Festival d’automne Les petites filles modernes (titre provisoire) texte et mise en scène de Joël Pommerat

Festival d’automne

Les petites filles modernes
(titre provisoire)
 texte et mise en scène de Joël Pommerat

Cendrillon (2011), Pinocchio ( 2008), Le Petit Chaperon rouge (2004)… d’admirables spectacles (voir Le Théâtre du Blog) où Joël Pommerat réussissait à la fois, à prendre ses distances avec ces anciens contes mais aussi à en extraire la substantifique moelle pour nous parler du monde actuel. Un exercice de haute voltige où était passé maître ce dramaturge et metteur en scène exemplaire: nous n’avons qu’un Joël Pommerat en France… »J’appelle, dit-il, ce qu’on est en train de faire du «théâtre-roman», parce que, dans cette pièce, les choses se racontent en même temps qu’elles se vivent, une histoire se raconte et se vit en même temps, sans chronologie. À ce stade, je vois ce spectacle comme un contre-pied à Cendrillon, un autre spectacle de ma compagnie qui déconstruisait franchement les notions de «merveilleux », de «magique» et de « surnaturel», alors qu’ici je les prends au sérieux sans parodie, au premier degré. On verra. »

© Agathe Pommerat

© Agathe Pommerat

Cette fois, il remet donc le couvert avec Les petites filles modernes. Mais quid, du théâtre-roman dont il  parle plus haut? Un théâtre inspiré d’un roman? Un théâtre devenu roman? Un spectacle à la fois roman et théâtre? Quant à une histoire qui se raconte et se vit en même temps? Et cette absence revendiquée de chronologie: la proposition aurait méritée d’être plus claire! Ici, deux fillettes: plus des enfants,  et pas encore de vrais ados sont élèves d’un même collège.
Jade (Coraline Kerléo) est douce et «appliquée », comme on disait autrefois. Marjorie (Marie Malaquias), elle, bouscule tout, harcèle ses camarades et en veut à tous les adultes. Ce garçon manqué ira même retrouver Jade dans sa chambre, pour passer la nuit avec elle. En cachette, bien sûr, des parents, sinon ce serait moins savoureux…
Marjorie sera vite renvoyée de son collège, après une entrevue houleuse après le Proviseur (en voix off). Mais, entre elle et Jade, après une engueulade, naîtra une grande amitié. Ce que ses parents, bien entendu, voient d’un mauvais œil… Jamais visibles mais très présents et qu’on entendra souvent en voix off comme les autres personnages bien joués par David Charier, Roxane Isnard, Garance Rivoal, Pierre Sorais, Faustine Zanardo.
Il y a aussi en parallèle, l’histoire d’un autre amour contrarié entre deux jeunes. Ils ont quitté leur planète et sont arrivés sur la nôtre. Elle est enfermée dans une grande boîte et on ne la verra jamais, existant par sa seule voix. Lui (Éric Feldman) s’occupera bien d’elle.
Jade et Marjorie les rencontreront. Ensuite, nous avons décroché de cette fable où il semble, si nous avons bien compris, que cette histoire aurait été rêvée par Jade ou Marjorie,  qu’on voit en fond de scène derrière un rideau à lames en plastique, allongée sur un lit d’hôpital.  Puis, on reviendra à la chambre d’origine…  Et le spectacle se terminera, plutôt qu’il ne finira. Bon…

On y retrouve ici cette même fascination chez Joël Pommerat pour le monde de l’enfance… et pour le noir: en quelques secondes, à chaque intervalle entre chaque tableau, tout change sur le plateau grâce aux remarquables techniciens de Nanterre-Amandiers: magiquement, des meubles disparaissent, on change d’endroit et on arrive une nouvelle situation, avec d’autres personnages visibles ou invisibles en voix off. Un véritable travail d’orfèvre empreint d’une intense poésie..

© Agathe Pommerat

© Agathe Pommerat

Sur le grand plateau d’un noir absolu, le metteur en scène, avec Eric Soyer, son excellent scénographe habituel qui a aussi conçu les lumières,  et avec Renaud Rubiano, créateur des images vidéo géométriques en noir et blanc et quelques autres en hologramme, nous fait pénétrer dans un monde irréel et onirique. Il sait comme personne créer l’illusion, avec un abîme figuré par un rond noir où se penche un homme ou les deux petites filles qu’on voit quelques secondes à une centaine de mètres en hologramme. Une image impressionnante qui ouvre le spectacle.

