On faisait comment avant ?

  On faisait comment avant?
 
 
 
© Jacques Livchine

© Jacques Livchine Paysage immuable de Bretagne sauf la balle du chien 

1- On faisait comment avant ?

 On fumait dans le métro, on fumait dans le train, on fumait dans l’avion. J’adorais le train corail Paris-Belfort en 91: paysage, cigare, je rêvais…
 
 2-On faisait comment avant ?
 En 1960, on n’avait pas la télé; alors, une fois par semaine, le samedi,  la queue s’allongeait devant le cinéma Le Murat, près de la porte de Saint-Cloud à Paris. La salle devait bien faire six-cent places
3- On faisait comment avant ?
Les supermarchés n’existaient pas. Alors, on allait à l’épicerie A Meudon, c’était chez Mémère. On avait encore des boîtes à lait et elle faisait crédit.
 
 4-  On faisait comment avant?
 J’habitais Montigny-le-Bretonneux (Yvelines) et en 1980, on attendait pendant des mois pour obtenir le téléphone. A Paris, on allait au sous-sol des cafés avec un jeton de taxiphone, on était près des toilettes. Bonjour l’odeur…
 
 5- On faisait comment avant?
 On allait écouter les disques vinyle à la F.N.AC.. Puis il y a eu les cassettes,  les C. D. et  les vidéos V.H.S. Tout cela est devenu obsolète…
 
 6-  On faisait comment avant?
 Il n’y avait pas la pilule! On allait acheter en Angleterre des diaphragmes utilisés systématiquement avec des spermicides et le préservatif n’était pas à la mode: il n’y avait pas le sida et si, par hasard, on essayait avec, c’était 40 % de plaisir en moins.
 
 7- On faisait comment avant?
Les téléphones à cadran n’avaient pas de mémoire. Alors, on retenait une dizaine de numéros de téléphone. Chez nous, c’était: Molitor 20 20, j’ai encore un ami de l’école primaire qui m’appelle Molitor. et chez mon père à Meudon: Observatoire 40 98. Pour plaisanter, je disais: OBScénités 40 98. Je revois Patrice Chéreau chez lui,  squattant le téléphone pour ne pas payer, sans même demander…
 
 8- On faisait comment avant ?
 Les voitures n’avaient pas de ceintures et on ne respectait pas les panneaux de vitesse limitée. Mon père poussait fièrement sa 15 CV Citroën à 160  kms/heure sur les routes nationales. Il y avait 12. 000 morts par an. 8.000 personnes n’atteignaient donc pas l’âge de la retraite et c’était tout  bénéfice pour la Sécu… En 2024, on était  sous la barre des 3.200 morts pour la seconde année consécutive. 
 
 9- On faisait comment avant ?
On pouvait se garer n’importe où dans Paris et dans les villes… Devant sa banque pour montrer qu’on avait une voiture.
 
 10- On faisait comment avant?
Le luxe: rester debout sur la plate-forme extérieure du bus 123, pour prendre l’air et sauter en marche. Dans le métro, il y avait un poinçonneur à l’entrée de chaque quai et on ne pouvait pas resquiller.
 
 11- On faisait comment avant ?
 On n’avait pas d’addiction aux écrans; alors, on se rendait visite, on allait les uns chez les autres. Personne ne prévenait et mes copains mangeaient à la maison. Ils m’appelaient depuis la rue: il n’y avait pas de digicode.
 
 12-On faisait comment avant ?
 On écrivait des lettres envoyées dans une enveloppe avec un timbre. On avait des cartons de chaussures pour archiver nos lettres d’amour, les lettres de Maman,  les dessins des enfants, etc.
 
13- On faisait comment avant ?
On faisait des exercices de théâtre où l’on se touchait, et où l’on se caressait sans complexe. Dans les lycées on traitait des tabous, des incestes. C.’est bien entendu fini!

14- On faisait comment avant ?
On jetait nos papiers et mégots n’importe où; on ne triait rien, on n’avait pas de nutricode et on ne parlait pas de réchauffement climatique. Le bio n’existait pas et l’écologie nous paraissait ridicule. Mais alors, qu’est-ce qui n’a pas changé? Depuis 25.000 ans, l’homme essaye d’éradiquer les punaises de lit… sans aucun résultat. Et depuis 2.500 ans,  le théâtre comme la fellation, n’a fait aucun progrès.

 Jacques Livchine, codirecteur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité, Audincourt (Doubs).
 

