Shakuntala par la compagnie Triwat, mise en scène et scénographie de Kamal Kant, chorégraphie de Megha Jagawat

Shakuntala par la compagnie Triwat, mise en scène et scénographie de Kamal Kant, chorégraphie de Megha Jagawat

© compagnie

© compagnie Triwat

Les représentations de ballet Bollywood sont plutôt rares en France mais il y a cinq ans, le Théâtre national de la danse de Chaillot, en avait accueilli un spectacle. Triwat, avec des artistes de plusieurs origines mais vivant en France, forme des élèves à cette danse. Tous ont une pratique régulière du kathak, souvent depuis de longues années. C’est une très ancienne danse narrative dont le grand public retient la rythmique des pieds, le langage des mains et les pirouettes.
A l’origine, les artistes itinérants de kathak utilisaient danse, musique et gestuelle pour raconter les histoires de la mythologie hindoue, en particulier Le Mahabharata et Le Ramayana.

Le texte du prologue résume bien la proposition: «Acteurs et danseurs réunis dans le studio de danse, s’échauffent, discutent et répètent leur chorégraphie, pendant que le public s’installe. Le directeur  annonce alors qu’ils vont travailler sur une nouvelle création fondée sur Shakuntala du poète indien Kâlidâsa. Il en présente brièvement la vie et plonge le public dans le contexte de la pièce à venir, puis le spectacle commence avec l’histoire de Shakuntala. »
Ses amours contrariés avec le roi Dushyanta est un des épisodes du Mahabharata. Kamal Kant, issu de huit générations de maîtres de kathak, a travaillé en France avec plusieurs compagnies de danse et de théâtre,  en particulier, le Théâtre du Soleil dirigé par Ariane Mnouchkine. Meghat Jagawat vient, lui, de la danse traditionnelle indienne et a étudié le kathak avec  le maître Girdhari Maharaj: ils en sont donc les grands spécialistes. Vingt danseuses et danseurs participent à cette création. La vie de Prachi Ghera qui interprète Shakuntala et que nous avons rencontrée, est en elle-même, une épopée! Née à New York, de parents d’origine Sindhi, elle  y a pratiqué la danse kathak depuis l’âge de sept ans.

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©x Camille Claudel réalisant Shakuntala

Actuellement chef de projet en architecture intérieure, elle avait un rêve caché: pouvoir vivre et de son art à Paris. Arrivée ici il y a un an, elle a un français encore fragile mais très compréhensible. Se retrouver dans la capitale et y jouer le rôle de Shakuntala complète ce rêve. Elle a répété avec la compagnie Triwat chaque dimanche, pendant quatre mois…
A ce travail en groupe, s’ajoutaient ses répétitions à elle: le rôle exige en effet une grande maîtrise de la danse mais aussi du jeu avec dialogues. Sa présence est impressionnante, quand elle incarne cette héroïne mythique, comme le sont aussi les autres artistes embarqués dans cette aventure.

Chants, danses, dialogues sont accompagnés de vidéo en fond de scène. L’ensemble, avec de beaux costumes, est un kaléidoscope riche en couleurs et une invitation au voyage dans une autre culture. Le travail des ces artistes est une vraie réussite et il serait utile  que le public le découvre sur d’autres scènes. Le musée Camille Claudel avait déjà accueilli ce spectacle: l’artiste réalisa en 1887 une sculpture représentant Shakuntala…

Jean Couturier

Spectacle vu le 10 janvier à la M.P.A.A. de Saint-Germain-des-Prés, 4 rue Félibien, Paris (VI ème). 


Archive pour 18 janvier, 2026

Un pas de côté… et l’autre aussi, cabaret de Jean-Michel Ribes, musique de Reinhardt Wagner.

Un Pas de côté… et l’autre aussi, cabaret de Jean-Michel Ribes,  musique de Reinhardt Wagner

En  66, le dramaturge et metteur en scène avait fondé  la compagnie du Pallium, avec le peintre Gérard Garouste et l’acteur Philippe Khorsand. Il y a fait jouer de jeunes acteurs: Andréa Ferréol, Roland Blanche, Gérard Darmon, Jean-Pierre Bacri, Daniel Prévost, Roland Giraud… Il mit en scène des œuvres de Sham Shepard, Copi, Roland Topor, Fernando Arrabal et, en 70, il crée sa première pièce, Les Fraises musclées… Puis l’année suivante, Il faut que le sycomore coule, au petit Théâtre de Plaisance, aujourd’hui disparu, où Jérôme Savary débuta aussi.
Suivront entre autres, L’Odysée pour une tasse de thé… au Théâtre de la Ville, puis Musée haut, musée bas,  Batailles de Roland Topor et lui-même, René l’énervé, déjà avec Reinhardt Wagner, Par delà les marronniers… Jean-Michel Ribes créera aussi avec Roland Topor, Jean-Marie Gourio, François Rollin et Gébé, Merci Bernard sur FR3 et Palace sur Canal+,les fameuses séries à l’humour décapant qui eurent un grand succès.

