Fais la chose juste, texte et mise en scène de Clémentine Billy

Fais la chose juste, texte et mise en scène de Clémentine Billy

En plein été dans la pauvre cité en banlieue d’une grande ville, des jeunes gens apprennent selon une rumeur que leur quartier va être détruit. Sans doute pour construire des immeubles aux appartements confortables qui seront achetés par ceux qui en ont les moyens. Les habitants sans doute relogés mais bien plus loin! Ce qu’on appelle d’un vilain mot : la gentrification, un phénomène qui fait fureur.
Démunis, ils vont se réunir et se battre pour garder leur cadre de vie et ils demanderont une réhabilitation de leurs immeubles. «C’est une fable moderne et brûlante, dit la jeune autrice et metteuse en scène en scène qui a vécu à Clichy-sur-bois (Seine-Saint-Denis), troisième ville française la plus pauvre où il y a juste vingt ans, des ados Zyed Benna et Bouna Traoré ont été électrocutés dans un poste  ils étaient entrés pour échapper à un contrôle de police, ce qui avait embrasé la ville! Deux policiers jugés pour non-assistance à personne en danger seront relaxés dix ans plus tard, « en l’absence d’éléments probants» (sic).

© Mario Ehrel

© Mario Ehrel

«Fais la chose juste, précise Clémentine Billy, interroge notre capacité à vivre ensemble, notre relation aux choix, aux liens entre territoires intimes et géographiques. Comment penser la ville aujourd’hui, sans qu’elle soit stigmatisante? Imprégnée des témoignages bouleversants, j’ai créé une fiction. J’ai croisé les matériaux, les endroits de paroles, frotté la réalité à l’imaginaire. J’ai constitué une mosaïque afin que l’on se situe à la lisière entre la réalité et la fiction. »
Sur le plateau, côté jardin, la mini-cuisine d’un mini-bar-restaurant tenue par une jeune femme au grand cœur qui n’hésite jamais à rendre service et c’est le seul point de rencontre pour ces jeunes adultes qui se sont connus enfants et ont plus ou moins gardé des liens entre eux.. Il y a aussi quelques colonnes carrées grises et, en fond, de scène, un écran où, au début, sont projetées l’image en noir et blanc d’une grue qui, avec une sorte de grosse perceuse, gratte lentement une tour d’habitation. Horrible vision!

Ce thème en vaut un autre et a le mérite d’être très actuel. Clémentine Billy qui a bénéficié, entre autres, du système de bourses alimenté par le système Forte-Région Ile-de-France cornaqué par Madame Pécresse, hésite entre théâtre documentaire très mode ces derniers temps et, fiction mais avec un texte pauvret.. Et elle a bien du mal à diriger ses interprètes. Julia Cash, Constance Guiouillier, Nino Rocher, Maïka Louakairim, Cindy Vincent et Ilyes Hammadi Chassin. Tout juste sortis d’école, ils peinent à rendre crédibles les personnages assez flous qu’elle a imaginés. Mais ici, il faut dire que le rapport scène/salle sans gradins est redoutable.

© Mario Ehrel

© Mario Ehrel 


Seule à s’en sortir, Maïka Louakairim a visiblement déjà un peu de métier. Issue de l’Académie de la Comédie-Française, elle réussit à s’imposer mais ses camarades, pas très aguerris, boulent leur texte et ont, trop souvent, une diction approximative.
Il y a pourtant quelques moments justes comme cette conversation dans le petit restaurant ou une danse collective où tous sont plus à l’aise. Mais, dans cette mosaïque, on sent mal la colère contenue et la tristesse de ces filles et garçons démunis et qu’on va priver de leur habitat, certes pas du tout luxueux mais où ils ont leurs marques…


Saluons le courage et la détermination de Clémentine Billy : vu le contexte actuel, les Dieux savent que ce n’est pas facile, surtout pour les jeunes compagnies. Mais ce que nous avons vu hier, tient plus d’une étape de travail: il faudrait qu’elle resserre le texte et aille plus vers l’agit-prop… Il y a quand même derrière ces restructurations urbaines, de juteuses opérations financières… A un moment où le Macron de service se flatte à la télévision de gagner plein d’argent avec son téléphone, en disant cyniquement qu’il ne fait rien d’illégal !

Il faudrait que Clémentine Billy bosse davantage sur le rythme, la mise en scène et la direction d’acteurs: le thème choisi en vaut la peine. Elisabeth Bouchaud pourrait-elle reprendre ce spectacle la saison prochaine mais dans la petite salle de la Reine Blanche? Il y gagnerait sûrement en précision et efficacité. Donc à suivre…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 30 novembre, Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle, Paris (XVIII ème). T. : 01 40 05 06 96.

