La Jalousie de Sacha Guitry, mise en scène de Michel Fau

La Jalousie de Sacha Guitry, mise en scène de Michel Fau

Une pièce créée au théâtre des Bouffes-Parisiens le 8 avril 1915.  Soit huit mois après le début de la première guerre mondiale. Et avec Sacha Guitry (1887-1957) qui a signé cent-vingt-quatre pièces dont beaucoup jouées avec grand succès. Il en fait aussi la mise en scène et y joue… le rôle principal. Il réalisa aussi trente-six films…
Il interprète ici Albert Blondel et parlait de la nécessité du théâtre : «Oui, j’ai pensé que, puisque je ne pouvais pas faire ce que font actuellement les hommes de mon âge, j’avais le droit et le devoir de faire mon métier -je veux dire faire exactement mon métier. La direction du théâtre des Bouffes et moi, nous avons décidé de verser à des œuvres de bienfaisance aux blessés, aux malades, aux pauvres, le bénéfice de nos représentations. A ce sujet, je veux vous dire quelque chose. En agissant ainsi, ce n’est pas une excuse que nous avons cherchée, car cela serait injurieux pour vous et pour nous. Vous n’avez pas besoin d’un prétexte pour faire l’aumône, et nous n’avons pas besoin d’un prétexte pour exercer notre métier. Nous sentons bien aujourd’hui que le bonheur, le vrai bonheur, la joie, la tranquillité, la liberté d’esprit, tout cela ne dépend plus de nous et ne peut nous être rendu que, morceau par morceau, département par département. »

© Marcel Hartmann

© Marcel Hartmann

L’Histoire semble bégayer… Michel Fau met en scène cette pièce dans un théâtre voisin, celui de la Michodière qui a fêté en 2025, ses cent ans d’existence, à un moment aussi délicat où l’ordre du monde est encore menacé! Sacha Guitry avait poussé la perversion du sentiment amoureux jusqu’à créer La Jalousie avec sa première épouse: Charlotte Lysès, ex-amante de son père, l’acteur Lucien Guitry. Puis à la reprise, quinze ans plus tard, il jouera la pièce avec Yvonne Printemps, sa seconde femme.
Directrice de la Michodière, elle y installera son amant l’acteur Pierre Fresnay, alors qu’elle venait de quitter Sacha Guitry: lui qui disait: “Il y a des femmes dont l’infidélité est le seul lien qui les attache encore à leur mari.” Marié cinq fois: “Le mariage c’est résoudre à deux les problèmes qu’on n’aurait pas eus tout seul.” , il eut de nombreuses liaisons, entre autres, avec la comédienne Arletty, qui refusa de l’épouser: « J’allais pas épouser Sacha Guitry, il s’était épousé lui-même ! « 
 On sait moins qu’il fut aussi un remarquable lanceur de talents: Louis de Funès, Darry Cowl, Michel Serrault, Raimu, Fernandel…
Jean Meyer qui a fait une mise en scène de La Jalousie à la Comédie-Française en 59, disait qu’il fallait jouer les pièces de Sacha Guitry: mais “telles qu’elles sont, simplement et en s’efforçant d’y apporter de la légèreté, de la rapidité, de l’humeur. Cela dépend beaucoup des acteurs”. La pièce est fondée sur le fameux trio : le mari, la femme et l’amant. Mais ici les rapports sont inversés. Albert Blondel tombe subitement jaloux de Marthe, sa femme, alors qu’il vient de la tromper. Et elle finit par le tromper aussi.. parce qu’elle en assez qu’il ait des soupçons- infondés- sur un de ses amis: Marcelin Lézignan.

Les indications de Jean Meyer correspondent bien à la mise en scène de Michel Fau et son  Albert Blondel est sobre et presque victime de ce quiproquo. Gwendoline Hamon est une délicieuse Marthe pleine de fougue et de charme qui saura se venger. Alexis Moncorgé est Lézignan. Et une belle surprise attend les fidèles de la Comédie-Française: la mère de Marthe, incarnée avec une remarquable vérité par la rayonnante Geneviève Casile (quatre-vingt huit ans) ancienne sociétaire de la maison de Molière qui a joué encore récemment au festival d’Avignon (voir Le Théâtre du Blog)…
Très beaux costumes de David Belugou en parfait accord avec le décor volontairement kitch imaginé par Nicolas Delas. Michel Fau nous invite à un voyage dans le temps, loin d’être poussiéreux. Et il sait mettre en valeur la langue de Sacha Guitry qui fait toujours mouche sur le public… Il y a ainsi au début un savoureux monologue d’Albert Blondel, prenant le public à témoin: «Il faut être aussi bête qu’un homme pour se demander d’une femme qu’on ramasse dans la rue: «Qu’est-ce que ça doit être que cette petite femme-là? Ça ne peut jamais être qu’une grue, voyons ! Après, on s’en rend bien compte… Mais, avant, on aime à se faire certaines illusions. On n’est pas éloigné de s’imaginer qu’on a fait une conquête, et c’est seulement en lui donnant les vingt-cinq louis qu’elle vous demande, qu’on s’aperçoit que c’est elle qui vous a emmené, et non pas vous qui l’avez reconduite !”

Jean Couturier

Théâtre de la Michodière, 4 bis rue de la Michodière, Paris (II ème). T. : 01 86 47 68 62.

 


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