Adieu Nikos Perelis

Adieu Nikos Perelis
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Le grand metteur en scène, comédien et écrivain, fondateur de la Scène expérimentale du Théâtre National, s’est éteint récemment à 85 ans. Né à Mytilène, il a étudié à l’École d’art dramatique du Théâtre National, auprès d’Angelos Terzakis, Socrates Karantinos, Thanos Kotsopoulos, Takis Mouzenidis, Lycourgos Kallergis,….
Puis il a fait des études  à l’Université Laval (Québec) et en 65,  a collaboré avec le Théâtre d’Art de Karolos Koun et, la même année,a fondé le Théâtre de Nea Ionia avec Giorgos Michailidis. En 168, il a créé avec Nikos Papadakis la troupe Kyklos et  a présenté à Plaka, une pièce de l’écrivain polonais Mrozek. Mais ces théâtres ont été censurés et fermées par la dictature.


En 71, il s’installe au Québec où il enseigne et met en scène, en collaboration avec sa sœur Rena Perelli-Kontogianni, professeure de théâtre à l’Université Laval. Notamment Les Troyennes d’Euripide, dans la traduction  de Jean-Paul Sartre. Il crée des spectacles contre la dictature dans notre pays avec des étudiants grecs et canadiens.

«C’est avec une profonde tristesse, a dit Lina Mendoni,  ministre de la Culture,  que nous faisons aujourd’hui nos adieux à Nikos Perelis, un homme de théâtre infatigable qui a brillé pendant des décennies. Fort d’une solide formation en Grèce et au Canada, élève d’acteurs et de metteurs en scène de renom, Nikos Perelis a connu une carrière fulgurante. (…)
Je présente mes sincères condoléances à ses proches, à ses nombreux collaborateurs, amis et élèves « Il aura mis en scène cent cinquante pièces classiques et contemporaines en Grèce et dans de nombreux pays,. Il  a été aussi auteur et un acteur. Et passionné par l’expérimentation, il  a créé et dirigé de nouvelles équipes théâtrales, comme la Scène expérimentale du Théâtre national, une idée née et concrétisée en 96, et  qu’il a dirigée pendant cinq ans.
Merci, Nikos Perelis, vous aurez largement participé, et avec une rare sensibilité à la création du théâtre grec contemporain.
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis

Archive pour 23 novembre, 2025

Non-lieu, conception, texte et création d’Olivier Coulon-Jablonka et Sima Khatami, mise en scène d’Olivier Coulon-Jablonka

Festival d’Automne à Paris

Non-lieu, conception, texte et mise en scène d’Olivier Coulon-Jablonka et Suma Khtatami

L’auteur et metteur en scène, a créé, entre autres, de La Trêve et Y’a quoi ? Affaires familialesLéviathan et Le Procès Pelicot (voir Le Théâtre du Blog). Théâtre et justice, cela ne date pas d’hier… Et dans le genre tragique, l’immense Eschyle, il y a vingt-cinq siècles s’était emparé du thème dans L’Orestie.
Rappelons les faits remontant à plus de dix ans. Rémi Fraisse, jeune militant écologiste, manifestait avec des centaines d’autres, contre le barrage de Sivens (Tarn) sur le site des travaux. Conçu pour une agriculture intensive et très vite critiqué, il allait bénéficier à peu d’exploitants… Et cela aurait été un désastre écologique. Ce projet imbécile, très mal évalué par le ministère de l’Agriculture et par l’Etat qui avait donné le feu vert en 2013 à la destruction d’une zone humide. Ségolène Royal était alors ministre de l’Ecologie!!! Et  les travaux, bien que les recours juridiques n’aient pas été épuisés, commencèrent.
 Une « zone à défendre » est alors constituée par une centaine d’opposants et le 25 octobre 2014 à minuit, 72 gendarmes mobiles arrivent sur le  chantier. Il y avait eu l’après-midi des affrontements avec les manifestants, mais, dans la soirée il y a des feux allumés et les gendarmes reçoivent canettes et pierres. Selon son amie, Rémi Fraisse, militant écologiste va sans aucune protection, vers les gendarmes qui chargent et leur crie : « arrêtez » Et les témoignages de manifestants mentionnent qu’ils les ont attaqués, notamment avec L.B.D. (lanceur de balles de défense soi-disant uniquement dissuasives…et grenades offensives, selon les ordres donnés par le commandant qui, lui, a exigé la plus grande fermeté.
L’Inspection de la gendarmerie soulignera en effet que vu le climat de violence, ‘ont été alors tirées: 237 grenades lacrymogènes, 41 balles de défense, 38 grenades F4 et 23 grenades offensives ! Des tirs énormes et non proportionnés, alors que la loi l’exige formellement. A 1 h 45, une grenade OF-F1 atterrit entre le sac à dos et le cou de Rémi Fraisse. L’horreur: dos arraché, côtes fracturées, colonne vertébrale, moelle épinière et partie d’un poumon gravement atteintes, donc aucune chance de survie pour ce manifestant pacifique. Les gendarmes l’évacueront mais il était déjà mort sur le coup. Des violences policières  qui enflamment une fois de plus le pays. Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et Manuel Vals, premier ministre, pleurnichent à la télévision mais ont bien du mal à justifier ces tirs qui finiront en tragédie.
© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Le Procureur de la République annoncera que Rémi Fraisse a été tué par une « explosion d’origine indéterminée » et insinue que le sac de Rémi Fraisse aurait pu contenir des explosifs mais l’analyse chimique indique la seule présence de TNT., bien présent dans les grenades offensives OF-F1. Il a donc bien été tué par un de ces engins .En 2016, plusieurs témoins entendus par des juges indiquent l’avoir vu, mains en l’air, criant aux gendarmes d’arrêter leurs tirs. Cela contredit la thèse de l’accident avancée par la défense des militaires! Tsunami au plus haut sommet de l’Etat : le ministre de l’Intérieur annoncera la suspension de leur utilisation et une information judiciaire contre X est ouverte pour «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » est ouverte. 