 

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Ici, il nous entraîne dans une promenade en absurdie, sous le signe de  l’humour noir et d’une fantaisie débridée, pour notre plus grand plaisir avec un montage des textes poétiques de Roland Topor, Jean Tardieu, Raymond Queneau, Jean-Louis Fournier et Georges Fourest. Mais aussi d’Alexandre Vialatte aux chroniques savoureuses, et des extraits de ses anciens spectacles: ce poète de la dérision fut aussi longtemps le directeur du Théâtre du Rond-Point.
« Il y a, dit-il,  beaucoup d’écrivains dont j’ai le sentiment d’appartenir à leur famille. Une famille un peu à part, dont les rejetons certes reconnus ne sont pas suffisamment bien élevés pour qu’on leur permette d’être entendus comme ils le méritent. Une tribu à part en quelque sorte, qui reste dans une certaine marginalité, qui comme le disait Roland Topor: «Je préfère vivre dans la marge, que de mourir au milieu ». Ce que j’aime chez Alexandre Vialatte, Roland Topor,  Jean Tardieu ou  Raymond Queneau que j’ai, par ailleurs, bien connu, c’est l’idée que le sérieux est le cholestérol de l’imaginaire.

La fantaisie est quelque chose qui résiste aux diktats, aux morales définitives et aux gens qui savent. Quand Staline disait: «un pays heureux n’a pas besoin d’humour», on comprend combien la seule chose dont il avait peur, était la fantaisie. Tout ne peut pas se réduire au seul bon sens et le non-sens est nécessaire; cela ne signifie pas: absence de sens mais volonté de regarder le monde à l’envers, pour montrer combien il est ridicule… à l’endroit. « 

Ici, avec Reinhardt Wagner, il nous entraîne, sous la coupole du Théâtre de la Ville, dans  un nouveau voyage, joué et chanté dans un scénographie dépouillée, avec juste quelques chaises… Marie-Christine Orry, Justine Garcia, Ema Haznadar, Quentin Baillot et David Migeot sont très à l’aise dans un univers  imprévisible. Bref, un cabaret joyeux, impertinent et plein d’esprit, sous le signe de l’insolite et de l’ubuesque… Une invitation à s’évader.

 Solange Barbizier
Jusqu’au 24 janvier, Théâtre de la Ville-Sarah Bernhard , 2 place du Châtelet, Paris ( IVème) . T. : 01 42 74 22 77. 

Les Femmes savantes de Molière, mise en scène d’Emma Dante

Les Femmes savantes de Molière, mise en scène d’Emma Dante

Chrysale, un brave homme, faible devant les décisions que prend Philaminte, son épouse. Fascinée par Trissotin, un homme de lettres ridicule et prétentieux qui récite de mauvais poèmes, elle veut qu’Henriette la cadette de leurs filles l’épouse. Mais Chrysale et Ariste, son frère, sont tout à fait contre .
Comme bien sûr, le jeune Clitandre, autrefois amoureux d’Armande, la sœur d’Henriette qui l’avait écarté,  lui préférant « les beaux feux de la philosophie ». Il est en effet fou  amoureux d’Henriette et ils veulent se marier. Mais ces femmes savantes que sont Armande,  reste assez jalouse. Philaminte, Bélise,  la tante célibataire, pas toute jeune, elle se croit irrésistible, ici en mini-robe et collants tigrés, essaye de séduire Clitandre! Toutes les trois veulent absolument qu’Henriette épouse Trissotin.
Chrysale, sympathique mais un peu lâche, ne sait comment s’opposer à son épouse. Le mariage d’Henriette et Clitandre semble donc menacé. Et Trissotin, qui est toujours là, arrive à s’imposer.  Clitandre et Henriette semblent lutter en vain. Mais un mail annonce que Chrysale est ruiné! En fait une ruse d’Ariste pour confondre Trissotin qui avait aussitôt abandonné cette idée de mariage, puisqu’il n’y avait plus de dot. Et Henriette pourra enfin  épouser son chéri de Clitandre.

