Festival FOCUS #11 à Théâtre Ouvert Chroniques maritales, une traversée de l’œuvre de Jean-Luc Lagarce, collage et direction de François Berreur

Festival FOCUS #11 à Théâtre Ouvert

Chroniques maritales, une traversée de l’œuvre de Jean-Luc Lagarce, collage et direction de François Berreur

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Cet auteur et metteur en scène (1957-1995) a dirigé la compagnie La Roulotte, fondée en 81 avec François Berreur, Mireille Herbstmeyer et Pascale Vurpillot. Il avait dix-neuf ans quand il envoya
Les Vacances à Lucien Attoun, créateur, avec sa femme Micheline, de Théâtre Ouvert, alors installé au bout d’un bel impasse avec des jardins ! Derrière le Moulin Rouge, à Paris et où habita entre autres, Boris Vian…
Puis en 92, il a créé à Besançon avec François Berreur, les éditions Les Solitaires Intempestifs et qui a réalisé ici un habile montage d’extraits de douze textes connus mais certains sont restés un peu dans l’ombre.

C’est un plaisir rare d’entendr
e ces extraits d’œuvres avec des interprètes exemplaires: Mireille Herbstmeyer et Hervé Pierre. Une image nous hante toujours: devant la porte de l’Ecole de Chaillot, Jean-Luc Lagarce était venu nous apporter pour un article à paraître, une photo de La Cantatrice Chauve qu’il avait mise en scène. Déjà très malade du sida, amaigri, il avait pourtant un merveilleux sourire. Mais il était pressé et nous n’avons pas eu le temps de boire un café ensemble. Il est mort peu de temps après. C’était déjà il y a trente ans… Il en aurait maintenant soixante-huit.

François Berreur a proposé à Mireille Herbstmeyer et Hervé Pierre de faire «une lecture-performance d’extraits de son œuvre. Comme un couple plus très jeune qui traverse une vie entière vouée au théâtre. Ils ont joué les pièces de Jean-Luc Lagarce des centaines de fois en France et dans le monde. »
Des pièces lues, voire mises en espace ou publiées. Mais seulement, quatre seront montés par d’autres metteurs en scène que lui. Elles étaient donc loin de toucher le grand public, alors qu’il est maintenant devenu un classique du XX ème siècle. Il réalisera une quarantaine de mises en scène de ses pièces et celles d’auteurs contemporains ou classiques. Ses textes traduits en vingt-cinq langues et joués dans de nombreux pays… 
Juste la fin du monde est entré au répertoire de la Comédie-Française en 2008 et Derniers remords avant l’oubli ,a été inscrite au programme de l’agrégation de lettres modernes, de lettres classiques et de grammaire 2012. Et Juste la fin du monde, aux programme du bac, en français des années 21à  24…

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© x François Berreur, Hervé Pierre et Mireille Herbstmeyer

Présentations: à seize ans, Mireille Herbstmeyer commence à travailler avec Jean-Luc Lagarce à Besançon et joua ensuite dans vingt-quatre de ses mises en scène… Mais aussi ensuite beaucoup avec Olivier Py et, au cinéma, maintenant plus connue du grand public, elle interprète en 2019 Les Petits Meurtres d’Agatha Christie, réalisé par Nicolas Picard-Dreyfuss et la Sorcière dans Marianne, une série Netflix de Samuel Bodin.

Hervé Pierre a vingt ans quand il rencontr Jean-Luc lors d’un stage. Ensuite; il a joué un peu partout à la Comédie-Française : Shakespeare, Marlowe, Musset, Strindberg, Brecht, Goldoni, Labiche, Feydeau, Tchekhov, Pirandello, Claudel… ! Et, côté auteurs contemporains: Jean-Luc Lagarce, bien sûr et de nombreuses fois dont Les Solitaires Intempestifs, une pièce au beau titre issu de Par les Villages de Peter Handke. Mais aussi : Pascal Rambert, Rémi de Vos, Jean-Claude Grumberg. Et il a mis en scène des textes comme Le Gardeur de troupeaux et Caeiro de Fernando de Pessoa..

