Maria a piedi nudi, un film de Rebecca Digne

Maria a piedi nudi, scénario et réalisation de Rebecca Digne 

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©x Rebecca Digne

A Mugello, près de Florence dans une Toscane verdoyante aux prés magnifiques, celle de Dante, Boccace, Pétrarque, Fra Angelico, Botticelli, Léonard de Vinci, Michel Ange…  Il y a une vieille ferme avec une  terrasse en bois… Tout autour des chevaux, chiens, poules… L’intérieur,  ne sent guère la richesse, mais à quoi bon? Cela nous rappelle un documentaire sur deux frères, d’humbles paysans  cantaliens tourné par FR3. Ils vivaient à l’heure solaire dans une vieille ferme isolée de tout et faisaient encore leur pain. A la jeune journaliste qui leur demandait comment on pourrait les aider, l’un d’eux lui dit avec un grand sourire;  » Mais madame, nous n’avons absolument besoin de rien. »
Assez foutraque, cette maison respire pourtant la joie de vivre en paix, dans un paysage fabuleux: collines en pente douce, comme les a si poétiquement décrites Boccace dans son Décaméron, avec châtaigniers, belles haies, prairies en fleurs, champs de blé, oliveraies, vignes, orangers, citronniers, pommiers, routes bordées de cyprès avec une exceptionnelle
 qualité d’air et de lumière. Une lente mais efficace transformation avec élégance de la nature par les Italiens pendant des siècles, réussissant à créer un paysage aux allures de vert paradis,que Rebecca Digne nous fait lentement visiter avec de superbes images…

La petite Maria vit ici avec son père Andréa, un menuisier-ferronnier et sa mère artiste, en symbiose avec  la nature  et  les animaux. Mais, quand elle a huit ans, catastrophe! Le propriétaire de la ferme veut transformer les terres en vignoble et ils ne pourront rester dans ce paradis. Son père l’emmène avec lui, pour avoir son avis, quand il ira chercher une autre maison. Plus moderne, mais sans tout le charme de la vieille maison. Bref, Maria vit enfant La Cerisaie d’Anton Tchekhov… Mais dans cette pièce, comme dans les autres, il n’y a jamais d’enfants!

© Rebecca Digne

© Rebecca Digne

Rebecca Digne a eu la belle idée de confier une caméra Super-Huit à Maria- elle a neuf ans- pour qu’elle filme ce qui sera perdu à jamais: les terres de son enfance devenues un vignoble dans quelques années. Maria a fait découvrir à Rebecca son paradis et manger des poires sur l’arbre. Pourquoi ce film dont l’aventure a commencé il y a neuf ans? « Pour que, dit cette artiste vidéaste, Maria puisse se forger ainsi son propre regard dans cette étape charnière de son enfance.» Elle nous balade avec une lenteur bienvenue dans cette Toscane où ces gens qui travaillent dur et ne roulent pas sur l’or, sont tout de même très heureux d’y vivre.  Un film, à la fois documentaire  mais aussi et surtout un poème-hymne à l’enfance et à la Nature dans la lignée de poètes toscans comme Boccace avec son Décaméron.

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©x Détail de Saint-Georges et le dragon

Ou de l’écrivain français Henri Taine: « On voit des marques de goût, de bien-être dans les maisons qu’on aperçoit en passant ; les fermes, elles-mêmes, ont un portique au rez-de-chaussée ou au premier étage pour prendre le frais du soir. L‘immense Paolo Uccello peignait en  1430, Saint-Georges et le dragon (il y a une des trois versions du tableau au musée Jacquemart André à Paris), avec des champs rectangulaires tracés au cordeau.

Puis, Rebecca prendra le relais à une caméra vidéo on voit dans ce film, cette intelligente et merveilleuse Maria grandir dans cette maison puis, comme dans un exil intérieur, aller vivre dans une autre, moderne où il y a quand même un potager. Ce voyage dans la nature et le temps qui passe, est aussi mental. Comme celui qu’a dû faire Rebecca Digne, quand elle a quitté l’Italie où son père Jean Digne avait dirigé avec maestria, à partir de 82,  l’Institut français de Naples. La boucle est ainsi bouclée. Ce père, très malade, ne pourra malheureusement jamais voir ce film…
Poétique et généreux, ce moyen métrage en quarante-deux minutes seulement (un format dit Rebecca Digne qui lui convenait pour raconter cette histoire) sonne juste… On aimerait davantage savoir ce qu’est Maria aujour’hui. Le temps a passé!  C’est une jeune fille de seize ans, élève d’un lycée où elle suit des cours de théâtre…
Et la vieille maison est maintenant abandonnée. »Comme ces gens en exil, qui rêvent de leur pays d’origine et ne le reconnaissent plus, quand ils peuvent enfin y retourner, dit Virginie Despentes, rien n’est comme dans leur souvenir. » Non, ici grâce à Rebecca Digne, le temps aura marqué une pause et Maria pourra conserver le souvenir de cette maison. Exceptionnel! Comme nous, même si nous n’y sommes déjà allés… La cinéaste envisage de faire une exposition de photos tirées de ce film qui sera bientôt présenté dans plusieurs festivals.

Philippe du Vignal

Film vu en projection privée à la Scam (Société civile des auteurs multimédia), 5 avenue Velasquez, Paris (VIII ème).
Soutenu par le C.N.C, la PROCIREP-ANGOA, la D.R.A.C. Île-de-France et la Scam, il a été accueilli en résidence à Périphérie, Centre régional de création cinématographique (Seine-Saint-Denis).

 


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