Nous serons toujours là de Ryoko Sekiguchi, Trami Nguyen, Laurent Durupt et Sugioio Yamaguchi

Nous serons toujours là de Ryoko Sekiguchi, Trami Nguyen, Laurent Durupt et Sugio Yamaguchi

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En exergue, la phrase bien connue de l’artiste Christian Boltanski (1944 -2021 : «  Qu’est-ce que la vie, si ce n’est les deux dates, celle de la naissance et de la mort et le tiret qui les relie.» L’artiste avait des rapports privilégiés avec le Japon et la petite île de Teshima:  »Où sont rassemblés, dit-il, tous les cœurs de l’humanité.»  Ou plutôt leurs battements dont il avait fait réaliser des enregistrements conservés là-bas avec soin, qui peuvent être écoutés par les visiteurs. Ceux qui le souhaitent, se font aussi enregistrer les pulsations de leur cœur. On retrouve ici des thèmes chers à Christian Boltanski: lien entre mémoire individuelle et mémoire collective, notion d’inventaire, vie et mort.


C’est aussi de la vie et de la mort dont nous parle ce spectacle mais surtout de la mémoire du goût des aliments, une constante depuis très longtemps, dans l’histoire de l’humanité mais si difficile, voire impossible à conserver. Et encore plus de génération en génération… sinon grâce aux adjectifs mais ils semblent faibles, quand on veut restituer la sensation d’un goût: piquant, amer, acide, épais, fluide, doux, sucré, craquant, pimenté,  fruité, voire peu agréable, etc. après avoir quitté notre bouche? Et quand le son d’une parole ou d’une musique abandonne-t-il l’oreille qui l’a reçue? On se souvient de la belle phrase de Sacha Guitry: « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède, est encore de lui. « 

 

© Alexandre Boissot

© Alexandre Boissot

Avant d’entrer dan la salle, les spectateurs reçoivent un long petit plateau où sont soigneusement alignées quelques fines tranches de légumes et un rouleau d’algues noires séchées: un accompagnement du chef Sugio Yamaguchi et que nous serons priés de goûter, quand on nous l’indiquera.  Il y a aussi sur la scène, la musique bien présente, avec piano à queue, clavier électronique et platines, jouée par Trami Nguyen et Laurent Durupt. Mais aussi un texte écrit et dit par Ryoko Sekiguchi. « Pour vivre, dit-elle, plusieurs continuums. Afin que nous soyons toujours là. « 
Nous n’avons pas été très convaincus par cette dégustation, peut-être trop exotique pour nous et le souvenir des saveurs nous a échappé. Mais cela donne envie de reprendre cette expérience chez soi, avec des légumes cuits ou crus: purée tiède de topinambours ou de navets marteau (pas les raves rose, vendus sous le nom de navets), émincés de céleri juste revenus, potage de feuilles de jeunes orties avec un chouya de crème fraîche, bouchée de riz pilaf parfumé de laurier, serpolet et pincée de curry, cuiller de carottes finement râpées et servies aussitôt avec huile d’olive et jus de citron. Tous produits bio et très frais bien entendu; là, vérifiez si la mémoire gustative fonctionne bien… Et pas besoin d’être grand expert pour voir la différence de saveur avec des légumes poussés à coup d’engrais, gardés plusieurs jours dans les frigos de supermarchés…
Le texte sur cette réflexion orale sur le goût en général, et gustatif en particulier, nous a paru vraiment intéressante, même si la balance sonore n’était souvent pas au top. Et ce mariage entre musique au piano et musique électronique, avec ces longs continuums, puis ce silences, nous emmenait vers une échappée belle hors du temps et de l’espace, dans cet espace  feutré, loin, très loin de Paris, et des sirènes de véhicules de police…La Maison de la Culture du Japon es pourtant à côté de la tour Eiffel. Malheureusement, cette pièce  ne s’y est jouée qu’une fois. Les spectacles avec dégustation, sont souvent nombreux mais cette réalisation, finement élaborée, donnera peut-être à d’autres metteurs en scène, envie de s’engager sur cette voie.

Philippe du Vignal 

Spectacle vu le 15 janvier à la Maison de la Culture du Japon, 101 bis quai Jacques Chirac, Paris (XV ème).

 

 


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