Même illusion visuelle avec ces sols et ces murs à motifs géométriques en noir et blanc. Parfois -mais rarement- teintés de couleurs pastel. La massivité et la noirceur de ces signes comme les spots de lumière, accompagnées parfois de très forte musique pénétrant même à l’intérieur du corps comme dans les boîtes, ont sur le public un effet psychique indéniable. «Perçus optiquement et vécus psychiquement», comme le disait Kandinski dans ses cours au Bauhaus.

© Agathe Pommerat

© Agathe Pommerat

Joël Pommerat sait comme personne, estomper et rendre imprécis le temps et l’espace, pour nous emmener dans un univers poétique. Il est, comme toujours aussi habile avec la représentation synecdotique.
Juste un lit, un fauteuil, une table avec une chaise et un très gros ours qu’on revoir d’ailleurs en personnage pour désigner le tout:  la chambre de  Marjorie.

Mais les relations entre cette imagerie très réussie de signes géométriques et le message oral du conte? Rien d’évident  et il y a un côté  sec dans cette mise en scène et l’imagerie étouffe un texte  déjà pauvret mais qu’on aimerait mieux entendre.

Pas besoin d’avoir peur de l’image! Omniprésente, elle n’exclut jamais le langage oral: tout dépend sans doute de l’attente du public… et d’un bon niveau de lecture. Ici, la diction des jeunes actrices -dont l’une sort pourtant du Conservatoire national !- est loin d’être parfaite et ces foutus micros n’arrangent rien! Alors que les voix off d’interprètes expérimentés sont, eux, impeccables. Bizarre?
Comme la musique -beaucoup trop forte- sous les dialogues pour les souligner, un vieux truc mais indigne de Joël Pommerat. Il devrait au moins revoir la balance. « Le théâtre qui a apporté à l’espèce humaine la parole, la poésie et la pensée, disait Philippe Tesson, bon connaisseur du théâtre contemporain, est détruit par les techniques. » (…) Sans peut-être aller jusque là, la relation entre message plastique et message linguistique n’est pas  du tout convaincante et, comme souvent dans ce cas, la parole a alors du mal s’imposer. Certes, ces jeux de miroirs et de lumière sont d’une impressionnante virtuosité, rarement vue. Et après? Ils ne servent en rien le texte. Il faut se méfier de la virtuosité au théâtre… Joël Pommerat, après de si nombreux spectacles de grande qualité, aurait-il moins de choses à nous dire… Dommage.
La grande salle du Théâtre des Amandiers -enfin rénové après quatre ans de travaux-  était loin d’être pleine et le public semblait partagé. C’était mieux avant? Oui, vivement une reprise du Petit Chaperon rouge, de Cendrillon ou de Pinocchio… Mais vous pouvez vous  épargner ces Petites filles modernes.

Philippe du Vignal 

 Jusqu’au au 24 janvier, Théâtre Nanterre-Amandiers-Centre Dramatique National (Hauts-de Seine).

Les 11 au 15 février, L’Azimut, Théâtre de la Piscine, Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine). Les 19 et 20 février, Théâtre de l’Agora-Scène nationale d’Evry et de l’Essonne.

Les 4 et 5 mars, Espaces Pluriels-Scène conventionnée d’intérêt national art et création danse, Pau (Pyrénées-Atlantiques). Les 24 et 25 mars, Maison de la Culture de Bourges-Scène nationale (Cher).

Les 8 et 9 avril, Le Canal-Théâtre du Pays de Redon ( Ille-et-Vilaine). Les 14 au 18 avril, en co-accueil avec Am Stram Gram. Comédie de Genève (Suisse).
Les 23 et 24 avril, Palais des Beaux-Arts, Charleroi (Belgique). Les 29 et 30 avril, Maison de la Culture d’Amiens-Scène nationale (Somme).

Les 5 et 6 mai, Les Salins-Scène nationale de Martigues (Bouches-du-Rhône). Du 20 au 22 mai, Le Bateau-Feu, Scène nationale Dunkerque (Nord)

Du 3 au 18 juin,Théâtre National de Strasbourg (Bas-Rhin).


