Horreur!

Horreur!

Titania, je t’appelle. Où es tu? D’habitude tu es toujours avec moi. Mais où est ta joie, ton énergie du matin, tes jeux ? Je t’appelle en vain, mais pourquoi ne guettes-tu pas à la fenêtre, pour voir si Brigitte arrive pour la promenade ?
 Mais où es-tu? Pourquoi tu ne réponds plus? Pourquoi ton panier reste vide ? J’adorais te regarder, tu venais sur mes genoux pour un câlin et, avec tes yeux, tu parlais, tu disais : « Toi, tu es mon Jacques. « Je te disais : « Non, pas la langue. »

© Jacques Livchine

© Jacques Livchine

Tu revenais toute crottée de la promenade, tu avais un grand copain avec qui tu faisais la course, et vous vous chicaniez, tu te jetais dans la rivière avec lui. Dimanche, on est monté sur le Lomont, on a marché, marché, mais jamais tu n’étais jamais fatiguée. Alors je t’ai dit: tu vas courir jusque là-bas derrière la voiture.
C’était le dimanche 7 décembre 2025 à  12 h 46. J’ai accéléré pour te distancer, tu aimais tant courir comme une folle. Mais j’ai entendu un bruit sourd, j’ai cru que c’était un trou, et puis tu n’étais plus là.

Je suis revenu en arrière. Tu gisais à dix mètres de la route: « Titania, je criais. » Et tu m’as regardé, comme si tu me disais: tu as fait une belle connerie. Mais tu étais encore vivante.  Avec Brigitte, on t’a mis dans une couverture;  je me dis, il y a juste une trace de sang sur ton petit museau et  tu vas te réveiller. On est entré dans le village comme d’habitude et le dimanche 7 décembre, tu as eu trois ans et trois mois, et moi, comme un idiot, les yeux pleins de larmes, je crois que tu vas revenir. J’ai plus que honte! Je suis plus sensible à la mort de mon chien, qu’à celle de 50.000 humains. Mais, c’est comme ça, je n’y peux rien.

Jacques Livchine, co-directeur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité, Audincourt (Doubs).


Archive pour 10 décembre, 2025

Maria a piedi nudi, un film de Rebecca Digne

Maria a piedi nudi, scénario et réalisation de Rebecca Digne 

©x

©x Rebecca Digne

A Mugello, près de Florence dans une Toscane verdoyante aux prés magnifiques, celle de Dante, Boccace, Pétrarque, Fra Angelico, Botticelli, Léonard de Vinci, Michel Ange…  Il y a une vieille ferme avec une  terrasse en bois… Tout autour des chevaux, chiens, poules… L’intérieur,  ne sent guère la richesse, mais à quoi bon? Cela nous rappelle un documentaire sur deux frères, d’humbles paysans  cantaliens tourné par FR3. Ils vivaient à l’heure solaire dans une vieille ferme isolée de tout et faisaient encore leur pain. A la jeune journaliste qui leur demandait comment on pourrait les aider, l’un d’eux lui dit avec un grand sourire;  » Mais madame, nous n’avons absolument besoin de rien. »
Assez foutraque, cette maison respire pourtant la joie de vivre en paix, dans un paysage fabuleux: collines en pente douce, comme les a si poétiquement décrites Boccace dans son Décaméron, avec châtaigniers, belles haies, prairies en fleurs, champs de blé, oliveraies, vignes, orangers, citronniers, pommiers, routes bordées de cyprès avec une exceptionnelle
 qualité d’air et de lumière. Une lente mais efficace transformation avec élégance de la nature par les Italiens pendant des siècles, réussissant à créer un paysage aux allures de vert paradis,que Rebecca Digne nous fait lentement visiter avec de superbes images…

La petite Maria vit ici avec son père Andréa, un menuisier-ferronnier et sa mère artiste, en symbiose avec  la nature  et  les animaux. Mais, quand elle a huit ans, catastrophe! Le propriétaire de la ferme veut transformer les terres en vignoble et ils ne pourront rester dans ce paradis. Son père l’emmène avec lui, pour avoir son avis, quand il ira chercher une autre maison. Plus moderne, mais sans tout le charme de la vieille maison. Bref, Maria vit enfant La Cerisaie d’Anton Tchekhov… Mais dans cette pièce, comme dans les autres, il n’y a jamais d’enfants!