A Toulouse, deux juges délèguent l’enquête à l’Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale qui mettra hors de cause le gendarme ayant tiré. Mais il est mis en garde à vue en janvier 2015. Cela s’envenime et et il y aurait eu des pressions sur les proches de Rémi Fraisse pour le charger, comme sur les manifestants présents pour que leur déclarations correspondent à la version des forces de l’ordre.Et  selon Reporterre, il y a des incohérences entre la version officielle et celle des gendarmes. Les syndicats de police, eux, dénoncent une décision «hâtive» et «politique». Le défenseur des droits, Jacques Toubon conclut à l’absence de faute du gendarme, puisque les militaires faisaient «face à un danger actuel, qui les menaçait et qui menaçait le terrain dont ils avaient la garde ». Mais il critiquera « l’absence de clarté des consignes du Préfet, l’absence d’autorité civile et le flou dans réglementation sur l’usage des armes, entre autres la grenade OF-F1 ».

Cela deviendra une affaire d’Etat. Mediapart, Le Monde et Le Figaro notent un manque de transparence du gouvernement qui a tout fait pour couvrir les gendarmes. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve accusera même, avec une rare élégance!, les écologistes « d’instrumentaliser» la mort du militant. Il y aura de nombreuses manifestations pour dénoncer les violences policières. Mais la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal obligera les projets de réserves d’eau à faire l’objet d’une concertation entre toutes les parties. Jamais trop tôt pour bien faire! Et, enfin vacciné, le gouvernement n’évacuera finalement pas la zad de Notre-Dame-des-Landes…

Le maréchal des logis J., entendu comme témoin assisté, le 18 mars 2016, ne sera pas poursuivi. Deux ans plus tard, non-lieu émis par la Cour d’appel de Toulouse, confirmé en Cour de cassation en 2019. Et l’État jugé responsable de la mort de Rémi Fraisse est condamné par le tribunal administratif de Toulouse à verser 46. 400 € à sa famille. Mais l’indemnisation est réduite de 20 %, au motif que le jeune manifestant a fait preuve d’imprudence. Décision confirmée en appel en 2023. Ses parents  porteront l’affaire à la Cour européenne des droits de l’homme et le 27 février dernier, elle condamnera l’État à les indemniser, au titre du dommage moral causé par la mort de leur fils.
Donc l’affaire est encore récente. Mais de cet ensemble touffu d’événements avec de nombreux protagonistes (quelque 10.000 pages de dossier), comment faire théâtre? Olivier Coulon-Jablonka y a pourtant bien réussi. On est dans la nuit du 26 octobre 2014, la fumée des gaz lacrymo couvre tout le plateau, bruit infernal d’explosions, cris de manifestants, bribes de communications entre gendarmes. Très impressionnant!  Farid BouzenadValentine Carette, Milena Csergo,, Arthur Colzy, Éric Herson-Macarel, Julien Lopez et Charles Zevaco incarnent des gendarmes dont le capitaine, le major et le commandant.  Face public, ils sont absolument impeccables puis ils joueront avec , les avocats de de chaque partie, les juges d’instruction, les spécialistes de la police scientifique, les parents de Rémi Fraisse mais aussi les membres de l’I.G.N.N. (la Police des gendarmes) qui vont interroger leurs collègues… Comme toujours au théâtre, l’action est ici resserrée: pas moyen de faire autrement quand un procès a lieu sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines…

