Marie Stuart de Friedrich von Schiller, traduction de Sylvain Fort, mise en scène de Chloé Dabert

Marie Stuart  de Friedrich von Schiller, traduction de Sylvain Fort, mise en scène de Chloé Dabert

La pièce que le grand dramaturge (1759-1805) a écrite à la fin de sa vie, est souvent jouée en Allemagne mais peu en France.Parce que Marie Stuart aurait fait assassiner son mari, lord Darnley, pour ensuite  se marier avec son amant, James Hepburn, elle est enfermée depuis dix-neuf ans, sur ordre de la reine protestante Elisabeth, au château de Fotheringhay. Elle aurait prononcé alors cette phrase célèbre: « En ma fin, gît mon commencement.» Cette ancienne reine d’Écosse et de France y vit seule avec sa vieille nourrice, Hanna Kennedy.
Mais 
Elisabeth veut éliminer cette rivale, héritière catholique du trône d’Angleterre qui va chercher du secours en envoyant de nombreuses lettres, pour essayer d’échapper à son triste sort. Amias Paulet, son gardien, veille sur elle et Élisabeth hésite à la faire exécuter, même si Burleigh, son conseiller, l’y pousse. Elle semble avoir peur que son image de reine protestante en Angleterre mais aussi dans une Europe plutôt catholique,  en prenne un coup. Il y a donc un conflit royal permanent sur fond de politique et religion.

©Jean-Louis Frenandez

©Jean-Louis Fernandez

Inspirée de faits réels, la pièce, bien construite, est une fiction imaginée par Schiller, puisque ces rivales en fait, ne se sont jamais rencontrées. Mortimer, le neveu de Paulet, soutient Marie Stuart qui lui confie une lettre pour un de ses anciens amants, le comte de Leicester, un des conseillers d’Élisabeth, en espérant qu’il pourra l’aider en intervenant auprès d’elle.
Marie Stuart essaye aussi d’avoir une entrevue avec Elisabeth  qui, prise entre deux feux, semble hésiter à lui accorder. Burleigh lui  conseille de refuser et Leicester, assez faux et cynique, la persuade d’accepter dans la mesure où elle a tout à y gagner, puisqu’elle est en position de force… Elles se rencontreront mais Marie refusera de se soumettre à la reine. Mortimer essayera  de la faire libérer par la force mais en vain et il se suicidera. Élisabeth  finalement signera son arrêt de mort. Mais remis, sans instructions claires, au sous-secrétaire de la reine, Davison qui hésite devant cette responsabilité. Burleigh, lui, confirmera cette condamnation et Marie sera donc exécutée, en partie, à cause de lui. Entre temps, Elisabeth, bouleversée, a voulu la faire délivrer mais trop tard, elle a déjà été exécutée. Elisabeth condamne alors Davison au motif  qu’il n’a pas suivi ses conseils et chasse Burleigh de sa Cour, pour n’avoir pas eu d’elle, une véritable autorisation. Habile, le grand dramaturge fait progresser l’intrigue, comme si l’assassinat programmé de Marie Stuart n’était pas sûr… avec quelques arrangements avec la vérité historique. Mais comment faire autrement, sinon la pièce s’arrêterait vite.  

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez

Et sur le plateau? Cela commence assez laborieusement… dans un sorte de belle boîte noire conçue par Pierre Nouvel avec certains parois qui peuvent se lever. On y voit la pauvre Reine dans une lumière crépusculaire, écrire des lettres à son bureau noir aux côtés de son gardien tout habillé de noir  (beaux costumes  de Marie La Rocca). Que de noir!  Tous les déplacements sont précis mais l’ensemble reste sec.  Et on se demande pourquoi Chloé Dabert fait jouer ses interprètes en fond de scène dans si peu de lumière, et pourquoi la seconde partie avec en fond de scène, une beau paysage  campagnard (belle toile peinte de Marine Dillard) commence dans une bain de fumigènes: rebonjour les stéréotypes avec,  cette année 2026 juste commencée, déjà sept spectacles fumigénés au compteur!
Tout se passe comme si la metteuse en scène avait surtout voulu réaliser de belles images en clair-obscur et c’est très réussi… Mais la direction d’acteurs  est médiocre et la distribution inégale (manque de présence et de diction chez les acteurs: seuls Sébastien Éveno (Burleigh) et Koen De Sutter (Leicester) arrivent à donner corps à leur personnage. Bénédicte Cerutti (Marie Stuart) s’en sort mais peine à incarner cette reine maudite. On l’a connu mieux inspirée. Océane Mozas, elle, est plus juste en Élisabeth. Mais cette mise en scène, finalement assez prétentieuse, n’a rien de convaincant et l’action en presque quatre heures avec quinze minutes d’entracte, nous a paru bien longue et loin de nous. Bref, Chloé Dabert est passée à côté du grand Schiller. Dommage! Et nous ne pouvons pas vous conseiller ce spectacle.

Philippe du Vignal

Jusqu’au  29 janvier, Théâtre Gérard Philipe, Centre Dramatique National de Saint-Denis (Seine-Saint Denis).

Théâtre du Nord-Centre Dramatique National de Lille-Tourcoing ( Nord) du 3 au 7 février. Comédie de Béthune, Centre Dramatique National-Nord-Pas-de-Calais, du 11 au 13 février. Théâtre National Populaire, Villeurbanne (Rhône) du 25  février au 4 mars.

Comédie de Valence, Centre  Dramatique National Drôme-Ardèche, les 11 et 12 mars. Théâtre National de Bretagne, Rennes (Ile-et-Vilaine)  du 24 au 27 mars.

Théâtre de Pau (Pyrénées-Atlantiques) les 8 et 9 avril. Théâtre de la Cité, Centre Dramatique National Toulouse-Occitanie  ( Haute-Garonne) du 14 au 17 avril.

 


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