Sur le plateau noir, juste une table pas très haute avec une chaise en bois pour lui, en costume noir. Et un tabouret haut pour elle, en strict tailleur, aussi noir. Elle commence par lire des extraits des Règles du savoir-vivre dans la société moderne, une adaptation caricaturale du manuel de la Baronne Staffe (1843-1911) où Jean-Luc Lagarce explique avec un humour cinglant, comment naître et comment, selon l’âge de la future épouse, procéder au mariage selon des règles strictes ne souffrant aucune exception. Et,aussi, comment mourir…
Ce monologue avait été créé par 
Mireille Herbstmeyer, mise en scène par Jean-Luc Lagarce. Ici, Hervé Pierre lui, commente ou intervient brièvement. Diction ciselée et gestuelle impeccable de ces grands interprètes. Suivront des extraits de textes, connus ou moins connus, comme Ici ou ailleurs, Histoire d’amour (premier chapitre), Noce, Music-hall, Vagues souvenirs de l’année de la peste, et le devenu célèbre Derniers remords avant l’oubli, avec ses conflits familiaux et son absence de vrais dialogues entre parents et enfants. Mais aussi Nous, les héros, Juste la fin du monde, Le Pays lointain, J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne. Et à nouveau, pour conclure, Histoire d’amour (derniers chapitres) sous une boule à facettes, avec une musiquette populaire.

Une soirée simple où règne la parole quotidienne avec des textes où on retrouve les figures de style chers au dramaturge :
utilisation fréquentes de l’imparfait, répétition du même mot au début de chaque phrase (si sont chère aux politiques), allitérations, reprise de ce qu’on vient de dire sous une autre forme mais avec force détails, comme certains artisans qui viennent faire un devis…
Au commencement comme le dit la Femme: « Ce qu’il veut faire… je ne me pose plus de question‚ c’est ce que je crois comprendre‚ il est préférable que je ne pose plus de question… je dois saisir les mots‚ les phrases‚ les idées aussi‚ sans l’interroger… je ne demande pas qu’il confirme ce que je crois‚ il n’en a pas envie… Ce qu’il veut faire‚ c’est raconter l’histoire de deux hommes et d’une femme… Ce qu’il veut faire‚ ce qu’il veut écrire‚ c’est son métier… ce qu’il veut faire‚ c’est raconter naïvement… c’est une histoire naïve aussi… c’est raconter naïvement l’histoire de ces deux hommes et de cette femme. (…) En ce jour… en cette journée… importante journée… L’Événement qui nous réunit tous… En cette importante journée‚ cet événement nous réunissant tous… ce superbe événement nous réunissant tous… En ce moment essentiel de notre vie… de nos vies… de vos vies‚ surtout… En ce moment essentiel pour chacun d’entre nous… Moi… quant à moi… je voudrais… Combien je voudrais‚ oui‚ ô combien‚ je ne saurais le dire !… je voudrais… c’est là le but essentiel… unique… le but unique… c’est là le but essentiel et unique de mon intervention… »  Ici, Jean-Luc Lagarce rejoint les fabuleuses tirades de Molière, ou plus récemment d’Eugène Labiche

Avec souvent, en filigrane, non-dits, hésitations, grands silences et Hervé Pierre sait magistralement y faire quand, assis à son bureau, il regarde Mireille Herbstmeyer, avant de l’interrompre d’un geste léger. La parole en elle-même est un outil théâtral chez  Jean-Luc Lagarce, comme chez Eugène Ionesco… Et cela donne envie de relire et de voir ses pièces. Merci à François Berreur, Mireille Herbstmeyer et Hervé Pierre pour cette lecture-promenade théâtrale de haute volée.

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 25 novembre à Théâtre Ouvert, 159 avenue Gambetta, Paris ( XX ème). T. : 01 42 55 55 50.

