ce n’est pas si différent quand on essaye de créer quelque chose d’authentique pour la scène, dit-il. Pour moi, l’illusionnisme n’est pas seulement un répertoire de tours, mais un processus d’exploration quand nous construisons nos croyances, stéréotypes et masques. Au moment où une illusion m’a forcé à remettre en question ma propre perception, j’ai compris qu’elle pouvait devenir un véritable langage artistique et non un simple jeu: la magie n’est pas l’art de cacher, mais de révéler.”

© Sebastian Conopix Niccolo Fontana avec son automate

© Sebastian Conopix Niccolo Fontana avec son automate

Niccolò Fontanaa eu la chance de grandir dans un environnement fertile: ses parents étaient artistes. Le Circolo amici della magia et surtout l’atelier de scène de Tiziano Berardi ont été des références-clés pour lui, tout comme les rencontres avec ceux et celle qui étaient convaincues de la possibilité d’un autre type d’illusionnisme.Ma plus grande chance a été de développer des projets mêlant l’illusionnisme à les arts visuels, le théâtre et la musique. Ainsi sont nés The Room qui lui a valu le titre de champion d’Italie de magie en 2018, puis Il Mistero Gastoldi, intégrant l’illusionnisme à une histoire avec un chœur de cinquante personnes. Et plus récemment Incanti, un spectacle collectif avec Dario Diletta, Francesco Della Bona, Andrea Rizzolini et Filiberto Selvi où il y avait des illusions avec certains des monologues les plus emblématiques de Shakespeare, Goethe et Pirandello. C’est l’histoire d’un homme entrant dans un grenier abandonné, l’atelier d’un vieux magicien où le temps semble figé. Parmi les valises et objets oubliés, a lieu un voyage à travers la mémoire et l’imaginaire.
Il Mistero Gastoldi mêle illusionnisme, musique ancienne et littérature absurde: Arthur, un jeune homme désillusionné par l’amour, se tourne vers le mystérieux docteur Gastoldi dans une clinique décadente. Un mélange de rêve, comédie et mélancolie, où la magie devient métaphore du désir et de la guérison.
Automaton (2022) est une performance qui implique activement le public et s’articule autour d’une question radicale : « Qu’est-ce qui sépare le né; du créé ? » Un voyage à la frontière entre l’humain et l’artificiel, entre la mémoire et la conscience. Aujourd’hui, on pourrait y ajouter, entre l’intelligence artificielle. Et imaginé par un collectif, Incanti, est actuellement en tournée dans les principaux théâtres italiens et, espérons-le, bientôt en Europe.

“Bien sûr, dit-il, il y a eu des obstacles. C’était un pari de rester fidèle à moi-même mais j’ai aussi dû faire face à des limites culturelles : la magie est encore souvent perçue comme un simple divertissement éblouissant et superficiel. Mais rarement comme un langage artistique et c’est ce qui m’a motivé:: chaque spectacle est l’occasion de prouver que l’illusionnisme peut révéler quelque chose d’authentique et profond sur notre humanité.Je me considère comme une personne éclectique, inspirée par des sources multiples et j’ai développé au fil du temps des compétences variées mais très liées: le théâtre, véritable écrin pour toutes mes passions est à la fois le point de départ et le lieu où tout converge et trouve une forme commune.J’aime aussi beacuoup le cinéma.

Il a participé à plusieurs films dont Walking to Paris de Peter Greenaway, un moyen-métrage Larve d’Alessandro Rota où il a travaillé à la fois comme acteur et consultant en illusions. Et dans la prochaine série télévisée Portobello de Marco Bellocchio, il a aussi contribué à la création d’une scène onirique et magique. Et il s’intéresse aussi à la photographie et aux arts visuels, et bien sûr à la manipulation, à la magie rapprochée au mentalisme: il a récemment remporté la troisième place aux Championnats du monde 2025. « Ma méthode, dit-il, naît d’une grande liberté d’exploration : certaines créations naissent de l’écriture, d’autres, d’images ou impressions quotidiennes. Je crois que l’observation reste le meilleur outil d’un artiste : la capacité à saisir la réalité dans ses nuances et à la retravailler sous une forme poétique et symbolique. Bien que l’illusion scénique soit, par nature, une représentation, je m’efforce toujours de la maintenir ancrée dans le réel. Je souhaite que le public reconnaisse quelque chose d’authentique dans ce qu’il voit, puis, consciemment ou non, qu’il tombe dans le piège de la tromperie. Mes choix, des accessoires à l’esthétique minimaliste, visent tous le réalisme: l’illusion doit naître de ce qui est crédible et familier pour véritablement surprendre. »

