La Fin du courage de Cynthia Fleury, lecture, mise en scène de Jacques Vincey
La Fin du courage de Cynthia Fleury, lecture mise en scène de Jacques Vincey
En 2019, la philosophe et psychanalyste avait proposé à Isabelle Adjani de porter un texte, inspiré de son livre publié chez Fayard sur le courage. « Il n’y a pas de courage politique sans courage moral et la philosophie permet de fonder une théorie du courage qui articule l’individuel et le collectif. Car si l’homme courageux est toujours solitaire, l’éthique collective du courage est seule durable. » (…) « Entre découragement du présent et reconquête de l’avenir, ce dialogue mis en scène montre en quoi il n’y a pas de courage politique sans courage moral et démontre comment un retour à l’exemplarité politique est non seulement possible et nécessaire, mais urgent. (…)
Car si l’homme courageux est toujours solitaire, l’éthique collective du courage est seule durable. Au travers de la forme théâtrale, dans cette tradition des dialogues, j’ai voulu mettre en joute deux visions du courage, deux formes de négociation avec le monde, ses insuffisances, ses dérives et ses périls grandissants. J’ai l’espoir que ce « moment » se prolonge ailleurs et autrement, pour aller au-devant de publics qui spontanément ne lisent pas de la philosophie. »
Il s’agit donc bien de théâtre- il y a une scénographie et des effets de lumière -avec deux actrices qui, au fil des semaines, se succèderont et « joueront » une jeune journaliste et une philosophe; cette lecture avait été expérimentée au Palais de Tokyo, puis à la Scala. Et elle est créée cette année au Théâtre de l’Atelier, pendant six semaines, avec quarante-sept représentations. Mais c’est bien d’une lecture, comme on prend bien soin de nous en avertir avec une annonce… Et les actrices de cette forme hybride, ont la brochure en mains, tout le temps que durera, et restera qu’on le veuille ou non, ce spectacle.
Dirigé par Jacques Vincey qui a réalisé de bonnes et nombreuses mises en scène d’auteurs classiques: Marivaux, William Shakespeare, August Strindberg, Ödön von Horváth. Mais aussi contemporains, comme entre autres: Witold Gombrowicz, Heiner Müller, Arne Lygre, Marie N’Dyaie… au Théâtre Olympia-Centre Dramatique National de Tours. Il en a été le directeur de 2014 à 2023 (voir Le Théâtre du Blog).
Devant le rideau de fer, Isabelle Adjani, en pantalon et longue veste noirs, avec de beaux cheveux longs aussi très noirs (la Philosophe) murmure quelques phrases mais il faut tendre l’oreille pour la comprendre… Puis, à côté d’un grand escalier-bibliothèque pleine de livres entassés sur la tranche- belle scénographie imaginée par Lucie Mazières -on le retrouve avec Laure Calamy (l’animatrice d’une émission télé qui va être enregistrée. Le tournage commence. Assises dans de gros fauteuils en cuir, elles ont micro et brochure en main. On les retrouvera dans le bureau de la philosophe, mais, comme Isabelle Adajani est plutôt en fond de scène, on l’entend aussi très mal.
Laure Calamy qui a souvent joué au théâtre avec Olivier Py, Volodia Serre, Vincent Macaigne, Catherine Hiegel et qui, il y a dix ans, s’était fait remarquer avec le personnage de Noémie dans la série télévisée Dix pour cent et qui, la même année, reçut le Molière de la comédienne-théâtre privé, pour Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, mise en scène de Catherine Hiegel. Et il y a cinq ans, le César 2021 de la meilleure actrice lui a été attribué pour le rôle principal d‘Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal.
Ici, dès qu’elle est sur le plateau, elle s’impose et joue brillamment cette animatrice et journaliste télé, en jupe de cuir et chemisier, bavarde et suffisante. Concentration maximum, diction et gestuelle parfaite, caricature, insolence, drôlerie, virtuosité dans l’exercice de la parole, maîtrise absolue du second degré : Laure Calamy est exceptionnelle, même si les dialogues sont souvent très faciles et quand un réalisateur en coulisses essaye de faire monter le ton pour que le public en ait pour son compte, là, on frise le boulevard…
Quant à l’immense Isabelle Adjani, pourtant rompue à l’exercice de la lecture, elle semblait ce soir-là, absente et parlait très bas. On l’entendait bien… quand elle était au micro. Bref, tout se passe, comme si, fatiguée, elle regrettait de s’être lancée dans cette aventure. Et il faudrait au moins que Jacques Vincey lui demande de parler pour toute la salle, et non pour les premiers rangs. C’est son rôle de metteur en scène. Bref, une soirée très décevante, sauvée par Laure Calamy. Mais ces quatre-vingt minutes sont bien longues et on ne peut vous conseiller cette lecture-spectacle, surtout quand les places sont à 46 et 40 € !!! au parterre. A suivre pour les autres épisodes…
Philippe du Vignal
Isabelle Adjani, Laure Calamy, et Louis Pencréach, jusqu’au 25 janvier.
Puis, Emmanuelle Béart, Sarah Succo et Louis Pencréach, du 28 janvier au 1er février.
Emmanuelle Béart, Sophie Guillemin et Louis Pencréach, du 3 au 8 février.
Isabelle Carré, Sophie Guillemin et Louis Pencréach, du 11 au 22 février.
Lubna Azabal, Sophie Guillemin et Louis Pencréach, du 25 au 27 février.
Lubna Azabal, Rosa Bursztein et Louis Pencréach, du 28 février au 8 mars.
Théâtre de l’Atelier, place Charles Dullin, Paris ( XVIII ème) . T. : 01 46 06 49 24. billetterie@theatre-atelier.com