© Rebecca Digne

© Rebecca Digne

Rebecca Digne a eu la belle idée de confier une caméra Super-Huit à Maria- elle a neuf ans- pour qu’elle filme ce qui sera perdu à jamais: les terres de son enfance devenues un vignoble dans quelques années. Maria a fait découvrir à Rebecca son paradis et manger des poires sur l’arbre. Pourquoi ce film dont l’aventure a commencé il y a neuf ans? « Pour que, dit cette artiste vidéaste, Maria puisse se forger ainsi son propre regard dans cette étape charnière de son enfance.» Elle nous balade avec une lenteur bienvenue dans cette Toscane où ces gens qui travaillent dur et ne roulent pas sur l’or, sont tout de même très heureux d’y vivre.  Un film, à la fois documentaire  mais aussi et surtout un poème-hymne à l’enfance et à la Nature dans la lignée de poètes toscans comme Boccace avec son Décaméron.

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©x Détail de Saint-Georges et le dragon

Ou de l’écrivain français Henri Taine: « On voit des marques de goût, de bien-être dans les maisons qu’on aperçoit en passant ; les fermes, elles-mêmes, ont un portique au rez-de-chaussée ou au premier étage pour prendre le frais du soir. L‘immense Paolo Uccello peignait en  1430, Saint-Georges et le dragon (il y a une des trois versions du tableau au musée Jacquemart André à Paris), avec des champs rectangulaires tracés au cordeau.

Puis, Rebecca prendra le relais à une caméra vidéo on voit dans ce film, cette intelligente et merveilleuse Maria grandir dans cette maison puis, comme dans un exil intérieur, aller vivre dans une autre, moderne où il y a quand même un potager. Ce voyage dans la nature et le temps qui passe, est aussi mental. Comme celui qu’a dû faire Rebecca Digne, quand elle a quitté l’Italie où son père Jean Digne avait dirigé avec maestria, à partir de 82,  l’Institut français de Naples. La boucle est ainsi bouclée. Ce père, très malade, ne pourra malheureusement jamais voir ce film…
Poétique et généreux, ce moyen métrage en quarante-deux minutes seulement (un format dit Rebecca Digne qui lui convenait pour raconter cette histoire) sonne juste… On aimerait davantage savoir ce qu’est Maria aujour’hui. Le temps a passé!  C’est une jeune fille de seize ans, élève d’un lycée où elle suit des cours de théâtre…
Et la vieille maison est maintenant abandonnée. »Comme ces gens en exil, qui rêvent de leur pays d’origine et ne le reconnaissent plus, quand ils peuvent enfin y retourner, dit Virginie Despentes, rien n’est comme dans leur souvenir. » Non, ici grâce à Rebecca Digne, le temps aura marqué une pause et Maria pourra conserver le souvenir de cette maison. Exceptionnel! Comme nous, même si nous n’y sommes déjà allés… La cinéaste envisage de faire une exposition de photos tirées de ce film qui sera bientôt présenté dans plusieurs festivals.

Philippe du Vignal

Film vu en projection privée à la Scam (Société civile des auteurs multimédia), 5 avenue Velasquez, Paris (VIII ème).
Soutenu par le C.N.C, la PROCIREP-ANGOA, la D.R.A.C. Île-de-France et la Scam, il a été accueilli en résidence à Périphérie, Centre régional de création cinématographique (Seine-Saint-Denis).

En quête de Samuel Beckett,de Barthélémy

En quête de Samuel Beckett, de Barthélémy

C’est l’histoire d’un adolescent, transporté, subjugué par un spectacle… qu’il n’a pas vu. Oui, sa mère était allée sans lui, dans une ville de l’Est, où En attendant Godot était jouée en tournée. Il y avait… trois spectateurs et les cinq acteurs, donc plus nombreux qu’eux, étaient, syndicalement, en droit de ne pas jouer. Mais ils ont joué, puis ont pris un pot tous ensemble au café du Commerce. Puis la mère a raconté le spectacle à son fils et autant dire, a allumé le feu. Il a réécrit mentalement la pièce, puis lu tout ce qu’il a pu lire, de son auteur, foudroyé par ce qui fut (si l’on en croit son récit), une révélation.