Archive pour 20 décembre, 2025

Festival d’automne Les petites filles modernes (titre provisoire) texte et mise en scène de Joël Pommerat

Festival d’automne

Les petites filles modernes
(titre provisoire)
 texte et mise en scène de Joël Pommerat

Cendrillon (2011), Pinocchio ( 2008), Le Petit Chaperon rouge (2004)… d’admirables spectacles (voir Le Théâtre du Blog) où Joël Pommerat réussissait à la fois, à prendre ses distances avec ces anciens contes mais aussi à en extraire la substantifique moelle pour nous parler du monde actuel. Un exercice de haute voltige où était passé maître ce dramaturge et metteur en scène exemplaire: nous n’avons qu’un Joël Pommerat en France… »J’appelle, dit-il, ce qu’on est en train de faire du «théâtre-roman», parce que, dans cette pièce, les choses se racontent en même temps qu’elles se vivent, une histoire se raconte et se vit en même temps, sans chronologie. À ce stade, je vois ce spectacle comme un contre-pied à Cendrillon, un autre spectacle de ma compagnie qui déconstruisait franchement les notions de «merveilleux », de «magique» et de « surnaturel», alors qu’ici je les prends au sérieux sans parodie, au premier degré. On verra. »

© Agathe Pommerat

© Agathe Pommerat

Cette fois, il remet donc le couvert avec Les petites filles modernes. Mais quid, du théâtre-roman dont il  parle plus haut? Un théâtre inspiré d’un roman? Un théâtre devenu roman? Un spectacle à la fois roman et théâtre? Quant à une histoire qui se raconte et se vit en même temps? Et cette absence revendiquée de chronologie: la proposition aurait méritée d’être plus claire! Ici, deux fillettes: plus des enfants,  et pas encore de vrais ados sont élèves d’un même collège.
Jade (Coraline Kerléo) est douce et «appliquée », comme on disait autrefois. Marjorie (Marie Malaquias), elle, bouscule tout, harcèle ses camarades et en veut à tous les adultes. Ce garçon manqué ira même retrouver Jade dans sa chambre, pour passer la nuit avec elle. En cachette, bien sûr, des parents, sinon ce serait moins savoureux…
Marjorie sera vite renvoyée de son collège, après une entrevue houleuse après le Proviseur (en voix off). Mais, entre elle et Jade, après une engueulade, naîtra une grande amitié. Ce que ses parents, bien entendu, voient d’un mauvais œil… Jamais visibles mais très présents et qu’on entendra souvent en voix off comme les autres personnages bien joués par David Charier, Roxane Isnard, Garance Rivoal, Pierre Sorais, Faustine Zanardo.
Il y a aussi en parallèle, l’histoire d’un autre amour contrarié entre deux jeunes. Ils ont quitté leur planète et sont arrivés sur la nôtre. Elle est enfermée dans une grande boîte et on ne la verra jamais, existant par sa seule voix. Lui (Éric Feldman) s’occupera bien d’elle.
Jade et Marjorie les rencontreront. Ensuite, nous avons décroché de cette fable où il semble, si nous avons bien compris, que cette histoire aurait été rêvée par Jade ou Marjorie,  qu’on voit en fond de scène derrière un rideau à lames en plastique, allongée sur un lit d’hôpital.  Puis, on reviendra à la chambre d’origine…  Et le spectacle se terminera, plutôt qu’il ne finira. Bon…

On y retrouve ici cette même fascination chez Joël Pommerat pour le monde de l’enfance… et pour le noir: en quelques secondes, à chaque intervalle entre chaque tableau, tout change sur le plateau grâce aux remarquables techniciens de Nanterre-Amandiers: magiquement, des meubles disparaissent, on change d’endroit et on arrive une nouvelle situation, avec d’autres personnages visibles ou invisibles en voix off. Un véritable travail d’orfèvre empreint d’une intense poésie..

© Agathe Pommerat

© Agathe Pommerat

Sur le grand plateau d’un noir absolu, le metteur en scène, avec Eric Soyer, son excellent scénographe habituel qui a aussi conçu les lumières,  et avec Renaud Rubiano, créateur des images vidéo géométriques en noir et blanc et quelques autres en hologramme, nous fait pénétrer dans un monde irréel et onirique. Il sait comme personne créer l’illusion, avec un abîme figuré par un rond noir où se penche un homme ou les deux petites filles qu’on voit quelques secondes à une centaine de mètres en hologramme. Une image impressionnante qui ouvre le spectacle.

