Je parle, je parle, j’écris, je radote, et un jour, je me dis: tu parles de tout, de rien, mais tu ne parles jamais de tes enfants…

Je parle, je parle, j’écris, je radote, et  un jour, je me dis: tu parles de tout, de rien, mais tu ne parles jamais de tes enfants…

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Pourquoi, Jacques Livchine, ne parles-tu jamais de tes enfants? Tu fais comme si tu n’en avais pas! Pourtant les enfants, cela ça compte? Eh! oui. Chaque fois que l’on me demande quelle a été une des grandes émotions de ma vie, je parle de la naissance de mon premier enfant. J’ai vingt-quatre ans et quitte le Théâtre de l’Epée de bois, alors à Paris; c’est le 31 décembre 68 et j’y joue La Poudre d’intelligence de Kateb Yacine. 

J’appelle l’hôpital - qui n’existe plus- de la Cité Universitaire , depuis le taxiphone du bar-tabac, place de la Contrescarpe.  L’enfant est né, me dit-on, mais, à l’époque, on n’avait pas le droit de dire: fille ou garçon. On ajoute:  » Exceptionnellement, vous pouvez passer ”.
Alors, je roule en 2 CV et c’est incroyable! A minuit, les cloches se mettent à sonner, les voitures klaxonnent. Et je pleure: je crois que c’est pour la naissance de ce bébé que je ne connais pas encore. Je cours dans un long couloir- je le revois encore- et me précipite dans la chambre. C’est une fille! Etrange et grosse émotion que j’ai gardée comme la grande émotion de ma vie: avoir un enfant, minuscule petite boule de trois kgs.
J’aime bien le côté courageux d’Edith qui ne se plaignait pas et qui a fait Dana sans histoire. Je l’avais déposée à l’hôpital vers dix-huit heures avant d’aller jouer. Et puis, voilà, le bébé  nait à vingt-trois heures. Nous l’avons déclaré le 1er janvier 1968. C’était donc,  il y a très bientôt cinquante-huit ans et toutes les images sont encore bien précises dans ma tête.

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©x Avec 

Mais, bizarre, un jour arrive où ton enfant n’est plus ton enfant mais une adulte et on ne s’y attend pas. On croit qu’elle a reçu une éducation exemplaire: elle a fait de bonnes études et est même entrée au C.N.R.S. et y est toujours directrice de recherches.
Et tout d’un coup, patatras, elle lit Le Jour où mon père s’est tu (2008) de Virginie Linhart. Dana pense alors qu’elle a eu des parents qui se sont occupés beaucoup plus que d’elle,  de théâtre et de Révolution. Douche froide. Education ratée!
Et, choc récent, la voilà sur Facebook en entretien privé avec José Ramos Horta, président du Timor oriental.  Alors, comme on fait aujourd’hui, je tape: Dana Rappoport sur Google.  Et c’est une avalanche d’études, articles, publications, éloges… Il y a vingt ans, j’avais acheté son premier livre  Le Chant de la terre aux trois sangs et  nous avions même rejoint notre fille sur un chantier, au pays Toraja. Après, j’avoue m’être davantage préoccupé du Théâtre de l’Unité, que de ses recherches: à la vérité, je ne comprends pas tout et en plus, je n’ai pas de critères d’évaluation.

Donc, tu as une fille extrêmement fêtée et louée dans son milieu, celui des ethnomusicologues, mais tu es dépassé. Elle parle indonésien et sans doute aussi quelques dialectes. Et là, que fait-elle là-bas au Timor oriental avec José Ramos Horta, Prix Nobel de la paix 96 ? Que sais-je vraiment du Timor Oriental?
D’où tient-elle ce goût scientifique de la précision, de la recherche? Certainement pas, de son père.
Peut-être bien de Francis Lebettre, son arrière-grand-père maternel: il parlait cinq langues et ses grammaires d’allemand et d’anglais étaient fort prisées dans les années quarante-cinquante. 
Dana exerce  un métier à haut risques et parcourait en moto un pays accidenté et pauvre. Elle couchait à même le sol chez l’habitant, dans des maisons sans eau ni électricité  et risquait souvent d’attraper le paludisme et autres maladies, Un jour, je lui ai demandé: c’est quoi cette passion dévorante? Et elle m’avait répondu en quatre mots : l’amour de la connaissance…

Jacques Livchine, codirecteur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité, Audincourt (Doubs)


