Les Femmes savantes de Molière, mise en scène d’Emma Dante

Les Femmes savantes de Molière, mise en scène d’Emma Dante

Chrysale, un brave homme, faible devant les décisions que prend Philaminte, son épouse. Fascinée par Trissotin, un homme de lettres ridicule et prétentieux qui récite de mauvais poèmes, elle veut qu’Henriette la cadette de leurs filles l’épouse. Mais Chrysale et Ariste, son frère, sont tout à fait contre .
Comme bien sûr, le jeune Clitandre, autrefois amoureux d’Armande, la sœur d’Henriette qui l’avait écarté,  lui préférant « les beaux feux de la philosophie ». Il est en effet fou  amoureux d’Henriette et ils veulent se marier. Mais ces femmes savantes que sont Armande,  reste assez jalouse. Philaminte, Bélise,  la tante célibataire, pas toute jeune, elle se croit irrésistible, ici en mini-robe et collants tigrés, essaye de séduire Clitandre! Toutes les trois veulent absolument qu’Henriette épouse Trissotin.
Chrysale, sympathique mais un peu lâche, ne sait comment s’opposer à son épouse. Le mariage d’Henriette et Clitandre semble donc menacé. Et Trissotin, qui est toujours là, arrive à s’imposer.  Clitandre et Henriette semblent lutter en vain. Mais un mail annonce que Chrysale est ruiné! En fait une ruse d’Ariste pour confondre Trissotin qui avait aussitôt abandonné cette idée de mariage, puisqu’il n’y avait plus de dot. Et Henriette pourra enfin  épouser son chéri de Clitandre.

Cela se passe sur la scène du Rond-Point, où la Comédie-Française s’est installée en raison d’importants travaux durant six mois, salle Richelieu. Emma Dante a déjà fait deux mises en scène à la Comédie-Française mais  y monte un Molière pour la première fois et cela se voit: le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne fait pas dans la dentelle et on se demande pourquoi on lui a fait cette commande ! Sur le plateau nu:  un vieux carrelage à damier noir et gris; Armande (Jennifer Decker) et Henriette (Édith Proust), les deux sœurs  en  tenue de sport, munies de leur  ordinateur et d’un portable, vont se disputer.  On a en a vu d’autres, donc pourquoi pas? Oui, mais voilà; Mol!re au chausse-mpies, cel ane fonctionne pas!
Puis arrive Bélise (Aymeline Alix), un personnage remarquablement tenu autrefois par Catherine Samie. Excellente actrice et doyenne de la Comédie-Française, elle  y avait joué cent-trente trois rôles et vient de s’éteindre à quatre-vingt douze ans… En janvier, la maison de Molière est une fois de plus en deuil: après la mort du grand acteur Pierre Vial et celle de Valère Novarina, un des meilleurs dramaturges contemporains  entré au répertoire (voir Le Théâtre du Blog).

© Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

© Christophe Raynaud de Lage, coll. Comédie-Française

Le jeune et beau Clitandre, en pantalon bouffant et perruque  (Gaël Kamilindi) sort d’une grosse malle; plein de poussière, il a du mal à marcher droit et semble tituber… Laurent Stocker est un très bon Chrysale. Philaminte (Elsa Lepoivre), Bélise et Armande vont donner une leçon de grammaire à la servante Martine (Charlotte Van Bervesselès) sur trente piles de gros livres anciens, comme un hommage à la Culture. Mais ils sont creux, sans doute pour ne pas fatiguer les acteurs qui les apportent! Notre maie Chrsitine Friedel dirait avec raison qu’au théâtre, il n’y a pas de détail…)  lesquels livres, dits « pop-up », seront ensuite ouverts pour laisser surgir des paysages. Là on frise le n’importe quoi 

Stéphane Varupenne joue Trissotin, ridicule scientifique, comme on en voit encore aujourd’hui! Comment ne pas être partagé? D’un côté, une mise en scène précise et énergique -mais où le rythme va trop souvent cahotant, surtout à la fin-  un respect absolu du texte. Mais il y a chez Emma Dante, un excès de références au monde contemporain (pantalons de sport, ordinateur pour lire une lettre, téléphone portable, aspirateur pour enlever la poussière du canapé et des fauteuils, et un comique gestuel lassant à force d’être répété, comme ces petites danses de mariées en longue robe blanche.
Lire et orienter Les Femmes savantes vers une esthétique burlesque personnelle. Entre autres,  avec de grandes malles à roulettes apportées par des serviteurs (dont l’une se révèle être des toilettes avec déroulement de papier blanc hygiénique… (Ah! Ah! Ah! comme c’est fin et drôle!!!!)  et d’où sortiront le jeune Clitandre, Chrysale et Ariste. Avec aussi de grosses fleurs perçant tout à coup et par deux fois; les hauts murs habillés de papier peint, avec des costumes et perruques hypertrophiées (cela aussi se veut drôle mais ne l’est pas).
Emma Dante est allée vers un farcesque bas de gamme, avec gags à répétition (l’erreur bien connue, à surtout éviter!) comme ce canapé à fond amovible d’où les personnages s’extraient,  ou ces incursions dans le rangs du public, un procédé bien usé. Tout cela est trop facile mais surtout inefficace.

Et, pour faire moderne, la metteuse en scène introduit des musiques actuelles (Björk, Billie Eilish, les  Clash), un vieux truc assez racoleur. A la fin, il y une très belle image, comme elle sait en faire: un grand cadre doré descend, avec, au centre, tous les interprètes réunis, comme pour une photo de famille. Mais il aura fallu la mériter cette très belle image! Après plus de deux heures parfois drôles mais longuettes…
Même si la pièce n’est pas l’une des meilleures de notre grand auteur, il méritait mieux et fait de la résistance passive au traitement que veut lui imposer la metteuse en scène sicilienne! Il y a en effet comme un sérieux hiatus entre le monde de Molière et celui d’Emma Dante. Cela se passe selon elle « dans une temporalité drôle et grotesque. Mon théâtre toujours dans le grotesque excessif ».
On veut bien mais le dialogue qu’elle entend instaurer et  à tout prix, entre le monde contemporain,  et le temps de Molière, entre ce flot d’images souvent invasif et le texte, ne fonctionne pas du tout. Dommage! Si vous n’êtes pas trop exigeant, vous pouvez aller voir ces quatorze acteurs au jeu précis et qui ont plaisir à jouer la pièce, mais vous risquez d’être très déçu…

Philippe du Vignal

Jusqu’au Ier mars, Théâtre du Rond-Point,  2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème); T . :  

 


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