Archive pour 21 novembre, 2025

Romain Maillard

Rencontre avec Romain Maillard

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Il a grandi dans une famille où personne ne venait du milieu artistique. Petit, il voulait être acteur et la magie est entrée dans sa vie par le cinéma.« Quand on est enfant, dit-il, on croit à tout ce qu’on voit à l’écran : les super-héros, les pouvoirs et les autres univers. C’était ma première forme de fascination pour l’illusion. Mon père avait cette habitude de deviner la fin des répliques. Pour moi, du pur mentalisme et j’étais convaincu qu’il avait un don. Plus tard, j’ai vu que certaines reviennent souvent. »

Quand il avait douze ans, dans un centre de vacances au ski, un animateur lui a montré un tour de cartes très simple et qu’il fait encore aujourd’hui. Il a découvert qu’avec presque rien: un jeu de cartes, un regard, un silence, on pouvait provoquer une émotion forte. Depuis, la magie  qui n’a jamais quitté sa vie, s’est d’abord glissée comme un passe-temps, avant d’être une véritable obsession: comprendre, perfectionner et simplifier. Et il réalise qu’un tour n’est pas une démonstration mais une rencontre: «A ce moment-là, j’ai recherché cette alchimie entre le vrai, l’émotion et le mystère. J’ai longtemps pratiqué dans mon coin, sans trop en parler.
Le vrai premier pas, je l’ai franchi à Paris quand je suis sorti de ma chambre pour me confronter à un vrai public sans filet: dans des bars face à des gens qui n’avaient rien demandé… Un excellent terrain d’apprentissage pour capter l’attention, rassurer et créer une connexion immédiate. Et la technique ne suffisait pas! Il fallait de la présence, du rythme, et surtout de l’humain. Je me suis formé seul, sans mentor ni école, simplement en lisant et avec des vidéos, en observant et testant. Je passais mes journées à voir  comment un tour fonctionnait;  autodidacte, j’ai appris rigueur et persévérance.

Il dit avoir aussi beaucoup appris grâce aux jeux vidéo de stratégie comme Age of Empires. Cela lui semblait loin mais lui a offert l’essentiel « Pour réussir, on doit poser des bases solides et adapter sa stratégie à la situation. J’ai appliqué cette logique à ma carrière: créer, apprendre, structurer et avancer. Aujourd’hui encore, j’apprends chaque jour, mais différemment. Je ne cherche plus à accumuler des tours mais à affiner ce qui essentiel: la simplicité, l’émotion et à concevoir ce moment de vérité entre le spectateur et moi. »

Romain Maillard a eu la chance de croiser beaucoup de gens qui lui ont tendu la main au bon moment. Ceux qui lui ont laissé une table, un espace, un public, même quand il était encore en train d’apprendre. « Ces petites portes ouvertes et ce : « Vas-y, essaie » ont eu un rôle immense et à chaque fois qu’on m’a donné une chance, j’ai essayé d’en être digne.  Autant que le travail, ces rencontres m’ont formé et dans les voyages, soirées en entreprise ou bars parisiens, j’ai appris à m’adapter, à comprendre les gens et à parler leur langage, sans artifices. Ce qui m’a freiné parfois : l’absence de modèle. Si on est le premier dans une famille à choisir une voie artistique, on avance sans carte et il faut tout inventer soi-même : la technique, l’administratif, le travail, la confiance… Mais, avec le recul, sans doute cela m’a-t-il forgé. J’ai fait par moi-même, quitte à me tromper et à devoir recommencer. Aujourd’hui, je suis reconnaissant envers tous ces personnes bienveillantes, curieuses et ouvertes.

Il a pour domaine de compétences le « close-up » qui l’a toujours fasciné par son format. « Il ne laisse aucune place au doute : tout se passe sous les yeux du public, sans artifice ni mise en scène cachée. J’ai choisi de travailler avec un jeu de cartes : objet universel et d’une richesse infinie. Je me suis dit très tôt que, si je devais maîtriser un outil, ce serait celui-là et j’ai voulu en explorer toutes les possibilités.» Il intègre aussi du mentalisme dans son travail mais de manière naturelle: aucune démonstration de pouvoir ou lecture de pensée mais une façon d’aiguiser l’attention, de lire les réactions, micro-gestes, choix, pour créer une impression d’impossible, tout en restant très humain.

« Mon quotidien, dit Romain Maillard, se partage entre le « close-up » dans les entreprises,où j’interviens pour créer du lien, surprendre et offrir un moment suspendu,  et le théâtre avec mon spectacle Entre nos mains, né d’une demande du public. Ceux qui m’avaient vu en prestation privée, voulaient me revoir mais n’en avaient pas eu l’occasion. Alors, j’ai créé une version scénique mais toujours dans l’esprit du « close-up » intimiste autour d’une table où tout se joue dans la proximité et la sincérité. C’est à la fois une performance et une heure de partage où le hasard, les choix et la magie se rejoignent en un moment unique, ici et maintenant.

