Makbeth par le Munstrum Théâtre, conception Louis Arene et Lionel Lingelser, mise en scène de Louis Arene
Makbeth par le Munstrum Théâtre, conception: Louis Arene et Lionel Lingelser, mise en scène de Louis Arene
Créé en 1897 près de Pigalle à Paris, le Théâtre du Grand-Guignol présentait des spectacles spécialisés dans l’horreur et le macabre, inspirés de faits-divers relatés dans la presse. Et hyperréalistes avec images d’une violence jamais vue et grands numéros d’acteur. Ce théâtre de pur divertissement jouait sur le côté voyeur du public et a longtemps connu un grand succès jusque dans les années cinquante. Louis Arene a adapté cette célèbre pièce de Shakespeare mais s’écarte ici du fait-divers et peint le monde d’aujourd’hui mais avec une forte dose d’humour que les nombreux jeunes spectateurs de la salle apprécient beaucoup…
Ce théâtre engagé veut avoir un sens politique. «Tout comme Makbeth, disent ses concepteurs, les hommes puissants commettent encore des massacres au nom de la paix et, sous le vernis de notre civilisation éclairée, la barbarie gronde. Comment ne pas reconnaitre dans l’ensauvagement des conflits mondiaux actuels, l’escalade meurtrière du héros shakespearien?
Nous montons Makbeth car la douleur de ce monde est insupportable. Inlassablement, regarder la violence en face, l’enfer que l’humanité s’est créé pour elle-même. Essayer d’interpréter les schémas qui nous plongent dans le malheur pour essayer d’endiguer leur répétition cyclique. »
Avant le spectacle, Clémence Huckel, du Munstrum théâtre, précise que ce spectacle a demandé trois ans de préparation et l’engagement de quarante artistes, et que vingt structures partenaires en ont permis l’éclosion. Une façon pour cette compagnie de défendre le service public de la Culture, de plus en plus remis en cause ! Cela commence par une bataille hyperréaliste et on entend un cri: « Tue-les tous et fait le tri après. » Et en même temps, son esthétique est digne d’une production hollywoodienne. Comme un personnage le souligne: « Je lui ai parlé de la beauté de ces corps d’hommes sur le champ de bataille. ».
Puis, nous découvrons les protagonistes de cette tragédie que les acteurs incarnent avec une folie jubilatoire. Louis Arene (Makbeth), Sophie Botte (Banquo), Delphine Cottu (Duncan, Fleance, Lady Makduff), Olivia Dalric (Ross), Lionel Lingelser (Lady Makbeth), Anthony Martine (Malcolm), François Praud (Makduff) et Erwan Tarlet (Le Fou) sont exceptionnels. Comme les régisseurs-plateau qui font ici un travail remarquable… et exténuant. A un rythme soutenu, et sur deux heures, ils accompagnent chaque changement de tableau.
Le théâtre de la cruauté, tant idéalisé par les passionnés d’Antonin Artaud, s’exprime ici grâce aux créateurs du Munstrum: Louis Arene et Lionel Lingelser. Même si, comme le dit le Fou à propos des entorses au texte, William Shakespeare pourrait se retourner plusieurs fois dans sa tombe: «You are not au bout de vos peines. » Nous assistons à un spectacle total, à une sorte d’opéra violent et provocateur avec un engagement physique extrême des acteurs dont corps est métamorphosé par des prothèses et des masques, chants, musique, effets spéciaux (fumée) totalement maitrisés. Ce spectacle fort de sens et d’une esthétique réussie, marquera pour longtemps l’histoire du spectacle du XXI ème siècle. Le Munstrum Théâtre a reçu le Prix de la meilleure création d’éléments scéniques, décerné par le Syndicat de la critique en juin 25 mais aurait pu en recevoir d’autres…
Jean Couturier
Jusqu’au 13 décembre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème). T. : 01 44 95 98 21.
Le 5 et 6 mars, Le Carreau-Scène nationale de Forbach (Moselle). Le 11 et 12 mars MC2, Grenoble (Isère).