 


Archive pour 22 novembre, 2025

Fais la chose juste, texte et mise en scène de Clémentine Billy

Fais la chose juste, texte et mise en scène de Clémentine Billy

En plein été dans la pauvre cité en banlieue d’une grande ville, des jeunes gens apprennent selon une rumeur que leur quartier va être détruit. Sans doute pour construire des immeubles aux appartements confortables qui seront achetés par ceux qui en ont les moyens. Les habitants sans doute relogés mais bien plus loin! Ce qu’on appelle d’un vilain mot : la gentrification, un phénomène qui fait fureur.
Démunis, ils vont se réunir et se battre pour garder leur cadre de vie et ils demanderont une réhabilitation de leurs immeubles. «C’est une fable moderne et brûlante, dit la jeune autrice et metteuse en scène en scène qui a vécu à Clichy-sur-bois (Seine-Saint-Denis), troisième ville française la plus pauvre où il y a juste vingt ans, des ados Zyed Benna et Bouna Traoré ont été électrocutés dans un poste  ils étaient entrés pour échapper à un contrôle de police, ce qui avait embrasé la ville! Deux policiers jugés pour non-assistance à personne en danger seront relaxés dix ans plus tard, « en l’absence d’éléments probants» (sic).

© Mario Ehrel

© Mario Ehrel

«Fais la chose juste, précise Clémentine Billy, interroge notre capacité à vivre ensemble, notre relation aux choix, aux liens entre territoires intimes et géographiques. Comment penser la ville aujourd’hui, sans qu’elle soit stigmatisante? Imprégnée des témoignages bouleversants, j’ai créé une fiction. J’ai croisé les matériaux, les endroits de paroles, frotté la réalité à l’imaginaire. J’ai constitué une mosaïque afin que l’on se situe à la lisière entre la réalité et la fiction. »
Sur le plateau, côté jardin, la mini-cuisine d’un mini-bar-restaurant tenue par une jeune femme au grand cœur qui n’hésite jamais à rendre service et c’est le seul point de rencontre pour ces jeunes adultes qui se sont connus enfants et ont plus ou moins gardé des liens entre eux.. Il y a aussi quelques colonnes carrées grises et, en fond, de scène, un écran où, au début, sont projetées l’image en noir et blanc d’une grue qui, avec une sorte de grosse perceuse, gratte lentement une tour d’habitation. Horrible vision!

Ce thème en vaut un autre et a le mérite d’être très actuel. Clémentine Billy qui a bénéficié, entre autres, du système de bourses alimenté par le système Forte-Région Ile-de-France cornaqué par Madame Pécresse, hésite entre théâtre documentaire très mode ces derniers temps et, fiction mais avec un texte pauvret.. Et elle a bien du mal à diriger ses interprètes. Julia Cash, Constance Guiouillier, Nino Rocher, Maïka Louakairim, Cindy Vincent et Ilyes Hammadi Chassin. Tout juste sortis d’école, ils peinent à rendre crédibles les personnages assez flous qu’elle a imaginés. Mais ici, il faut dire que le rapport scène/salle sans gradins est redoutable.

© Mario Ehrel

© Mario Ehrel 


Seule à s’en sortir, Maïka Louakairim a visiblement déjà un peu de métier. Issue de l’Académie de la Comédie-Française, elle réussit à s’imposer mais ses camarades, pas très aguerris, boulent leur texte et ont, trop souvent, une diction approximative.
Il y a pourtant quelques moments justes comme cette conversation dans le petit restaurant ou une danse collective où tous sont plus à l’aise. Mais, dans cette mosaïque, on sent mal la colère contenue et la tristesse de ces filles et garçons démunis et qu’on va priver de leur habitat, certes pas du tout luxueux mais où ils ont leurs marques…


Saluons le courage et la détermination de Clémentine Billy : vu le contexte actuel, les Dieux savent que ce n’est pas facile, surtout pour les jeunes compagnies. Mais ce que nous avons vu hier, tient plus d’une étape de travail: il faudrait qu’elle resserre le texte et aille plus vers l’agit-prop… Il y a quand même derrière ces restructurations urbaines, de juteuses opérations financières… A un moment où le Macron de service se flatte à la télévision de gagner plein d’argent avec son téléphone, en disant cyniquement qu’il ne fait rien d’illégal !

Il faudrait que Clémentine Billy bosse davantage sur le rythme, la mise en scène et la direction d’acteurs: le thème choisi en vaut la peine. Elisabeth Bouchaud pourrait-elle reprendre ce spectacle la saison prochaine mais dans la petite salle de la Reine Blanche? Il y gagnerait sûrement en précision et efficacité. Donc à suivre…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 30 novembre, Théâtre de la Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle, Paris (XVIII ème). T. : 01 40 05 06 96.

 

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