La Cage aux folles, musique et paroles de Jerry Herman, livret d’Harvey Fierstein, d’après la pièce de Jean Poiret, traduction en français et mise en scène d’Olivier Py
La Cage aux folles, musique et paroles de Jerry Herman, livret d’Harvey Fierstein, d’après la pièce de Jean Poiret, traduction en français et mise en scène d’Olivier Py (en français, surtitrage en anglais pour les dialogues et chansons, en français pour les chansons)
Juste avant l’entracte, Laurent Lafitte -exceptionnel dans le rôle d’Albin/Zaza- interprète sous un arc-en-ciel de tubes fluo, les paroles de la mythique I am what I am : “J’ai le droit d’être moi, un être à part, j’entre en scène et j’ose … Sous les crachats ou sous les roses, que l’on m’acclame où que l’on me blâme. Je sais que je ne suis ni elle, ni lui, ni lui, ni elle”.
Cette confession de Zaza claque comme un manifeste d’ouverture d’esprit dans une France qui en manque souvent. A l’image d’Éric Ruf qui a relevé avec succès au dernier festival d’Avignon, le défit de monter Le Soulier de satin de Paul Claudel, Olivier Py réussit totalement son pari : recréer cette comédie musicale montée à Broadway en 83.
À la création de la pièce originale (1976), son auteur Jean Poiret écrivait avec son humour habituel: « On peut également recevoir la pièce comme un beau drame ou l’homo et l’hétéro (se munir d’un dictionnaire, j’ai omis de vous le dire, pour tout ce qui concerne cet exposé, ou demander tous renseignements à la caisse du théâtre, tous les jours de 11 h à 20 h, sauf le lundi, de 11 h à 18 h), ou l’homo et l’hétéro, disais-je, se livrent bataille dans une déchirante lutte de générations. Le tout dans un sourire poilé de larmes, comme il convient, entre gens de bon ton”.
Cette comédie musicale est une absolue réussite à tous niveaux. La scénographie avec plateau tournant, signée Pierre-André Weitz nous fait voyager de la scène du cabaret La Cage aux folles, à ses coulisses et à l’appartement d’Albin et Georges. Ce même artiste a aussi créé les costumes, dignes des grandes revues années quatre-vingt comme celles de L’Alcazar ou du Paradis latin. L’orchestre des Frivolités Parisiennes sous la direction de Christophe Grapperon, plein de fougue, et les exceptionnels danseurs travestis Les Cagelles complètent cette mise en scène parfois grave, mais festive.
Le chorégraphe Ivo Bauchiero mêle avec succès claquettes, jazz, swing et danses de salon et ici, tout est fait pour que le public se sente au cœur du cabaret, avec des lumières rose. Laurent Lafitte (Albin transformée en Zaza meneuse de revue) va au contact des spectateurs, traverse un rang de l’orchestre et, comme un bateleur, les interpelle avec quelques réparties cinglantes : «Bonsoir à toutes et à toutes, et à toutes! Y a-t-il des hétéro dans la salle? Cela fait quoi d’être en minorité? Il y a deux sortes d’hommes, les passifs et les menteurs ! »
Et, à un autre moment, il regarde le poulailler du théâtre : « Coucou là-haut, Elle m’a fait coucou ! Ben, ce ne sont donc pas des places aveugles. » Accompagnant Laurent Lafitte -excellent dans ce genre d’exercice- ses partenaires sont justes, en particulier, l’acteur qui interprète Georges le mari d’Albin qui doit marier son fils et le faire entrer dans une famille chrétienne intégriste, d’où les multiples quiproquos comiques. «C’est un privilège, dit-il, de porter la tendresse en scène, dans le souffle et les pas de Georges.»
En costume d’un blanc éclatant, il ressemble au regretté Jean-Marie Rivière ( 1926-1996) acteur, metteur en scène et exceptionnel homme-orchestre de l‘Alcazar. Jean Poiret écrivait :«Le tout dans un sourire poilé de larmes. »
Pour Olivier Py, « La Cage aux folles est une leçon de tolérance qu’on aime car il n’y a pas de sermon. Elle se contente de nous faire rire, puis pleurer et rire encore, jusqu’à pleurer de rire. » Un exemple dans l’histoire du spectacle et pour le plus grand bonheur du public qui, chaque soir, offre une ovation debout à ces artistes en chantant avec eux : « On ne vit qu’une fois… Carpe diem, carpe diem. Entre le baptême et le Requiem. La vie, c’est peu de choses. Aussi fragiles que les roses, les roses, les roses. » Il faut espérer que ce spectacle sera repris.
Jean Couturier
Jusqu’au 10 janvier, Théâtre du Châtelet, 1 place du Châtelet, Paris ( Ier). T. : 01 40 28 28 40.