Actuellement, Niccolò Fontana travaille sur de nouvelles performances où il introduit l’illusionnisme dans des espaces non conventionnels: galeries, centres culturels, lieux de rencontre pour explorer la relation entre réalité, représentation et mémoire collective: “J’ai été profondément influencé par des artistes qui ont réinventé l’illusionnisme comme langage artistique.Parmi eux, les représentants de la « magie nouvelle » française: Étienne Saglio, Clément Debailleul, Valentine Losseau, Raphaël Navarro et Yann Frisch ont été pour lui une véritable révélation.Les Limbes d’Etienne Saglio qu’il a vu en 2016, reste un de ses spectacles préféré et selon lui, un parfait exemple de la manière dont la « magie nouvelle » vise à altérer la réalité dans la réalité.“Derek Del Gaudio avec In & Of Itself m’ont appris que la tromperie pouvait devenir un outil de vérité et Penn & Teller, l’importance de la transparence et de l’honnêteté dans la tromperie elle-même. Je m’inspire également de Derren Brown, Arturo Brachetti, Eugene Burger et de la compagnie 32 Novembre (Maxime Delforges et Jérôme Helfenstein). Ils partagent tous une conviction : la valeur de l’illusionnisme ne réside pas dans l’émerveillement en soi, mais dans le sens qu’il véhicule et son pouvoir de nous faire reconsidérer la réalité.”

Il ne saurait dire quel style le fascine le plus et tombe amoureux de quelque chose pendant un moment, puis l’oublie. Sans aucun doute la mise en scène et le sens que prend la tromperie, dans la vie comme sur scène l »intéresse le plus dans son processus créatif. Quels conseils donner aux débutants? « Pas de règle universelle dit-il mais tout d’abord: comprendre les objets, comme les principes techniques et psychologiques de l’illusionnisme. Essentiel mais pas suffisant et pour qu’une œuvre soit vivante, elle a besoin d’une vision, d’une poésie. Pour la développer, il faut observer le monde, s’inspirer de plusieurs disciplines et surtout, s’accorder le luxe de l’ennui. De l’ennui seul, peut naître la contemplation et la réflexion. Ne courez pas après l’originalité trop tôt : regardez en vous-même. Ne courez pas après les applaudissements : recherchez le regard de l’autre. Vous comprendrez alors si ce que vous faites, est authentique et si vous avez quelque chose à dire.
Nous traversons une période de transition. Historiquement, la figure de l’illusionniste a connu de nombreuses transformations : du chaman au jongleur, du filou au magicien moderne, jusqu’à Robert-Houdin. Aujourd’hui, elle est en constante redéfinition. Nous assistons à une théâtralisation croissante et à de nouvelles recharches quant au sens de l’illusion scénique : celle de Penn & Teller, à Derek Del Gaudio, et la magie nouvelle. Je crois que notre art doit  trouver une place claire dans la culture actuelle.
De ce besoin, est née la voie que j’explore avec Andrea Rizzolini et Piero Venesia et que nous appelons: néo-illusionnisme : un essai pour redéfinir celui qui, par le mensonge, dit la vérité. Car derrière les illusions, se cache une vérité paradoxale mais relative et qui se prétend absolue. Notre tâche est peut-être de révéler ces vérités cachées, tout en maintenant vivante la question : « Quand une illusion est révélée, qu’en est-il? Que représentent les tromperies pour nous ? La magie est profondément liée à la culture : chaque société définit ce qu’elle considère comme réel ou  impossible, et donc aussi ce qui apparaît comme magique ». Les différences socio-culturelles influencent à la fois la manière dont notre art est pratiqué et dont il est perçu: du rituel sacré du chaman, au spectacle théâtral de l’illusionniste actuel. Comprendre la dimension culturelle de la magie, c’est la reconnaître comme le reflet des valeurs, croyances et questionnements d’une communaut et comme un outil universel de réflexion sur la frontière entre réel et irréel.

Sébastien Bazou

Interview réalisée le 30 octobre à Dijon (Côte-d’Or).


Archive pour 17 novembre, 2025

Niccolò Fontana qui êtes-vous?

Niccolò Fontana qui êtes-vous? 

La magie a passionné depuis longtemps cet artiste pour la même raison, dit-il, que la philosophie ou la psychologie : pour essayer de comprendre, ne serait-ce qu’un tout petit peu, le fonctionnement de la réalité. Son premier déclic fut une émotion, comme une expérience.  des plus intime,s plus archétypal. Et plus tard, il a compris qu’elle était aussi partagée et très humaine. Enfant, il s’intéressait déjà au fonctionnement d’un tour mais aussi pourquoi il lui procurait cette sensation à la fois précise et indescriptible qui surgit quand le monde semble se contredire.“ L’idée de pouvoir transmettre cette même émotion aux autres était trop tentante pour ne pas essayer. Alors, du jour au lendemain, j’ai raccroché ma guitare classique et commencé à apprendre à tenir un jeu de cartes. Mon premier véritable pas dans la magie à onze ans: j’ai rencontré mon «chaman» en Toscane : Lorenzo Ferro.Il avait de longs dreadlocks jusquedans le dos, des tatouages, piercings, boucles d’oreilles et un chien, Africa. Aujourd’hui encore, même si nous vivons loin de l’autre, il reste un de mes amis les plus chers. Alors, est né le Circolo amici della magia à Turin, une institution où vivait aussi mon ami et source d’inspiration, Arturo Brachetti. J’y ai aussi rencontré Tiziano Berardi qui m’a inculqué discipline et technique, tel un véritable artisan. Il m’a demandé: «Quel genre d’artiste veux-tu être? »