Sur grand écran en fond de scène, le procureur de la République d’Albi, puisque cela se passe dans le Tarn, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur et Manuel Valls, Premier ministre sous François Hollande, pleurnichent à la télé mais sont visiblement très embarrassés par cette histoire sanglante.
Mention spéciale à l’écriture des dialogues et à la direction d’acteurs d’Olivier Coulon-Jablonka. C’est un grand spectacle où Il souligne habilement les graves erreurs commises jusqu’au plus haut niveau de l’Etat français, pour maintenir l’ordre et qui ont conduit à cette tragédie. Puis le metteur en scène met clairement le doigt où cela fait mal:  les déclarations souvent floues, voire contradictoires des gendarmes et de leur hiérarchie. Alors qu’un manifestant est mort: « Il est de la responsabilité des gens qui font le maintien de l’ordre d’apaiser les choses, d’essayer de les circonscrire, de les maîtriser et de ne pas se mettre dans des positions de résistance, affrontement, utilisation de grenades complètement inappropriées, a dira avec lucidité, le père de Rémi Fraisse, dans un interview accordé au Monde. Rendez-vous compte qu’on a envoyé contre Rémi, une grenade de guerre. « 

Après un entracte, disparition du sol en bois haché et mise en place de tables et de chaises face à face, côté cour et côté jardin, avec affrontement des deux parties. En une sorte de dialogue entre plaidoiries des avocats et réquisitoire du procureur de la République, ce qui n’a pas lieu au cours d’un procès «normal ». Derrière eux, des collégiens parmi le public, ont été invités à ces places de choix. On assiste ici, même -i  de façon condensée, à la mise en marche d’une grosse machine judiciaire quand il y a eu crime et mort d’homme. Et c’est passionnant: tout est décortiqué: responsabilités de chaque camp, jets de pierres d’un côté et de l’autre: redoutables grenades O F F1 à fort effet de souffle et bruit assourdissant, alors utilisées par la gendarmerie mobile mais interdites en 2017. On voit aussi le refus, pour le moins curieux, de reconstitution par la Juge, chargée du dossier.
Apparaît en filigrane, la volonté du gouvernement de l’époque, de minimiser l’affaire au maximum, avec, à la clé, deux non-lieux. Mais pour protéger qui?  Ici aucun effet de manche, aucune criaillerie, aucun pathos… Mais les faits, rien que les faits, comme résumés plus haut. Et une mise en scène au cordeau d’une qualité comme on en voit peu. Tout le spectacle est remarquablement fait mais on aurait aimé qu’Olivier Coulon-Jablonka prenne davantage parti. Côté dramaturgie il semble hésiter entre théâtre documentaire et théâtre d’agit-prop comme moyen politique. En France avec le groupe Octobre, il y a presque un siècle et dirigé par le futur cinéaste Jean-Paul Le Chanois…Jacques Prévert y chargeait l’ordre établi, caricaturait politiques et gros industriels, avec des acteurs comme les jeunes acteurs Roger Blin, Jean-Louis Barrault, Maurice Baquet, Jean Dasté. 

Bref, le metteur en scène, bien conseillé juridiquement par Raphaël Kempf, aurait pu être plus virulent et creuse davantage les choses. On aurait aimé mieux comprendre pourquoi il y a eu cette chaîne de graves défaillances de militaires et ensuite, curieusement, deux non-lieux. Et savoir pourquoi, à un moment, ou bien avant, quelque chose d’abord au niveau régional, a dérapé: ainsi, le préfet du Tarn est retourné tranquillou à Albi, alors que la situation se dégradait, ce qui semble quand même un peu léger! Rappelons-le, un préfet est chargé de veiller à l’ordre public, à la protection des habitants et à la régulation des conflits.  Et quelque chose au plus haut sommet de l’Etat a aussi gravement dysfonctionné. Et enfin, pourquoi la Cour européenne a-t-elle finalement donné raison aux parents de Rémi Fraisse? On aurait aussi aimé qu’il y ait une photo de leur fils, alors qu’on voit en grand, les visages de Bernard Cazeneuve et Manuel Vals.
Ici, on ne s’ennuie jamais mais le second volet du spectacle reprend grosso modo les termes du premier. Et Olivier Coulon-Jablonka aurait pu éviter cet entracte qui ne sert pas et aurait eu intérêt à resserrer les choses. Cela dit, Non-lieu est un spectacle exemplaire qui sort des chemins battus et qui a été très applaudi. C’est aussi une bonne piqûre de rappel pour tous et cela peut aussi faire réfléchir les jeunes femmes et hommes qui seront aux manettes des ministères et préfectures dans quelques années. Olivier Coulon-Jablonka aura bien mérité du théâtre français. 

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué à La Commune, Centre Dramatique National d’Aubervilliers, du 14 au 19 octobre.

Théâtre Garonne, Scène européenne, Toulouse (Haute-Garonne), du 19 au 22 novembre. Le Parvis, Scène nationale Tarbes-Pyrénées le 25 novembre. Théâtre Joliette, Marseille (Bouches-du-Rhône), les 28 et 29 novembre.

Théâtre La Vignette, Scène conventionnée, Université Paul Valéry, Montpellier (Hérault), du 2 au 4 décembre.

 

 

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