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© Louis Monier

Quelques années passent et grâce à un mécène florentin (oui, en plein vingtième siècle, pas à la Renaissance…), il rencontre son dieu. Il devient même son assistant, c’est-à-dire son homme à tout faire. Et il le fait bien. On sait l’importance que Samuel Beckett attachait à l’exactitude de la mise en scène.  Le jeune homme a même ensuite accompagné l’auteur chez Giacometti qui avait conçu le fameux arbre d’En attendant Godot, et a  assisté ,en plus, à une inoubliable séance-photo, avec Louis Monier. Il nous raconte comment Samuel Beckett, lui qui détestait la célébrité, s’y est prêté de bonne grâce, …

Barthélémy, que nous appellerons désormais B., comme il le fait lui-même pour S.B. (Samuel Beckett) et J.M.S. (Jean-Marie Serreau). Importante parenthèse: le prétexte de cette réduction du nom de ces grands hommes à leurs initiales serait de faire gagner du temps au lecteur. Dans la hâte de tout dire : il a tant à dire… Mais nous soupçonnons un motif plus grave, qui touche au sacré, à l’indicible, à l’ineffable –pas à L’Innommable, un roman de Samuel Beckett, on s’en souvient- qui interdit de dire Le Nom.
B., donc, sera aussi l’assistant de Jean-Marie Serreau et, à côté, la «secrétaire barbue » d’Eugène Ionesco, chargée, entre, autres, de répondre aux nombreuses demandes concernant les droits sur ses pièces. On voit que le récit, qu’il faudrait désherber parfois d’une encombrante modestie, ne manque ni d’humour ni de suspense (où est aujourd’hui cette œuvre d’art: le fameux arbre d’En attendant Godot?), ni du charme de la jeunesse. Mais qu’en reste-t-il au lecteur ? Pour ceux de sa génération, le récit ravive les souvenirs. C’est vrai: nous avons tous été saisis, littéralement enchantés par En attendant Godot et nous pouvons le voir et le revoir à l’infini, dans dix mises en scène identiques… et tout aussi uniques.
Ce Godot, nous l’attendrons toujours et cette attente nous appartient. C’est vrai, nous aussi nous nous sommes mis à lire tout ce qu’on pouvait trouver de Beckett, nous avons été ravis par Madeleine Renaud dans Oh ! Les beaux jours  -B. a été foudroyé de rencontrer «nature» à l’entrée des artistes de l’Odéon. Et ravis à nouveau aujourd’hui par Dominique Valadié, mise en scène par Alain Françon dans le même rôle.

 Mais que reste-t-il de ce récit sinon, hormis quelques instants et anecdotes? Ceci, à ce degré, l’admiration est impossible à raconter. Elle paralyse, éblouit, aveugle et ce sera un expérience spirituelle unique, intransmissible. Ces années, B. les a vécues au cœur du réacteur, avec les auteurs qui faisaient la révolution du théâtre nouveau, associés (de façon impropre, mais tant pis) au « »théâtre de l’absurde » et au scandale: Samuel Beckett, Jean Genet, Max Frisch, Jacques Audiberti, mis en scène par Roger Blin ou Jean-Marie Serreau, aux petits théâtres Récamier, de Babylone et de Lutèce et puis, tout d’un coup en grandes dimensions, à l’Odéon…
Décorateur: André Acquart; compositeur : Gilbert Amy; dessinateur : Siné; Gilles Sandier, critique passionné : on pourrait continuer cette énumération avec le flot de grands noms que nous livre B. Mais on n’en apprendra rien de plus. Le premier article commandé à B. et qu’il n’a jamais écrit devait s’intituler Beckett en mémoire de moi. A l’autre bout de la vie, c’est le vrai titre de ce livre. Quant à la quête de Samuel Beckett… Eh ! Bien, oui, finalement! Ce livre nous donne envie de nous replonger dans les textes et les photos, dans la vie du grand écrivain, que nous, non plus, n’appellerons pas : Sam.

Christine Friedel

En quête de Beckett de Barthélémy, préface de Sylvie Chalaye, éditions L’Harmattan (2025).

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