Parallèlement,Niccolò Fontana a étudié le théâtre avec des compagnies italiennes et la psychologie clinique à l’université : le théâtre physique pour comprendre la dramaturgie du mouvement, et la psychologie pour explorer notre humanité et, comme diraient certains psychanalystes, pour questionner sa blessure personnelle. “Ce n’est pas si différent quand on essaye de créer quelque chose d’authentique pour la scène, dit-il. Pour moi, l’illusionnisme n’est pas seulement un répertoire de tours, mais un processus d’exploration quand nous construisons nos croyances, stéréotypes et masques. Au moment où une illusion m’a forcé à remettre en question ma propre perception, j’ai compris qu’elle pouvait devenir un véritable langage artistique et non un simple jeu: la magie n’est pas l’art de cacher, mais de révéler.”

© Sebastian Conopix Niccolo Fontana avec son automate

© Sebastian Conopix Niccolo Fontana avec son automate

Niccolò Fontanaa eu la chance de grandir dans un environnement fertile: ses parents étaient artistes. Le Circolo amici della magia et surtout l’atelier de scène de Tiziano Berardi ont été des références-clés pour lui, tout comme les rencontres avec ceux et celle qui étaient convaincues de la possibilité d’un autre type d’illusionnisme.Ma plus grande chance a été de développer des projets mêlant l’illusionnisme à les arts visuels, le théâtre et la musique. Ainsi sont nés The Room qui lui a valu le titre de champion d’Italie de magie en 2018, puis Il Mistero Gastoldi, intégrant l’illusionnisme à une histoire avec un chœur de cinquante personnes. Et plus récemment Incanti, un spectacle collectif avec Dario Diletta, Francesco Della Bona, Andrea Rizzolini et Filiberto Selvi où il y avait des illusions avec certains des monologues les plus emblématiques de Shakespeare, Goethe et Pirandello. C’est l’histoire d’un homme entrant dans un grenier abandonné, l’atelier d’un vieux magicien où le temps semble figé. Parmi les valises et objets oubliés, a lieu un voyage à travers la mémoire et l’imaginaire.
Il Mistero Gastoldi mêle illusionnisme, musique ancienne et littérature absurde: Arthur, un jeune homme désillusionné par l’amour, se tourne vers le mystérieux docteur Gastoldi dans une clinique décadente. Un mélange de rêve, comédie et mélancolie, où la magie devient métaphore du désir et de la guérison.
Automaton (2022) est une performance qui implique activement le public et s’articule autour d’une question radicale : « Qu’est-ce qui sépare le né; du créé ? » Un voyage à la frontière entre l’humain et l’artificiel, entre la mémoire et la conscience. Aujourd’hui, on pourrait y ajouter, entre l’intelligence artificielle. Et imaginé par un collectif, Incanti, est actuellement en tournée dans les principaux théâtres italiens et, espérons-le, bientôt en Europe.

“Bien sûr, dit-il, il y a eu des obstacles. C’était un pari de rester fidèle à moi-même mais j’ai aussi dû faire face à des limites culturelles : la magie est encore souvent perçue comme un simple divertissement éblouissant et superficiel. Mais rarement comme un langage artistique et c’est ce qui m’a motivé:: chaque spectacle est l’occasion de prouver que l’illusionnisme peut révéler quelque chose d’authentique et profond sur notre humanité.Je me considère comme une personne éclectique, inspirée par des sources multiples et j’ai développé au fil du temps des compétences variées mais très liées: le théâtre, véritable écrin pour toutes mes passions est à la fois le point de départ et le lieu où tout converge et trouve une forme commune.J’aime aussi beacuoup le cinéma.