In & Of Itself de Derek DelGaudio l’a beaucoup marqué : «Il y a, à la fois une magie, une expérience humaine et une vérité rare : il ne cherche pas à impressionner mais à faire réfléchir. Et il essaie de dépasser le « comment » et de parler du «pourquoi». Romain Maillard admire aussi Asi Wind, Dani Da Ortiz, Benjamin Earl; selon lui, ils ont une capacité à rendre la technique invisible, pour que tout paraisse naturel, presque accidentel:  » Je trouve très inspirante cette forme de virtuosité. Ils ont profondément marqué ma façon de voir cet art. Ils dépassent la performance et en font une expérience humaine, parfois même philosophique.

Le Cours Florent l’a aussi ouvert à d’autres formes d’art et il trouve l’inspiration dans le théâtre, le cinéma, la musique, la poésie, la philosophie et la peinture : « C’est toujours créer une émotion, une suspension du temps, un moment où tout paraît simple et évident. Un magicien doit se nourrir de tout ce qui l’entoure.»  Et il a été influencé par l’école espagnole avec, entre autres: Dani DaOrtiz, Juan Tamariz: «Ils ont une approche où la technique disparaît complètement derrière le naturel et où on privilégie la connexion humaine, l’improvisation, la liberté. Tout semble chaotique, spontané, presque désorganisé. En fait, pensé pour que l’on vive une expérience inattendue. Cette école m’a appris à lâcher prise et accepter qu’un tour puisse dévier ou qu’un spectateur réagisse différemment. Un art vivant, organique où le but n’est pas de prouver quoi que ce soit, mais de partager un instant vrai… »
Il n’utilise donc jamais de matériel truqué et veut que tout puisse se faire avec un jeu emprunté. Pour que, dans la simplicité, la magie devienne plus forte. Ses influences sont très éloignées les unes des autres : avant de pratiquer son art à plein temps, il avait fait une école de commerce et pense que cela lui a appris à structurer ses idées et penser en termes d’expérience.
« Je puise aussi beaucoup dans la philo ou le le sport de haut niveau. Chez les athlètes, j’admire la rigueur, la constance, la manière de répéter encore et encore un geste jusqu’à ce qu’il paraisse simple. C’est très proche de la magie: il faut faire oublier le travail qu’il y a derrière. Au fond, je m’inspire de tout ce qui interroge la perception, le vrai, l’humain. Je crois que nous devons nous nourrir de tout ce qui vit aussi , en dehors de notre art. Ce mélange de rigueur et de curiosité me guide chaque jour.
Il n’existe pas de voie toute tracée. En magie comme ailleurs, chacun doit trouver la sienne et exister à travers ce qu’il fait. Il y a une phrase que j’aime beaucoup: «Nous trouverons un chemin ou nous en créerons un. » Premier conseil aux débutants : être curieux, ne pas se limiter à la magie elle-même, mais s’intéresser à tout ce qui la nourrit: théâtre, philo, sport, psychologie, musique… Un bon illusionniste doit savoir faire des tours mais aussi comprendre les gens. Ensuite, il faut de la persévérance. Travailler, encore et encore, jusqu’à ce que la technique disparaisse. Et surtout, ne jamais mélanger : « impressionner » et « toucher. » Ne jamais montrer qu’on est plus malin que le public mais partager quelque chose d’unique avec lui. Et rester humble! Dès qu’on pense tout savoir, on se trompe: seules la curiosité et l’envie de comprendre font progresser.

Romain Maillard trouve que la magie vit une période très intéressante et qu’elle n’a jamais été aussi visible: réseaux sociaux, formats courts, émissions de télé ont permis à une nouvelle génération de découvrir cet art. «Mais en même temps, dit-il, cela diminue le propos. On voit beaucoup trop d’images fortes, de tours visuellement impressionnants mais souvent déconnectés de l’humain. Pour moi, la vraie magie se vit dans le réel. Quand on partage une surprise et qu’on oublie la technique, reste un moment vrai entre deux personnes. Nous sommes en train de revenir vers la proximité, l’authenticité et la présence.
Notre art peut avoir mille formes : sur scène, en ligne, dans la rue ou autour d’une table mais seul compte ce qu’on cherche à provoquer. Et, tant qu’il y aura des artistes qui voudront créer du lien, plutôt que de simples effets, nous évoluerons dans la bonne direction.
Il faut avant tout communiquer avec les gens, voir leurs références, leur sensibilité et leur culture. J’ai beaucoup voyagé avant de vivre de la magie et cela m’a profondément marqué de voir à quel point un même tour pouvait être reçu différemment selon les pays, traditions ou croyances.  J’ai appris à écouter et observer avant d’agir, à adapter mon langage, mais sans jamais trahir ce que je suis.

