Sortir par la porte (une tentative d’évasion) de Hakim Bah, conception et mise en scène de Juan Ignacio Tula

Sortir par la porte (une tentative d’évasion) d’Hakim Bah, conception et mise en scène de Juan Ignacio Tula

 La dernière création de l’Argentin Juan Ignacio Tula ouvre dans les arts circassiens, un espace poétique et théâtral d’une puissante originalité et d’une maîtrise absolue. Il nous invite à une rencontre entre performance physique, auto-fiction, chemin périlleux d’un adolescent, Juan Ignacio Tula lui-même (seize ans). Depuis que le père est parti de la maison, le jeune  garçon erre, la nuit dans les faubourgs de Buenos Aires, sous l’emprise de la drogue, de l’ivresse, de la musique et de la danse. Sa mère le placera dans une maison de désintoxication, pour son plus grand malheur, ou son plus grand bonheur ?

© Danica Bijeljac

© Danica Bijeljac

Un parcours existentiel et initiatique d’une immense beauté, grâce au duo entre le circassien-acteur, Juan Ignacio Tula et sa partenaire: une roue Cyr, un anneau de trois mètres de circonférence et d’environ quinze kilos. Grâce aussi à la force et à l’intelligence du texte de Hakim Bah, écrivain guinéen avec lequel il avait collaboré pour Pourvu que ma mastication ne soit pas longue. « Un truc que personne ne peut comprendre/Parce qu’personne vit c’que j’vis, y’a pas d’lumière/ Juste ces murs qui s’rapprochent/ Ces murs qui m’compriment la tête/ Ça chauffe Ça gronde Ça déborde/ Et à force Faut qu’ça sorte. Emus, fascinés, nous suivons le parcours de ce jeune avant, pendant et après son passage au centre de désintoxication, « entre chaos et harmonie, entre maîtrise et abandon » écrit Amin Erfani dans l’avant-propos de Strokes, suivi de Tentative d’évasion d’Hakim Bah. Le récit et la performance circassienne, ensemble, prennent place avec autant de souffle et d’intensité théâtrale et corporelle : «Loin d’être une forme amoindrie de la scène, dit Amin Erfani, ce texte se présente comme un objet littéraire à part entière. »

Perfection aussi dans le travail de la dramaturge et metteuse en scène, Mara Bijeljac. Elle réussit à créer un dialogue d’une grande finesse  entre projections d’images et texte. Ici tous les éléments de la mise en scène; musique, photos, admirables vidéos de Claire Willemann, et le risque de chute imminente couru par le circassien Yann Philippe porté par cette grande roue,  sont d’une grande exigence. Un moment de cirque rare et un objet merveilleux et inclassable!
Sortir par la porte, un cri à la vie et à la résistance contre la fatalité. Quand tout semble perdu et que rien ne laisse présager un avenir meilleur : «Imagine une porte Imagine-toi derrière cette porte/ Imagine-toi derrière cette porte cadenassée/Imagine ta colère derrière cette porte/Imagine ta rage derrière cette porte/Imagine ton impuissance derrière cette porte. » L’histoire de ce jeune homme, figure héroïque ou anti-héros de nos temps modernes touche à l’universel et nous enchante !

 Elisabeth Naud

Spectacle vu le 28 novembre au Théâtre 71-Scène Nationale de Malakoff ( Hauts-de-Seine). 

Les 30 et 31 janvier, Le Manège-Scène Nationale de Reims (Marne).

Les 12, 13 et 14 mars, Festival Spring, en partenariat avec l’Agglomération du Mont-Saint-Michel.

Du 1er au 5 avril, à la semaine Extra-festival jeune public, Centre Dramatique National de Thionville (Moselle). 

 


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