 L’œuvre de Jean-Luc Lagarce est éditée aux Solitaires Intempestifs,1 rue Gay-Lussac, Besançon (Doubs). T. : 03 81 81 00 22

 


Archive pour 26 novembre, 2025

Festival FOCUS #11 à Théâtre Ouvert Chroniques maritales, une traversée de l’œuvre de Jean-Luc Lagarce, collage et direction de François Berreur

Festival FOCUS #11 à Théâtre Ouvert

Chroniques maritales, une traversée de l’œuvre de Jean-Luc Lagarce, collage et direction de François Berreur

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Cet auteur et metteur en scène (1957-1995) a dirigé la compagnie La Roulotte, fondée en 81 avec François Berreur, Mireille Herbstmeyer et Pascale Vurpillot. Il avait dix-neuf ans quand il envoya
Les Vacances à Lucien Attoun, créateur, avec sa femme Micheline, de Théâtre Ouvert, alors installé au bout d’un bel impasse avec des jardins ! Derrière le Moulin Rouge, à Paris et où habita entre autres, Boris Vian…
Puis en 92, il a créé à Besançon avec François Berreur, les éditions Les Solitaires Intempestifs et qui a réalisé ici un habile montage d’extraits de douze textes connus mais certains sont restés un peu dans l’ombre.

C’est un plaisir rare d’entendr
e ces extraits d’œuvres avec des interprètes exemplaires: Mireille Herbstmeyer et Hervé Pierre. Une image nous hante toujours: devant la porte de l’Ecole de Chaillot, Jean-Luc Lagarce était venu nous apporter pour un article à paraître, une photo de La Cantatrice Chauve qu’il avait mise en scène. Déjà très malade du sida, amaigri, il avait pourtant un merveilleux sourire. Mais il était pressé et nous n’avons pas eu le temps de boire un café ensemble. Il est mort peu de temps après. C’était déjà il y a trente ans… Il en aurait maintenant soixante-huit.

François Berreur a proposé à Mireille Herbstmeyer et Hervé Pierre de faire «une lecture-performance d’extraits de son œuvre. Comme un couple plus très jeune qui traverse une vie entière vouée au théâtre. Ils ont joué les pièces de Jean-Luc Lagarce des centaines de fois en France et dans le monde. »
Des pièces lues, voire mises en espace ou publiées. Mais seulement, quatre seront montés par d’autres metteurs en scène que lui. Elles étaient donc loin de toucher le grand public, alors qu’il est maintenant devenu un classique du XX ème siècle. Il réalisera une quarantaine de mises en scène de ses pièces et celles d’auteurs contemporains ou classiques. Ses textes traduits en vingt-cinq langues et joués dans de nombreux pays… 
Juste la fin du monde est entré au répertoire de la Comédie-Française en 2008 et Derniers remords avant l’oubli ,a été inscrite au programme de l’agrégation de lettres modernes, de lettres classiques et de grammaire 2012. Et Juste la fin du monde, aux programme du bac, en français des années 21à  24…

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© x François Berreur, Hervé Pierre et Mireille Herbstmeyer

Présentations: à seize ans, Mireille Herbstmeyer commence à travailler avec Jean-Luc Lagarce à Besançon et joua ensuite dans vingt-quatre de ses mises en scène… Mais aussi ensuite beaucoup avec Olivier Py et, au cinéma, maintenant plus connue du grand public, elle interprète en 2019 Les Petits Meurtres d’Agatha Christie, réalisé par Nicolas Picard-Dreyfuss et la Sorcière dans Marianne, une série Netflix de Samuel Bodin.

Hervé Pierre a vingt ans quand il rencontr Jean-Luc lors d’un stage. Ensuite; il a joué un peu partout à la Comédie-Française : Shakespeare, Marlowe, Musset, Strindberg, Brecht, Goldoni, Labiche, Feydeau, Tchekhov, Pirandello, Claudel… ! Et, côté auteurs contemporains: Jean-Luc Lagarce, bien sûr et de nombreuses fois dont Les Solitaires Intempestifs, une pièce au beau titre issu de Par les Villages de Peter Handke. Mais aussi : Pascal Rambert, Rémi de Vos, Jean-Claude Grumberg. Et il a mis en scène des textes comme Le Gardeur de troupeaux et Caeiro de Fernando de Pessoa..

