Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset mise en scène d’Eric Vigner

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Jouée pour la première fois en 1848, cette comédie a pour seuls personnages : le Comte et la Marquise. Lui arrive chez elle et la prie de l’excuser : il ne se souvient pas de son jour de visite. Mais, comme elle est seule, elle lui dit qu’elle est heureuse de parler avec lui. On sonne et le Comte hésite à partir mais reste : c’était une blanchisseuse… La conversation reprend. La Marquise, lui dit-il, selon la rumeur, veut se marier avec M. Camus, son voisin de campagne. Ce qu’elle nie absolument. Le Comte essaye ensuite de lui faire la cour mais elle refuse : elle n’aime pas cela…
Quand il va sortir, la Marquise le prie demande d’aller faire réparer une bague qu’elle a abîmée. Elle lui dit aussi qu’un bruit court : il serait allé à l’Opéra avec de jeunes personnes, ce qu’il dément. Elle lui propose de faire sa déclaration mais le Comte hésite. On sonne encore quand il va partir : c’est une autre blanchisseuse. Et comme il grêle dehors, il restera et parlera d’amour à la marquise qui l’arrête : elle pense qu’il ne l’aime pas vraiment. Le Comte, pour lui prouver sa sincérité, refuse de partir tant qu’elle ne l’aura pas écouté. Elle sort et il veut en faire autant mais elle revient, lui demande de parler sérieusement et précise qu’elle se refuse à être sa maîtresse. Il lui dit qu’il veut se marier avec elle et: elle accepte mais lui reproche de ne pas l’avoir dit plus tôt. Fin du combat, faute de combattants…

La pièce-une merveille d’écriture! La Marquise: « Monsieur, voilà de l’éloquence… » Lui: « Non, madame ; je veux dire ceci : que l’amour est immortellement jeune, et que les façons de l’exprimer sont et demeureront éternellement vieilles. » Et elle s’amuse sans scrupule à l’imiter : « Madame, je vous trouve charmante ! Joignez à cela quelques phrases bien fades, un tour de valse et un bouquet, voilà pourtant ce qu’on appelle faire sa cour. Fi donc ! Comment un homme d’esprit peut-il prendre goût à ces niaiseries-là ? Cela met met en colère, quand j’y pense.»
Cette comédie, souvent mise en scène, a été adaptée au cinéma par Benoît Jacquot, avec Marianne Denicourt et Thibault de Montalembert, un formidable comédien qu’on retrouve ici avec Christèle Tual, actrice expérimentée au cinéma comme au théâtre où on l’a vue dans les mises en scène de Ludovic Lagarde. Le spectacle, très rodé-il a été beaucoup joué en province l’an passé- est vraiment remarquable. Eric Vigner a dirigé ses interprètes avec précision et sensibilité pour dire ce moment de badinage qui n’en est pas vraiment un et où ces futurs amants se cherchent, entre espoir et crainte de voir l’autre s’enfuir. Il y a ici parfois dans ces dialogues ciselés quelque chose d’intemporel et proche des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.
Malgré les châssis perforés qui ne servent pas à grand chose et repris d’
Il ne faut jurer de rien, l’autre « proverbe » d’Alfred de Musset; joué avant celui-ci dans ce même théâtre, malgré aussi le costume de la Marquise assez laid où Cristèle Tual ne semble pas très à l’aise, c’est vraiment un bon spectacle. Allez revoir ou découvrir cette comédie: vous pourrez en admirer, grâce à Eric Vigner, toute la modernité. 

Philippe du Vignal

Jusqu’au  20 décembre,  Théâtre 14, avenue Marc Sangnier, Paris (XIV ème). T. : 01 45 45 49 77.

Comédie-Centre Dramatique National de Reims (Marne), du 20 au 22 janvier.

Scène nationale du Sud-Aquitain-Théâtre Michel Portal, Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) les 27 et 28 janvier.


Archive pour 18 novembre, 2025

Il ne faut jurer de rien, d’Alfred de Musset, mise en scène d’Eric Vigner

 Il ne faut jurer de rien d’Alfred de Musset, mise en scène d’Eric Vigner

Une création du Centre de Recherche et de Création Théâtrale de Pau avec deux Proverbes en un acte et un cycle de rencontres autour de l’œuvre de l’auteur. Ce centre est consacré exclusivement au répertoire français du XVII èmej usqu’ au début du XX ème siècle et veut associer étroitement la recherche, la création et la transmission dans un rapport avec le patrimoine architectural. Comme le château de Pau (voir Le Théâtre du Blog), merveilleux décor naturel où Eric Vigner avait mis en scène Les Fâcheux de Molière.