Il a participé à plusieurs films dont Walking to Paris de Peter Greenaway, un moyen-métrage Larve d’Alessandro Rota où il a travaillé à la fois comme acteur et consultant en illusions. Et dans la prochaine série télévisée Portobello de Marco Bellocchio, il a aussi contribué à la création d’une scène onirique et magique. Et il s’intéresse aussi à la photographie et aux arts visuels, et bien sûr à la manipulation, à la magie rapprochée au mentalisme: il a récemment remporté la troisième place aux Championnats du monde 2025. « Ma méthode, dit-il, naît d’une grande liberté d’exploration : certaines créations naissent de l’écriture, d’autres, d’images ou impressions quotidiennes. Je crois que l’observation reste le meilleur outil d’un artiste : la capacité à saisir la réalité dans ses nuances et à la retravailler sous une forme poétique et symbolique. Bien que l’illusion scénique soit, par nature, une représentation, je m’efforce toujours de la maintenir ancrée dans le réel. Je souhaite que le public reconnaisse quelque chose d’authentique dans ce qu’il voit, puis, consciemment ou non, qu’il tombe dans le piège de la tromperie. Mes choix, des accessoires à l’esthétique minimaliste, visent tous le réalisme: l’illusion doit naître de ce qui est crédible et familier pour véritablement surprendre. »

Actuellement, Niccolò Fontana travaille sur de nouvelles performances où il introduit l’illusionnisme dans des espaces non conventionnels: galeries, centres culturels, lieux de rencontre pour explorer la relation entre réalité, représentation et mémoire collective: “J’ai été profondément influencé par des artistes qui ont réinventé l’illusionnisme comme langage artistique.Parmi eux, les représentants de la « magie nouvelle » française: Étienne Saglio, Clément Debailleul, Valentine Losseau, Raphaël Navarro et Yann Frisch ont été pour lui une véritable révélation.Les Limbes d’Etienne Saglio qu’il a vu en 2016, reste un de ses spectacles préféré et selon lui, un parfait exemple de la manière dont la « magie nouvelle » vise à altérer la réalité dans la réalité.“Derek Del Gaudio avec In & Of Itself m’ont appris que la tromperie pouvait devenir un outil de vérité et Penn & Teller, l’importance de la transparence et de l’honnêteté dans la tromperie elle-même. Je m’inspire également de Derren Brown, Arturo Brachetti, Eugene Burger et de la compagnie 32 Novembre (Maxime Delforges et Jérôme Helfenstein). Ils partagent tous une conviction : la valeur de l’illusionnisme ne réside pas dans l’émerveillement en soi, mais dans le sens qu’il véhicule et son pouvoir de nous faire reconsidérer la réalité.”

Il ne saurait dire quel style le fascine le plus et tombe amoureux de quelque chose pendant un moment, puis l’oublie. Sans aucun doute la mise en scène et le sens que prend la tromperie, dans la vie comme sur scène l »intéresse le plus dans son processus créatif. Quels conseils donner aux débutants? « Pas de règle universelle dit-il mais tout d’abord: comprendre les objets, comme les principes techniques et psychologiques de l’illusionnisme. Essentiel mais pas suffisant et pour qu’une œuvre soit vivante, elle a besoin d’une vision, d’une poésie. Pour la développer, il faut observer le monde, s’inspirer de plusieurs disciplines et surtout, s’accorder le luxe de l’ennui. De l’ennui seul, peut naître la contemplation et la réflexion. Ne courez pas après l’originalité trop tôt : regardez en vous-même. Ne courez pas après les applaudissements : recherchez le regard de l’autre. Vous comprendrez alors si ce que vous faites, est authentique et si vous avez quelque chose à dire.
Nous traversons une période de transition. Historiquement, la figure de l’illusionniste a connu de nombreuses transformations : du chaman au jongleur, du filou au magicien moderne, jusqu’à Robert-Houdin. Aujourd’hui, elle est en constante redéfinition. Nous assistons à une théâtralisation croissante et à de nouvelles recharches quant au sens de l’illusion scénique : celle de Penn & Teller, à Derek Del Gaudio, et la magie nouvelle. Je crois que notre art doit  trouver une place claire dans la culture actuelle.
De ce besoin, est née la voie que j’explore avec Andrea Rizzolini et Piero Venesia et que nous appelons: néo-illusionnisme : un essai pour redéfinir celui qui, par le mensonge, dit la vérité. Car derrière les illusions, se cache une vérité paradoxale mais relative et qui se prétend absolue. Notre tâche est peut-être de révéler ces vérités cachées, tout en maintenant vivante la question : « Quand une illusion est révélée, qu’en est-il? Que représentent les tromperies pour nous ? La magie est profondément liée à la culture : chaque société définit ce qu’elle considère comme réel ou  impossible, et donc aussi ce qui apparaît comme magique ». Les différences socio-culturelles influencent à la fois la manière dont notre art est pratiqué et dont il est perçu: du rituel sacré du chaman, au spectacle théâtral de l’illusionniste actuel. Comprendre la dimension culturelle de la magie, c’est la reconnaître comme le reflet des valeurs, croyances et questionnements d’une communaut et comme un outil universel de réflexion sur la frontière entre réel et irréel.

Sébastien Bazou

Interview réalisée le 30 octobre à Dijon (Côte-d’Or).

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