Sur le plateau noir, juste une table pas très haute avec une chaise en bois pour lui, en costume noir. Et un tabouret haut pour elle, en strict tailleur, aussi noir. Elle commence par lire des extraits des Règles du savoir-vivre dans la société moderne, une adaptation caricaturale du manuel de la Baronne Staffe (1843-1911) où Jean-Luc Lagarce explique avec un humour cinglant, comment naître et comment, selon l’âge de la future épouse, procéder au mariage selon des règles strictes ne souffrant aucune exception. Et,aussi, comment mourir…
Ce monologue avait été créé par 
Mireille Herbstmeyer, mise en scène par Jean-Luc Lagarce. Ici, Hervé Pierre lui, commente ou intervient brièvement. Diction ciselée et gestuelle impeccable de ces grands interprètes. Suivront des extraits de textes, connus ou moins connus, comme Ici ou ailleurs, Histoire d’amour (premier chapitre), Noce, Music-hall, Vagues souvenirs de l’année de la peste, et le devenu célèbre Derniers remords avant l’oubli, avec ses conflits familiaux et son absence de vrais dialogues entre parents et enfants. Mais aussi Nous, les héros, Juste la fin du monde, Le Pays lointain, J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne. Et à nouveau, pour conclure, Histoire d’amour (derniers chapitres) sous une boule à facettes, avec une musiquette populaire.

Une soirée simple où règne la parole quotidienne avec des textes où on retrouve les figures de style chers au dramaturge :
utilisation fréquentes de l’imparfait, répétition du même mot au début de chaque phrase (si sont chère aux politiques), allitérations, reprise de ce qu’on vient de dire sous une autre forme mais avec force détails, comme certains artisans qui viennent faire un devis…
Au commencement comme le dit la Femme: « Ce qu’il veut faire… je ne me pose plus de question‚ c’est ce que je crois comprendre‚ il est préférable que je ne pose plus de question… je dois saisir les mots‚ les phrases‚ les idées aussi‚ sans l’interroger… je ne demande pas qu’il confirme ce que je crois‚ il n’en a pas envie… Ce qu’il veut faire‚ c’est raconter l’histoire de deux hommes et d’une femme… Ce qu’il veut faire‚ ce qu’il veut écrire‚ c’est son métier… ce qu’il veut faire‚ c’est raconter naïvement… c’est une histoire naïve aussi… c’est raconter naïvement l’histoire de ces deux hommes et de cette femme. (…) En ce jour… en cette journée… importante journée… L’Événement qui nous réunit tous… En cette importante journée‚ cet événement nous réunissant tous… ce superbe événement nous réunissant tous… En ce moment essentiel de notre vie… de nos vies… de vos vies‚ surtout… En ce moment essentiel pour chacun d’entre nous… Moi… quant à moi… je voudrais… Combien je voudrais‚ oui‚ ô combien‚ je ne saurais le dire !… je voudrais… c’est là le but essentiel… unique… le but unique… c’est là le but essentiel et unique de mon intervention… »  Ici, Jean-Luc Lagarce rejoint les fabuleuses tirades de Molière, ou plus récemment d’Eugène Labiche

Avec souvent, en filigrane, non-dits, hésitations, grands silences et Hervé Pierre sait magistralement y faire quand, assis à son bureau, il regarde Mireille Herbstmeyer, avant de l’interrompre d’un geste léger. La parole en elle-même est un outil théâtral chez  Jean-Luc Lagarce, comme chez Eugène Ionesco… Et cela donne envie de relire et de voir ses pièces. Merci à François Berreur, Mireille Herbstmeyer et Hervé Pierre pour cette lecture-promenade théâtrale de haute volée.

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 25 novembre à Théâtre Ouvert, 159 avenue Gambetta, Paris ( XX ème). T. : 01 42 55 55 50.

 L’œuvre de Jean-Luc Lagarce est éditée aux Solitaires Intempestifs,1 rue Gay-Lussac, Besançon (Doubs). T. : 03 81 81 00 22

 

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