En quête de Samuel Beckett,de Barthélémy

En quête de Samuel Beckett, de Barthélémy

C’est l’histoire d’un adolescent, transporté, subjugué par un spectacle… qu’il n’a pas vu. Oui, sa mère était allée sans lui, dans une ville de l’Est, où En attendant Godot était jouée en tournée. Il y avait… trois spectateurs et les cinq acteurs, donc plus nombreux qu’eux, étaient, syndicalement, en droit de ne pas jouer. Mais ils ont joué, puis ont pris un pot tous ensemble au café du Commerce. Puis la mère a raconté le spectacle à son fils et autant dire, a allumé le feu. Il a réécrit mentalement la pièce, puis lu tout ce qu’il a pu lire, de son auteur, foudroyé par ce qui fut (si l’on en croit son récit), une révélation.

©x

© Louis Monier

Quelques années passent et grâce à un mécène florentin (oui, en plein vingtième siècle, pas à la Renaissance…), il rencontre son dieu. Il devient même son assistant, c’est-à-dire son homme à tout faire. Et il le fait bien. On sait l’importance que Samuel Beckett attachait à l’exactitude de la mise en scène.  Le jeune homme a même ensuite accompagné l’auteur chez Giacometti qui avait conçu le fameux arbre d’En attendant Godot, et a  assisté ,en plus, à une inoubliable séance-photo, avec Louis Monier. Il nous raconte comment Samuel Beckett, lui qui détestait la célébrité, s’y est prêté de bonne grâce, …

Barthélémy, que nous appellerons désormais B., comme il le fait lui-même pour S.B. (Samuel Beckett) et J.M.S. (Jean-Marie Serreau). Importante parenthèse: le prétexte de cette réduction du nom de ces grands hommes à leurs initiales serait de faire gagner du temps au lecteur. Dans la hâte de tout dire : il a tant à dire… Mais nous soupçonnons un motif plus grave, qui touche au sacré, à l’indicible, à l’ineffable –pas à L’Innommable, un roman de Samuel Beckett, on s’en souvient- qui interdit de dire Le Nom.
B., donc, sera aussi l’assistant de Jean-Marie Serreau et, à côté, la «secrétaire barbue » d’Eugène Ionesco, chargée, entre, autres, de répondre aux nombreuses demandes concernant les droits sur ses pièces. On voit que le récit, qu’il faudrait désherber parfois d’une encombrante modestie, ne manque ni d’humour ni de suspense (où est aujourd’hui cette œuvre d’art: le fameux arbre d’En attendant Godot?), ni du charme de la jeunesse. Mais qu’en reste-t-il au lecteur ? Pour ceux de sa génération, le récit ravive les souvenirs. C’est vrai: nous avons tous été saisis, littéralement enchantés par En attendant Godot et nous pouvons le voir et le revoir à l’infini, dans dix mises en scène identiques… et tout aussi uniques.
Ce Godot, nous l’attendrons toujours et cette attente nous appartient. C’est vrai, nous aussi nous nous sommes mis à lire tout ce qu’on pouvait trouver de Beckett, nous avons été ravis par Madeleine Renaud dans Oh ! Les beaux jours  -B. a été foudroyé de rencontrer «nature» à l’entrée des artistes de l’Odéon. Et ravis à nouveau aujourd’hui par Dominique Valadié, mise en scène par Alain Françon dans le même rôle.

 Mais que reste-t-il de ce récit sinon, hormis quelques instants et anecdotes? Ceci, à ce degré, l’admiration est impossible à raconter. Elle paralyse, éblouit, aveugle et ce sera un expérience spirituelle unique, intransmissible. Ces années, B. les a vécues au cœur du réacteur, avec les auteurs qui faisaient la révolution du théâtre nouveau, associés (de façon impropre, mais tant pis) au « »théâtre de l’absurde » et au scandale: Samuel Beckett, Jean Genet, Max Frisch, Jacques Audiberti, mis en scène par Roger Blin ou Jean-Marie Serreau, aux petits théâtres Récamier, de Babylone et de Lutèce et puis, tout d’un coup en grandes dimensions, à l’Odéon…
Décorateur: André Acquart; compositeur : Gilbert Amy; dessinateur : Siné; Gilles Sandier, critique passionné : on pourrait continuer cette énumération avec le flot de grands noms que nous livre B. Mais on n’en apprendra rien de plus. Le premier article commandé à B. et qu’il n’a jamais écrit devait s’intituler Beckett en mémoire de moi. A l’autre bout de la vie, c’est le vrai titre de ce livre. Quant à la quête de Samuel Beckett… Eh ! Bien, oui, finalement! Ce livre nous donne envie de nous replonger dans les textes et les photos, dans la vie du grand écrivain, que nous, non plus, n’appellerons pas : Sam.

Christine Friedel

En quête de Beckett de Barthélémy, préface de Sylvie Chalaye, éditions L’Harmattan (2025).

 


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