Cela se passe sur la scène du Rond-Point, où la Comédie-Française s’est installée en raison d’importants travaux durant six mois, salle Richelieu. Emma Dante a déjà fait deux mises en scène à la Comédie-Française mais  y monte un Molière pour la première fois et cela se voit: le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne fait pas dans la dentelle et on se demande pourquoi on lui a fait cette commande ! Sur le plateau nu:  un vieux carrelage à damier noir et gris; Armande (Jennifer Decker) et Henriette (Édith Proust), les deux sœurs  en  tenue de sport, munies de leur  ordinateur et d’un portable, vont se disputer.  On a en a vu d’autres, donc pourquoi pas? Oui, mais voilà; Mol!re au chausse-mpies, cel ane fonctionne pas!
Puis arrive Bélise (Aymeline Alix), un personnage remarquablement tenu autrefois par Catherine Samie. Excellente actrice et doyenne de la Comédie-Française, elle  y avait joué cent-trente trois rôles et vient de s’éteindre à quatre-vingt douze ans… En janvier, la maison de Molière est une fois de plus en deuil: après la mort du grand acteur Pierre Vial et celle de Valère Novarina, un des meilleurs dramaturges contemporains  entré au répertoire (voir Le Théâtre du Blog).

© Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

© Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

Le jeune et beau Clitandre, en pantalon bouffant et perruque  (Gaël Kamilindi) sort d’une grosse malle; plein de poussière, il a du mal à marcher droit et semble tituber… Laurent Stocker est un très bon Chrysale. Philaminte (Elsa Lepoivre), Bélise et Armande vont donner une leçon de grammaire à la servante Martine (Charlotte Van Bervesselès) sur trente piles de gros livres anciens, comme un hommage à la Culture. Mais ils sont creux, sans doute pour ne pas fatiguer les acteurs qui les apportent! Notre maie Chrsitine Friedel dirait avec raison qu’au théâtre, il n’y a pas de détail…)  lesquels livres, dits « pop-up », seront ensuite ouverts pour laisser surgir des paysages. Là on frise le n’importe quoi 

Stéphane Varupenne joue Trissotin, ridicule scientifique, comme on en voit encore aujourd’hui! Comment ne pas être partagé? D’un côté, une mise en scène précise et énergique -mais où le rythme va trop souvent cahotant, surtout à la fin-  un respect absolu du texte. Mais il y a chez Emma Dante, un excès de références au monde contemporain (pantalons de sport, ordinateur pour lire une lettre, téléphone portable, aspirateur pour enlever la poussière du canapé et des fauteuils, et un comique gestuel lassant à force d’être répété, comme ces petites danses de mariées en longue robe blanche.
Lire et orienter Les Femmes savantes vers une esthétique burlesque personnelle. Entre autres,  avec de grandes malles à roulettes apportées par des serviteurs (dont l’une se révèle être des toilettes avec déroulement de papier blanc hygiénique… (Ah! Ah! Ah! comme c’est fin et drôle!!!!)  et d’où sortiront le jeune Clitandre, Chrysale et Ariste. Avec aussi de grosses fleurs perçant tout à coup et par deux fois; les hauts murs habillés de papier peint, avec des costumes et perruques hypertrophiées (cela aussi se veut drôle mais ne l’est pas).
Emma Dante est allée vers un farcesque bas de gamme, avec gags à répétition (l’erreur bien connue, à surtout éviter!) comme ce canapé à fond amovible d’où les personnages s’extraient,  ou ces incursions dans le rangs du public, un procédé bien usé. Tout cela est trop facile mais surtout inefficace.

Et, pour faire moderne, la metteuse en scène introduit des musiques actuelles (Björk, Billie Eilish, les  Clash), un vieux truc assez racoleur. A la fin, il y une très belle image, comme elle sait en faire: un grand cadre doré descend, avec, au centre, tous les interprètes réunis, comme pour une photo de famille. Mais il aura fallu la mériter cette très belle image! Après plus de deux heures parfois drôles mais longuettes…
Même si la pièce n’est pas l’une des meilleures de notre grand auteur, il méritait mieux et fait de la résistance passive au traitement que veut lui imposer la metteuse en scène sicilienne! Il y a en effet comme un sérieux hiatus entre le monde de Molière et celui d’Emma Dante. Cela se passe selon elle « dans une temporalité drôle et grotesque. Mon théâtre toujours dans le grotesque excessif ».
On veut bien mais le dialogue qu’elle entend instaurer et  à tout prix, entre le monde contemporain,  et le temps de Molière, entre ce flot d’images souvent invasif et le texte, ne fonctionne pas du tout. Dommage! Si vous n’êtes pas trop exigeant, vous pouvez aller voir ces quatorze acteurs au jeu précis et qui ont plaisir à jouer la pièce, mais vous risquez d’être très déçu…

Philippe du Vignal

Jusqu’au Ier mars, Théâtre du Rond-Point,  2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème); T . :  

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