Cela fait des années qu’il donne bénévolement des cours de français aux migrants : la langue, dit-il, est la première passerelle vers l’autre : «Quand on apprend à parler ensemble, on apprend à se comprendre. Et notre art, au fond, repose aussi sur la création d’un espace commun où, pendant un instant, tout le monde se retrouve sur un même terrain. La culture donne du sens à la magie et permet de dépasser le simple effet pour toucher quelque chose de plus universel : l’étonnement, l’émotion, la curiosité…

A part cela, Romain Maillard aime apprendre, lire, découvrir de nouvelles choses et voir comment fonctionnent les gens, les objets, les idées. Il lit aussi beaucoup de livres de psychologie mais aussi des biographies, des essais sur la création et aime voir des conférences de type TED : « Elles condensent des parcours de vie, visions et expériences très différentes des miennes. Je fais du sport, surtout pour le mental: il est essentiel d’entretenir rigueur et discipline, de relâcher la pression entre les périodes de travail. Et puis, j’aime simplement observer une situation, un détail ou un tête-à-tête: ils peuvent déclencher une idée de tour. Tout ce que je fais, m’aide à mieux appréhender la magie et ce que je vis, finit toujours par se retrouver dans ce que je partage. »

Sébastien Bazou

Interview réalisée à Dijon (Côte-d’Or), le 29 octobre.

Judith Magre dit Aragon, en duo avec Eric Naulleau

Judith Magre dit Aragon, en duo avec Eric Naulleau

Une table, deux chaises, lui en complet noir et elle en longue et robe tout aussi noire de Mine Vergès. Elle dit Aragon, accompagnée par Eric Naulleau qui retrace avec précision, intelligence et de temps à autre, quelques piques. La saison passée dans ce même petit lieu chaleureux, ils avaient déjà très bien célébré Guillaume Apollinaire ( voir Le Théâtre du Blog). Et toujours ensemble, ils récidivent . Deux grands poètes , dont tout le monde connait au moins quelques vers. Eric Naulleau raconte très bien ce que fut la vie d’Aragon, un personnage complexe. Son amour des femmes, entre autres Nancy Cunard, Elsa Triolet,  du communisme, et du stalinisme (il vécut un an à Moscou, Comme Paul Eluard, il est fasciné par Staline,  le petit père des peuples qui fit tuer des millions de Russes… Il y rencontra une jeune actrice en tournée: Judith Magre)
Louis Aragon (1897-1982) devient l’ami d’André Breton à la fac de médecine. Puis avec Tristan TzaraPaul Éluard, il sera un des animateurs du dadaïsme puis du surréalisme. Il le quitte en 31 et adhère au Parti Communiste Français et admire le réalisme socialiste!  Comme Guillaume Apolinnaire, rappelle Eric Naulleau, c’est le fils «naturel » de Louis Andrieux, ex-préfet de police de Paris, député de Forcalquier, grand bourgeois protestant et d’une jeune fille de la bourgeoisie catholique.

Pour sauver l’honneur de sa famille maternelle, il est-officiellement- le fils adoptif de sa grand-mère Claire Toucas, le frère de sa mère et le filleul de son père… Pas simple de vivre cela et à vie, il aura cette  blessure  de n’avoir pas été reconnu par ce père, de trente-trois ans plus âgé que sa mère. Elève à l’école Saint-Pierre à Neuilly, il côtoie Henry de Montherlant, les frères Jacques et Pierre Prévert. En deuxième année de médecine avec André Breton au «Quatrième fiévreux » du Val-de-Grâce, le quartier des fous,  il devient l’ami de Philippe Soupault mobiliséPuis, il rejoint le front au printemps 18 comme médecin auxiliaire. Face à des horreurs dont il ne reviendra jamais et inscrites en filigrane dans son œuvre . Croix de guerre, il restera mobilisé jusqu’en juin 1919 dans la Rhénanie occupée, ce qui lui inspirera le célèbre poème Bierstube Magie allemande.

