Adieu Pierre Vial

Adieu Pierre Vial

 

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Ce grand acteur, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, est mort hier, à quatre-vingt-dix sept ans. Élève au Conservatoire national où, nous avait-il dit, il connut Louis Jouvet mort en 51, il découvrira trois ans plus tard le Berliner Ensemble au Théâtre des Nations avec  Helene Weigel venue jouer Mère Courage et ses enfants de Bertolt Brecht. Un merveilleux choc. Puis, comme tant d’autres, Pierre Vial est appelé en Algérie où il sera instituteur. Et c’est peu de dire qu’il aura eu une longue carrière, et des plus fructueuses… En 59, il joue Six personnages en quête d’auteur de Luigi Pirandello, mis en scène par Guy Parigot à la Comédie de l’Ouest. Puis il est acteur en 1961 au Théâtre Quotidien de Marseille dirigé par Antoine Vitez.

© Collection particulière

© Collection particulière Antoine Vitez et Pierre Vial

Il dirigera la Comédie de Saint-Étienne de 70 à 75 et sera ensuite comédien de nouveau chez Antoine Vitez, d’abord au théâtre des Quartiers d’Ivry. Puis au Théâtre National de Chaillot, quand Vitez le dirigera en 88. Pierre Vial y joua entre autres dans Hamlet et entrera à la Comédie-Française, appelé par Vitez qui avait été nommé administrateur en 88, avant de mourir, hélas, brutalement deux ans plus tard.
Le nombre d’auteurs de théâtre que cet acteur a interprétés, est impressionnant. Des classiques: Sophocle, Molière, Beaumarchais, Balzac, Musset, Corneille, Shakespeare, Congreve, Gogol, Tchekhov, Schwartz, Labiche, Claudel mais aussi des contemporains: entre autres, Albert Camus, Roland Dubillard, François Billetdoux, Jean Audureau, Witold Gombrowicz…
Et il jouera dans les
mises en scène des plus grands: Georges Lavaudant, Jean-Pierre VincentAndreï KontchalovskiGiorgio Strehler, Philippe Clévenot, Antoine Vitez dans La Vie de Galilée de Bertolt Brecht. Puis,  Otomar Krejča,  La Serva amorosa de Goldoni, une réalisation de Jacques Lassalle. « 
Pour beaucoup, dit Clément-Hervieu, administateur  de la Comédie-Française, il fut plus qu’un professeur, un metteur en scène ou un partenaire, il fut un véritable ‘‘père de théâtre’’ dont la principale obsession était de faire entendre jusqu’aux étoiles comme jusqu’au fond des cœurs, la voix sacrée des poètes. »

 

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©x Pierre Vial dans Les Visiteurs

Il joua peu au cinéma mais on avait pu le voir dans La Vouivre de Georges Wilson et surtout dans Les Visiteurs (1993) de Jean-Marie Poiré: il avait adoré cette expérience. « En plus, nous confiait-il, avec un air malicieux, cela m’a rapporté de l’argent! »
Il jouait Eusebius, un apothicaire et magicien qui propulsait Godefroy de Montmirail et Jacquouille la fripouille,  à l’époque contemporaine. Et, à nouveau, cinq ans plus tard dans Les Visiteurs 2 : les couloirs du temps. On n’a pas oublié ces mots devenus fameux:  « Per Horus ed Per Ra Ed Per Sol Invictus Duceres ».

Pierre Vial s’intéressait à des auteurs très différents et mit en scène L’Illusion comique de Corneille une pièce pour laquelle il avait une passion. Mais aussi Christophe Colomb de Michel de GhelderodeLa Contrebasse de Patrick Süskind, Les Chants du silence rouge de Claudine Galea…
Ce diable d’homme avait une très grande culture. Remarquable professeur, il ensiegna d’abord 
au Conservatoire national d’art dramatique de 75 à 93. Aussitôt après et en même temps que Madeleine Marion, qui, elle aussi professeur au C.N.S.A.D., nous les avions « kidnappés » pour qu’ils enseignent à l’École du Théâtre national de Chaillot.  Ce qui n’avait pas été apprécié par le ministère de la Culture dont les services de l’Enseignement ne brillaient pas par leur savoir-faire. Qu’importe! Nous étions heureux que Pierre puisse continuer à enseigner et retrouver avec grand plaisir cette maison qui avait été la sienne et où il connaissait tout le personnel. Et les élèves qui avaient une vingtaine d’années, trouvaient auprès de lui,  un enseignant qui savait à la fois les écouter et les diriger. Ainsi Thibaut Lacroix, qu’on a  très souvent vu dans les spectacles de Vincent Macaigne: « Oui, à Chaillot, nous avons eu d’excellents profs; entre autres, Saskia Cohen-Tanugi, hélas disparue il y a cinq ans et qui avait été au Conservatoire, l’élève… de Pierre Vial. Lequel nous a donné un enseignement très classique dont nous avions besoin: il nous faisait travailler en permanence la voix et l’articulation. Notre directeur Philippe du Vignal avait eu raison de le recruter. Il appartenait à la génération de mon père mais, à soixante-cinq ans, savait être proche de nous. Et je lui dois beaucoup. C’est lui qui m’avait fait travailler une scène de Néron dans Britannicus de Racine, grâce à laquelle, j’ai pu entrer au Conservatoire.
« Il y a trois temps, a écrit Valère Novarina, le présent du passé, le présent du présent et le présent de l’avenir. Le présent du passé, c’est la mémoire ; le présent du présent, c’est l’attention actuelle ; le présent de l’avenir, c’est son attente. » Pierre Vial reste pour nous, ses élèves dans un présent très fort du passé. »