Archive pour 22 décembre, 2025

Je parle, je parle, j’écris, je radote, et un jour, je me dis: tu parles de tout, de rien, mais tu ne parles jamais de tes enfants…

Je parle, je parle, j’écris, je radote, et  un jour, je me dis: tu parles de tout, de rien, mais tu ne parles jamais de tes enfants…

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Pourquoi, Jacques Livchine, ne parles-tu jamais de tes enfants? Tu fais comme si tu n’en avais pas! Pourtant les enfants, cela ça compte? Eh! oui. Chaque fois que l’on me demande quelle a été une des grandes émotions de ma vie, je parle de la naissance de mon premier enfant. J’ai vingt-quatre ans et quitte le Théâtre de l’Epée de bois, alors à Paris; c’est le 31 décembre 68 et j’y joue La Poudre d’intelligence de Kateb Yacine. 

J’appelle l’hôpital - qui n’existe plus- de la Cité Universitaire , depuis le taxiphone du bar-tabac, place de la Contrescarpe.  L’enfant est né, me dit-on, mais, à l’époque, on n’avait pas le droit de dire: fille ou garçon. On ajoute:  » Exceptionnellement, vous pouvez passer ”.
Alors, je roule en 2 CV et c’est incroyable! A minuit, les cloches se mettent à sonner, les voitures klaxonnent. Et je pleure: je crois que c’est pour la naissance de ce bébé que je ne connais pas encore. Je cours dans un long couloir- je le revois encore- et me précipite dans la chambre. C’est une fille! Etrange et grosse émotion que j’ai gardée comme la grande émotion de ma vie: avoir un enfant, minuscule petite boule de trois kgs.
J’aime bien le côté courageux d’Edith qui ne se plaignait pas et qui a fait Dana sans histoire. Je l’avais déposée à l’hôpital vers dix-huit heures avant d’aller jouer. Et puis, voilà, le bébé  nait à vingt-trois heures. Nous l’avons déclaré le 1er janvier 1968. C’était donc,  il y a très bientôt cinquante-huit ans et toutes les images sont encore bien précises dans ma tête.

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©x Avec 

Mais, bizarre, un jour arrive où ton enfant n’est plus ton enfant mais une adulte et on ne s’y attend pas. On croit qu’elle a reçu une éducation exemplaire: elle a fait de bonnes études et est même entrée au C.N.R.S. et y est toujours directrice de recherches.
Et tout d’un coup, patatras, elle lit Le Jour où mon père s’est tu (2008) de Virginie Linhart. Dana pense alors qu’elle a eu des parents qui se sont occupés beaucoup plus que d’elle,  de théâtre et de Révolution. Douche froide. Education ratée!
Et, choc récent, la voilà sur Facebook en entretien privé avec José Ramos Horta, président du Timor oriental.  Alors, comme on fait aujourd’hui, je tape: Dana Rappoport sur Google.  Et c’est une avalanche d’études, articles, publications, éloges… Il y a vingt ans, j’avais acheté son premier livre  Le Chant de la terre aux trois sangs et  nous avions même rejoint notre fille sur un chantier, au pays Toraja. Après, j’avoue m’être davantage préoccupé du Théâtre de l’Unité, que de ses recherches: à la vérité, je ne comprends pas tout et en plus, je n’ai pas de critères d’évaluation.

Donc, tu as une fille extrêmement fêtée et louée dans son milieu, celui des ethnomusicologues, mais tu es dépassé. Elle parle indonésien et sans doute aussi quelques dialectes. Et là, que fait-elle là-bas au Timor oriental avec José Ramos Horta, Prix Nobel de la paix 96 ? Que sais-je vraiment du Timor Oriental?
D’où tient-elle ce goût scientifique de la précision, de la recherche? Certainement pas, de son père.
Peut-être bien de Francis Lebettre, son arrière-grand-père maternel: il parlait cinq langues et ses grammaires d’allemand et d’anglais étaient fort prisées dans les années quarante-cinquante. 
Dana exerce  un métier à haut risques et parcourait en moto un pays accidenté et pauvre. Elle couchait à même le sol chez l’habitant, dans des maisons sans eau ni électricité  et risquait souvent d’attraper le paludisme et autres maladies, Un jour, je lui ai demandé: c’est quoi cette passion dévorante? Et elle m’avait répondu en quatre mots : l’amour de la connaissance…

Jacques Livchine, codirecteur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité, Audincourt (Doubs)

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