En 1920, Aragon publie son recueil Feu de joie et écrit dans la revue Littérature fondée par Breton et l’année suivante, la NRF publie Anicet ou le Panorama, roman commencé dans les tranchées.Il commence à écrire Le Paysan de Paris.  Il renonce à être médecin, fonde avec Breton et Soupault la revue Littérature. Grâce à Breton, il devient le conseiller du couturier Jacques Doucet, grand collectionneur de peintures modernes.

il rejoint, en 24 André BretonPaul Éluard et Philippe Soupault dans le mouvement surréaliste et cosigne  Un cadavre  où il invite à jeter à la Seine toute la littérature. Il lit Engels LénineProudhonHegel et Freud…
Deux ans plus tard, il écrit avec l’aide financière de Doucet, mille cinq cents feuillets : 
La Défense de l’infini et devient l’amant de la riche écrivaine anarchiste Nancy Cunard qui l’emmènera dans toute l’Europe. Avec André Breton et après Éluard, il adhère en 27 au Parti Communiste Français. Dans un hôtel de la Puerta del Sol à MadridNancy Cunard sauve des feuilles de La Défense de l’infini que, jaloux, il a jeté au feu.
En 28, paraît anonymement, une nouvelle Le Con d’Irène sauvé du feu mais qui sera interdite: Aragon niera en être l’auteur. Et, à Venise, ruiné par cet échec, il découvre que sa Nancy a une liaison et essayera de se suicider! Il en écrira un célèbre poème, Il n’aurait fallu chanté par Léo Ferré. Mais il avait eu  d’autres amoureuses comme entre autres, la dessinatrice américaine, Eyre de Lanux. Elle le quittera mais il vivra avec Denise Lévy… qui épousera son ami Pierre Naville.. Puis il rencontre au restaurant La Coupole à Montparnasse, Elsa Triolet, sœur de Lili Brik, la muse de Vladimir Maïakovski. Elle et lui formeront un couple mythique…  Alors pauvre, elle crée des colliers qu’Aragon essaye de vendre.  Sa nouvelle Les Amants d’Avignon (1943) et trois autres sont réunies sous le titre Le premier accroc coûte deux cents francs (phrase annonçant le débarquement en Provence). Pour ce livre, elle sera la première femme à obtenir le Goncourt 45.

 

© Sébastien Toubon

© Sébastien Toubon

Mobilisé en septembre 39 comme médecin auxiliaire, Aragon sera fait prisonnier à Angoulême mais s’échappera. Médaille militaire et il obtiendra sa  deuxième Croix de guerre avec palme. Comme Robert Desnos, Paul Éluard, Pierre Seghers… il sera résistant avec son Elsa dans la zone Sud.
Il publiera Front rouge, un poème-ode à l’URSS et au marxisme-léninisme, appelant à diverses actions violentes, dénonce aussi l’esthétique surréaliste dans Feu sur Léon Blum. Inculpé pour appel au meurtre, il rompt avec André Breton. Avec Elsa Triolet, il vivra un an en U.R.S.S.  en accord avec la terreur du régime stalinien ! Ce qu’Eric Naulleau, éditorialiste de C News rappelle non sans raison mais fielleusement.La poésie d’Aragon est largement inspirée depuis  40, de son amour pour Elsa Triolet (voir Les Yeux d’Elsa). Elle 
 meurt  en 70 et Aragon, toujours bien habillé, affiche alors une attirance pour les hommes; nous l’avons souvent vu au théâtre, soutenu par François-Marie Banier. Le poète disparait en 82.
C’est tout cela qu’Eric Naulleau raconte simplement en soixante-quinze minutes avec savoir-faire. Et il enchaîne en donnant la parole au bon moment à Judith Magre. Bien habillée et maquillée, elle dit avec cette inimitable voix un peu cassée mais avec un beau sourire et une merveilleuse diction, quelques extraits de textes: Quelle âme divine, Lautréamont et nous… et des poèmes dont  Les yeux d’Elsa, Poème à crier dans les ruines, et le fameux La Rose et le réséda.  Et, à la fin, quand elle nous offre à la fin, Il n’y a pas d’amour heureux, sans doute le plus beau d’Aragon, le public, très ému, l’applaudit longuement.
Une soirée simple, loin des spectacles  qui durent plus de trois heures, voire dix… Cela fait du bien et Judith Magre, cette toujours jeune comédienne qui nous disait « en avoir vraiment marre de la vie » (voir son interview dans Le Théâtre du Blog), semble pourtant toujours aussi heureuse d’être en scène. Incroyable : elle  est entrée dans sa centième année. Bon anniversaire Judith…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 12 janvier, les lundis, Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, Paris (VI ème). T. : 01 45 44 50 21.

 

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