Le Banquet de Platon, conception de Nicolas Liautard et Magalie Nadaud

Le Banquet de Platon, conception de Nicolas Liautard et Magalie Nadaud

Tò sumpósion: en grec ancien signifiait la réception traduit depuis longtemps en français par Le Banquet. Une œuvre écrite par Platon vers 380 avant J.C. Le jeune dramaturge Agathon qui a obtenu le premier prix au concours des grandes Dionysies de 416 av. J.-C avec ses amis, Apollodore, Phèdre, jeune Athénien, brillant et riche, Socrate le philosophe, Aristodème son disciple, Aristophane, écrivain de pièces comiques, Pausanias, amant d’Agathon qui fait l’éloge de l’homosexualité et Eryximaque, un médecin, vont essayer ensemble de définir la nature de l’Amour. Mais ils ont décidé de boire légèrement pour rester lucides. Alcibiade jeune et riche Athénien qui lui n’ pas été invité mais viendra à la fin. 

Pour Phèdre, l’amour est le meilleur guide dans l’existence: Alceste meurt pour son mari et, récompensée par les Dieux, ressuscite. Pausanias fait remarquer qu’il a plusieurs types d’amour, surtout celui entre hommes à la fois du corps et surtout de l’esprit. Eryximaque pense que l’Amour caractérise les rapports de tous les êtres, qu’il rassemble, comme la musique qui recherche l’harmonie et le rythme..
Aristophane, dans un texte devenu célèbre, recherche  l’origine de l’amour. qui nous pousse à nous unir à quelqu’un d’autre ? A l’origine, les hommes, selon lui étaient à la fois  homme et femme. Mais ils voulaient devenir égaux aux dieux! Alors  Zeus les punit et coupa chacun en deux: l’une mâle et l’autre femelle. Mais chacun, regretta l’unité chercha à rejoindre sa moitié.
Socrate, lui, pense qu’il faut ne pas chercher à donner à l’Amour toutes les qualités, mais le louer pour les qualités qu’il a, et il interroge Agathon (le fameux dialogue socratique) et montre qu’on désire ce qu’on n’a pas et que l’amour désire le Beau.  Et le philosophe dit qu’il « faut commencer par les beautés de notre monde pour s’orienter vers cette beauté-là, en s’élevant toujours comme et en s’appuyant sur des échelons, passant d’un seul beau corps à deux, et puis de deux corps à tous les corps, ensuite des beaux corps aux belles occupations et des belles occupations aux belles sciences, jusqu’à ce que, en se fondant sur les sciences, on parvienne enfin à cette science unique qui n’est le savoir d’aucune autre beauté que cette beauté unique et qu’on connaisse, en arrivant au terme, ce qu’est en soi le Beau. »
Quand arrive Alcibiade, une jeune aristocrate athénien :
il n’a pas été invité! Vexé, jaloux et inquiet qu’Agathon puisse séduire Socrate, il arrive assez imbibé et fera un éloge du célèbre philosophe. Mais c’est déjà l’aube et tous auront alors beaucoup bu. Agathon, Aristophane et Socrate restent encore debout.

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©Christophe Battarel

Un dispositif bi-frontal rectangulaire en contre-plaqué avec quelques chaises en bois, une dizaine de verres à pied avec des bouteilles de vin rouge (pas très bien imité : il n’y a pas de de détails! dit notre collaboratrice et amie Christine Friedel). Côté jardin, une petite estrade avec de grosses bougies et un santour-basse,  sorte de cithare  moyen-orientale sur table de soixante-douze à cent cordes (bonjour l’accordage!) frappées par deux petits marteaux et dont jouera Mahdokht Karampour… quand elle n’est pas sur scène avec les cinq autres jeunes actrices et un jeune acteur (une curieuse distribution, assez rare pour être signalée). Avant la représentation, ils commencent à jouer au ping-pong (histoire de dire que la philo est comme le ping-pong est un échange! Ah! Ah! Ah!)  Ils se relayent et de temps à autre et choisissent comme adversaire, une spectatrice ou un spectateur. Histoire de faire participer le public?
Bref, cela commence mal et ces jeunes actrices, toutes aux cheveux longs,  sont en socquettes, jeans, T-Shirt… Des costumes actuels et bien ternes pour des gens qui vont à une réception! «Si c’est pour voir sur un plateau, disait le grand Jérôme Savary, ce qu’on voit dans la rue, cela ne m’intéresse vraiment pas.»

Pendant deux longues… très longues heures, nous allons avoir droit d’abord à un rappel des circonstances historiques. Pour quoi pas? Platon, vers 380 avant J.C., écrivit ce fameux Banquet Sparte régnait alors sur  la Grèce et, après la guerre du Péloponnèse, Athènes connaît une relative stabilité. Les tragédies d’Eschyle, Sophocle et Euripide ont illuminé le V ème siècle. Aristote (384-322 ), lui crée au  siècle suivant  le Lycée (une l’école de philo) et Platon  fondera l’Académie à Athènes. Sa disciple Axiothée de Phlionte (oui, un femme!) est citée parmi les 999 femmes du Dinner Party (pas un banquet), une œuvre de Judy Chicago (1979).
Ce Banquet est surtout une série de quasi-monologues: Sarah Brannens joue Socrate en minaudant et gesticulant sans arrêt! C’est assez fatiguant! Jade Fortineau (Agathon) et Célia Rosich  (Apollodore, Aristodème et Pausanias) font le boulot. En revanche, mention tout à fait spéciale à Maïa Foucault : remarquable (présence, diction est gestuelle) en Aristophane et à Emilien Diard-Detoeuf qui joue les faire-valoir de ses camarades en toute humilité  et qui, à la toute fin, s’impose en Alcibiade.
Quant à la mise en scène, on a du mal à en comprendre les intentions de ses concepteurs et dans une salle pas très pleine, ce spectacle a du mal à convaincre. Pourquoi cette distribution féminine? Pourquoi ces lumières violentes et très blanches éclairant la salle presque en permanence? Pourquoi ce dispositif bi-frontal? Pourquoi faire jouer ces jeunes actrices souvent à un bout ou à un autre du plateau… Tant pis pour les spectateurs assis de l’autre côté!  Pourquoi entend-t-on si peu les belles sonorités du santour basse? Ce qui aurait permis  quelques aérations dans ce texte
Et encore une fois, la distribution est trop inégale et la personnalité de Socrate, d’Aristophane ou des autres invités à cette soirée philosophique, bien floue. Ce Banquet, faute d’une solide adaptation et d’une mise en scène efficace, traîne en longueur et n’a rien d’un spectacle attachant. Dommage!
Pourtant le texte bien connu, a déjà été mis en scène et peut « faire théâtre ». Nous nous souvenons, entre autres, d’une simple mais brillante réalisation signée Dominique Paquet. Il y a ici trop d’erreurs pour vous conseiller d’aller jusqu’à la Cartoucherie. Nous avons connu autrefois Nicolas Liautard mieux inspiré quand, directeur du Théâtre de Nogent-sur-Marne, il montait 
Amerika, d’après Franz Kafka, ou Le Nez, d’après Nicolas Gogol… 

Philippe du Vignal 

Jusqu’au 21 décembre, Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de Manœuvre, Vincennes (Val-de-Marne). Métro: Château de Vincennes + navette gratuite. T. : 01 43 28 36 36.

 


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