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Cette comédie en trois actes (1.834) illustre un proverbe qui sert de titre à la pièce et qu’on trouve aussi dans sa toute dernière réplique. Il ne faut jamais être trop sûr de soi, puisque tout peut toujours vite changer! Valentin, vingt-cinq ans, trouve normal d’être entretenu par Van Buck, son oncle, un riche négociant, grognon mais généreux… qui lui reproche pourtant d’avoir à payer ses  nombreuses dettes. Il se refuse aussi à lui prêter encore de l’argent et menace de le déshériter, s’il ne change pas de vie et s’il consent à se marier. Mais Valentin refuse par peur d’être trompé. Ce qu’il veut prouver à son oncle en se rendant incognito chez Cécile de Manges : il parie de la séduire incognito en huit jours.
Cécile commence un cours de danse mais sa baronne de mère, lui dit qu’un jeune homme lui rendra visite. Et d’une voiture, sort ce Valentin qui persiste dans son projet dont son oncle commence à approuver l’idée. Oui, mais voilà le jeune homme tombe sous le charme de la jeune fille et veut lui écrire une lettre d’amour.  Van Buck prévient alors la baronne que Valentin a écrit cette lettre qu’ils vont lire et où le jeune homme donne un rendez-vous la nuit à Cécile. La Baronne, très en colère, chasse alors Van Buck et son neveu qui se retrouvent dans une 
auberge.Valentin échafaude des plans pour séduire Cécile, même si son oncle n’est pas d’accord. S
a mère l’a enfermée mais elle s’enfuit pour aller au rendez-vous qu’elle a donné à Valentin. Lequel expliquera à Van Buck avoir reçu un billet de Cécile lui disant de le rejoindre et convaincre celui-ci de distraire la baronne, très inquiets de sa disparition de Cécile. Valentin part à sa rencontre. 

Le bel amoureux la retrouve dans un bois: elle parle déjà mariage mais se doute de quelque chose. Van Buck et la baronne les voient s’embrasser. Valentin a perdu son pari et voit qu’«il ne faut jurer de rien: dernière phrase  de Proverbe qui en est aussi le titre. Éric Vigner a mis en scène cette comédie avec six jeunes acteurs et actrices de la promotion 11 de l’École du Théâtre National de Bretagne. «Alfred de  Musset, dit-il, est un jeune auteur au parcours singulier dans la période romantique. Ses préoccupations dans un siècle troublé rencontrent celles de la jeunesse d’aujourd’hui. La Nature, l’argent, le travail, l’organisation sociale d’une société sont les thèmes qui traversent l’œuvre avec au centre, toujours la question de l’amour et de sa vérité comme seule véritable socle sur lequel espérer construire quelque chose de nouveau. »
Et sur scène, cela donne quoi ? L’ensemble est bien réglé mais la scénographie avec ces châssis percés de trous ronds qui font plus penser à une œuvre d’art minimal répétition, variations de formes abstraites et élémentaires, matériau simple, couleur uniforme avec ici, un côté noir et l’autre blanc. Châssis qu’
Esther Armengol, Lucille Oscar Camus, StéphaneEsther Lefranc, Paolo Malassis, Nathan Moreira déplacent trop souvent et sans véritable raison.
Côté interprétation, ceux qui jouent la Mère et L’Oncle n’ont évidemment pas l’âge du rôle. Tous ont une diction assez approximative et les micros H.F. n’arrangent rien (refrain bien connu et il faudra bien un jour que les écoles de théâtre s’emparent du problème…) L’ensemble mis en scène sans beaucoup de rythme par Eric Vigner tient plus d’une présentation de travail en quatre-vingt-dix minutes, assez longuettes, que d’un véritable spectacle.
Les apprentis-comédiens aiment en général beaucoup travailler Musset, surtout
On ne badine pas avec l’amour. Oui, mais voilà ses Proverbes, quand ils sont joués en public, exigent des acteurs et actrices expérimentés et son autre pièce Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, également mise en scène dans même théâtre par Eric Vigner avec de très bons interprètes, est d’une toute autre qualité. (voir Le Théâtre du Blog). Des raisons d’aller voir Il ne faut jurer de rien? Peut-être découvrir une pièce rarement jouée mais aux dialogues incisifs… Et souvent d’une étonnante modernité. 

Philippe du Vignal

Jusqu’au  20 décembre, Théâtre 14, avenue Marc Sangnier, Paris ( XIV ème) T.: 01 45 45 49 77

Comédie-Centre Dramatique National de Reims ( Marne ) du 20 au 22 janvier.

Scène nationale du Sud-Aquitain-Théâtre Michel Portal, Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), 27 et 28 janvier.

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