Ressac,de Gabriel Gozlan-Hagendorf, mise en scène de l’auteur et de Pierre-Thomas Jourdan
Ressac de Gabriel Gozlan-Hagendorf, mise en scène de l’auteur et de Pierre-Thomas Jourdan
En octobre 22, nous avions vu ce jeune élève-acteur dans la cadre des Croquis de voyage, aux Théâtre des Amandiers-Nanterre. Comme ses camarades, il était parti quelque part et racontait son séjour… dans ce qu’on appelle communément, la jungle de Calais. Il avait voulu aller aider -ce qui ne manque ni de générosité ni de panache- les bénévoles de l’association humanitaire Utopia 56 qui se chargent d’apporter soutien moral et réconfort physique à tous les émigrés clandestins essayant de rejoindre la Grande-Bretagne, le plus souvent victimes des passeurs sans scrupule. En quête d’une vie meilleure que celle de leur pays en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie… Ressac, comme ces flux et reflux perpétuels de ceux qui tentent la traversée depuis Calais. Sans arrêt repoussés et sans arrêt recommençant, le plus souvent au risque de leur vie, dans des embarcations de fortune.Après déjà avoir subi une ou plusieurs traversées périlleuses en Méditerranée.
Sur la plage, Camille, jeune bénévole plein de bonne volonté joué par l’auteur, va faire l’expérience de son impuissance à changer les choses et à éradiquer la violence quotidienne que subissent ceux qui vivent dans ce camp, surtout les femmes. Il rencontre Anna, une jeune Africaine en exil qui veut à tout prix traverser la Manche. Camille lui explique qu’il ne veut pas la voir mourir: « Cinq-cent personnes par jour arrivent à Calais Cinq-cent personnes chaque jour tentent le passage J’en ai vu comme toi confiants se précipiter sans penser au danger et ne pas revenir
Mais Anna persiste à vouloir tenter sa chance:« Dieu est là, je n’ai pas besoin de gilet. On viendra me chercher. On sera cinquante-deux on m’a dit. Vingt-six et vingt-six De chaque côté. Dieu sera là, avec moi, Parmi nous,Et nous filerons droit. » Arrive alors un policier intransigeant qui applique les règles de l’État. Il n’écoute pas et applique le règlement avec un racisme non dissimulé Tolérance zéro envers ceux qui profitent largement selon lui des aides financières accordées aux immigrés. « Moi, j’ai du mal à comprendre pourquoi on jetterait un briquet plein de gaz par terre aux pieds d’un agent si c’est pas pour le faire exploser. A moins que ce soit une blague ? A moins que tu prennes le sol pour une poubelle? On t’a pas appris que le sol n’est pas une poubelle ?
Anna, traquée et donc traumatisée-elle a déjà été rançonnée puis violée- est lucide et voit vite qu’elle ne pourra compter sur personne. Pas sur Camille qui n’a aucun pouvoir, ni sur ce flic qui les a tous ou presque.La mise en scène est encore brute de décoffrage et on oubliera le tapis de cent plaques de mousse blanche qui ne sert à rien et un éclairage maladroit. Pas grave… On oubliera aussi l’inutile fumigène qui envahit scène et salle et clôt la pièce. Le premier de 2026 mais il y en aura d’autres!
Flora Chéreau, Axel Godard et Gabriel Gozlan-Hagendorf ont une excellente diction, n’ont pas de micro H.F. ,ne crient pas et sont crédibles. Ce qui devient rare… Et le texte, précis et juste, est vraiment intéressant. Dans le Théâtre des Amandiers maintenant refait à neuf Christophe Rauck a bien fait d’accueillir dans la petite salle, ces trois jeunes acteurs.Il faudra les suivre.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 17 janvier, Théâtre des Amandiers, 7 avenue Pablo Picasso, Nanterre (Hauts-de-Seine). T. : 06 07 14 81 40 ou 06 07 14 47 83.