Il avait réussi grâce à deux prothèses, à vaincre une grande surdité survenue après une otite quand il était enfant. Mais il prenait la chose avec humour: « Tout va bien, ne vous inquiétez surtout pas, on m’a mis récemment un ordinateur dans chaque oreille. » Enseignant d’une grande rigueur, il ne ratait jamais un concours de recrutement et on pouvait lui faire une confiance absolue. Il ne laissait rien passer et était très exigeant avec les élèves mais avait une grande bienveillance. Il nous souvient l’avoir vu souffler à une candidate qui avait eu un trou, quand elle passait Agnès de L’Ecole des Femmes de Molière : il connaissait le texte par cœur!  Félicitations méritées des autres membres du jury…
Toujours ponctuel, ce travailleur infatigable et généreux ne comptait jamais son temps et était très aimé par ses élèves mais gardait l’humilité des grands. Nous retrouvons une note de 2.004 envoyée à André Mondy, administrateur de Chaillot, où nous lui signalions que Pierre Vial, toujours attentif à la bonne marche de l’Ecole et donc, au recrutement,  soulignait l’autre jour « la nécessité d’arriver à un équilibre à peu près correct  entre filles et garçons, en établissant une liste d’attente après chaque concours ». Souvent, les conditions financières étaient difficiles et son avis nous était précieux, avant de prendre une décision. Plusieurs étés, il avait aussi travaillé à l’A.R.I.A. (Association des Rencontres Internationales Artistiques), fondée en Corse par 
Robin Renucci .
Merci, Pierre, pour tout ce que vous aurez apporté à la scène française, en particulier, à l’enseignement du théâtre. Nos pensées à Nicolas Vial, son fils, acteur comme son père.

Philippe du Vignal

Les obsèques de Pierre Vial auront lieu le 29 décembre: cérémonie civile à 13 h 30 au crématorium du cimetière du Père Lachaise, Paris (XX ème). Suivra l’inhumation à 15 h 30 au cimetière du Montparnasse, rue Edgar Quinet, Paris (XIV ème).


Archive pour 21 décembre, 2025

Rêves de Bohdan Pankrukhin et Volodymyr Koshovyi, mise en scène de Roman Khafizov, chorégraphie de Mykhailo Makarovparle Cirque Inshi, mise en scène de Roman Khafizo

Rêves de Bohdan Pankrukhin et Volodymyr Koshovyi, mise en scène de Roman Khafizov, chorégraphie de Mykhailo Makarov

Roman Khafizo est venu à Paris et a réussi à faire venir certains artistes du Cirque Inshi en France où il avait déjà travaillé. Soutenu par le Sirque de Nexon (Haute-Vienne), l’association Territoires de Cirque et le Ministère de la Culture. Rêves a pu naître grâce à l’engagement de ces artistes, à la solidarité de l’association Territoires de Cirque, de la communauté circassienne en France et grâce à l’aide  du Ministère de la Culture, des D.R.A.C. Bretagne et Île-de-France, de la Ville de Paris et des Opéras d’Angers et Nantes.

Une création en exil pour ces jeunes et remarquables circassiens : cinq hommes et deux femmes, au corps imposant de force et de grâce. Comme s’il avait partie liée avec quelque chose de sacré. « Donner disait le solide helléniste François Chamoux (le grand-père  de Camille, l’actrice), une forme concrète de l’image mentale que ses concitoyens  se font de la divinité. » Ils accomplissent ici un travail exemplaire qui témoigne de l’exigence de l’enseignement artistique dans ce pays. Sur des musiques de Camille Saint-Saëns, Frédéric Chopin, Claude Debussy, Vivaldi, Maurice Ravel, Phil Glass.
Il y a d’abord et par moments, (dans une épaisse couche de fumigène! Cette mode n’épargne décidément aucune compagnie…Mais pas grave!), une danse avec ces huit interprètes qui s’apparente à de l’acrobatie au sol.

 

© TTS pictures

© TTS pictures

Puis, entre autres, un magnifique numéro d’un jongleur hors pair, avec des balles obéissantes circulant sur la tête et les bras d’un jongleur. Un autre avec des cerceaux, eux aussi très obéissants à une jeune femme sur la musique de Madame Butterfly
Deux circassiens, l’un virevoltant,  autour d’un filin suspendu aux cintres, la tête souvent en bas et le corps tenant parfois sans l’aide des jambes ou des mains, heureusement, vu les risques, au-dessus d’un épais matelas.

L’autre, clou de la soirée, s’appuyant d’une main sur une série de tiges dont l’une s’élèvera électriquement sur  la musique lancinante du Boléro de Ravel. Sans jamais un parole mais avec une rare maîtrise et une élégance que le public a félicitées par des salves d’applaudissements. Tous ces jeunes artistes sont d’une force incroyable, physiquement et mentalement. Et, cela se sent, ils ont envie de faire passer le message: la résistance  passe aussi par nous, artistes en exil. Et, à la fin, comme pour dire qu’il faut ne pas oublier de rire,  arrive un clown aux cheveux orange sautillant sur une musique folklorique. Et il y a une scène dansée et chantée autour d’une grande table.

©TTS-Pictures

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Aux saluts, très bien réglés et discrets- ce qui est rare dans la douce France- ces jeunes artistes semblaient un peu tristes (il y a de quoi devant cette guerre qui  n’en finit pas). Ils  déplient en silence, un drapeau ukrainien et sont encore chaleureusement applaudis. Un heure quinze , un spectacle de qualité exceptionnelle, comme on en voit peu. N’hésitez pas à aller à la Scala.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 4 janvier, à 14 h, 15h ou 19 h, La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T.:  01 40 03 44 30.

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