Même illusion visuelle avec ces sols et ces murs à motifs géométriques en noir et blanc. Parfois -mais rarement- teintés de couleurs pastel. La massivité et la noirceur de ces signes comme les spots de lumière, accompagnées parfois de très forte musique pénétrant même à l’intérieur du corps comme dans les boîtes, ont sur le public un effet psychique indéniable. «Perçus optiquement et vécus psychiquement», comme le disait Kandinski dans ses cours au Bauhaus.

© Agathe Pommerat

© Agathe Pommerat

Joël Pommerat sait comme personne, estomper et rendre imprécis le temps et l’espace, pour nous emmener dans un univers poétique. Il est, comme toujours aussi habile avec la représentation synecdotique.
Juste un lit, un fauteuil, une table avec une chaise et un très gros ours qu’on revoir d’ailleurs en personnage pour désigner le tout:  la chambre de  Marjorie.

Mais les relations entre cette imagerie très réussie de signes géométriques et le message oral du conte? Rien d’évident  et il y a un côté  sec dans cette mise en scène et l’imagerie étouffe un texte  déjà pauvret mais qu’on aimerait mieux entendre.

Pas besoin d’avoir peur de l’image! Omniprésente, elle n’exclut jamais le langage oral: tout dépend sans doute de l’attente du public… et d’un bon niveau de lecture. Ici, la diction des jeunes actrices -dont l’une sort pourtant du Conservatoire national !- est loin d’être parfaite et ces foutus micros n’arrangent rien! Alors que les voix off d’interprètes expérimentés sont, eux, impeccables. Bizarre?
Comme la musique -beaucoup trop forte- sous les dialogues pour les souligner, un vieux truc mais indigne de Joël Pommerat. Il devrait au moins revoir la balance. « Le théâtre qui a apporté à l’espèce humaine la parole, la poésie et la pensée, disait Philippe Tesson, bon connaisseur du théâtre contemporain, est détruit par les techniques. » (…) Sans peut-être aller jusque là, la relation entre message plastique et message linguistique n’est pas  du tout convaincante et, comme souvent dans ce cas, la parole a alors du mal s’imposer. Certes, ces jeux de miroirs et de lumière sont d’une impressionnante virtuosité, rarement vue. Et après? Ils ne servent en rien le texte. Il faut se méfier de la virtuosité au théâtre… Joël Pommerat, après de si nombreux spectacles de grande qualité, aurait-il moins de choses à nous dire… Dommage.
La grande salle du Théâtre des Amandiers -enfin rénové après quatre ans de travaux-  était loin d’être pleine et le public semblait partagé. C’était mieux avant? Oui, vivement une reprise du Petit Chaperon rouge, de Cendrillon ou de Pinocchio… Mais vous pouvez vous  épargner ces Petites filles modernes.

Philippe du Vignal 

 Jusqu’au au 24 janvier, Théâtre Nanterre-Amandiers-Centre Dramatique National (Hauts-de Seine).

Les 11 au 15 février, L’Azimut, Théâtre de la Piscine, Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine). Les 19 et 20 février, Théâtre de l’Agora-Scène nationale d’Evry et de l’Essonne.

Les 4 et 5 mars, Espaces Pluriels-Scène conventionnée d’intérêt national art et création danse, Pau (Pyrénées-Atlantiques). Les 24 et 25 mars, Maison de la Culture de Bourges-Scène nationale (Cher).

Les 8 et 9 avril, Le Canal-Théâtre du Pays de Redon ( Ille-et-Vilaine). Les 14 au 18 avril, en co-accueil avec Am Stram Gram. Comédie de Genève (Suisse).
Les 23 et 24 avril, Palais des Beaux-Arts, Charleroi (Belgique). Les 29 et 30 avril, Maison de la Culture d’Amiens-Scène nationale (Somme).

Les 5 et 6 mai, Les Salins-Scène nationale de Martigues (Bouches-du-Rhône). Du 20 au 22 mai, Le Bateau-Feu, Scène nationale Dunkerque (Nord)

Du 3 au 18 juin,Théâtre National de Strasbourg (Bas-Rhin).

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