Rien plus qu’un peu de mouelle, d’après Pantagruel, Gargantua, Le Tiers Livre, Le Quart Livre et peut-être même un peu du Cinquième Livre (peut-être apocryphe) de François Rabelais (ou Alcofribas Nasier), adaptation de Malte Schwind, mise en scène d’Emilie Hériteau et Malte Schwind

Rien plus qu’un peu de mouelle, d’après Pantagruel, Gargantua, Le  Tiers Livre, Le Quart Livre et peut-être même un peu du Cinquième Livre (peut-être apocryphe) de François Rabelais (ou Alcofribas Nasier), adaptation de Malte Schwind, mise en scène d’Emilie Hériteau et Malte Schwind 

Gargantua, tout le monde (francophone) le connaît : il fait partie de ces personnages qui ont donné à la langue française un adjectif qui lui manquait, gargantuesque. Pantagruel, lui aussi, fait partie du patrimoine scolaire et solaire de tout un chacun. Et Panurge, donc, avec ses fameux moutons qui ne lui appartiennent pas et qui se jettent en troupeau à la mer pour suivre le premier jeté à l’eau par notre plaisantin rancunier. Le dit Panurge va passer le restant de la geste héroïco-comique à chercher la dive bouteille qui contient le savoir le plus précieux : doit-il se marier ou non ?

Bref, (mais on ne peut pas être bref avec Rabelais), on le connaît et on ne le connaît pas. Parti de ce constat, la compagnie En Devenir 2  nous le donne à entendre, en trois heures et quart qui vont vite. Et c’est peu, pour un tel flot. Les metteurs en scène ont choisi la version originale, en ce qu’on appelle, le «moyen français»: entre l’ancien français médiéval et le français moderne, celui de la fin de la Renaissance à l’âge classique. Très difficile à lire : c’est une énigme, un code secret mais  parlé, cela va tout seul. La compagnie nous fait entendre cette «langue étrangère qu’on se découvrirait savoir d’avance», comme le disait Paul Valéry. On l’écoute avec jubilation et l’on pleure d’un œil, en riant de l’autre, comme Gargantua à la naissance de son fiston Pantagruel, concomitante avec la mort de sa femme tant chérie.
C’est juste le jour où nous apprenons la mort de Valère Novarina. On attendait depuis longtemps un dramaturge à la langue d’aussi «haute graisse», que Rabelais. D’une invention, d’une richesse, d’une densité corporelle pareille, à la fois inouïe, et immédiatement accessible.

© Compagnie En devenir

© Compagnie En devenir

Ne pleurons plus, et revenons à Panurge, à défaut de moutons. L’équipe réunie pour déguster cette mouelle: Julie Cardile, Sarah Cosset, Julien Geffroy, Eloïse Guérineau et Mayeul Victor-Pujebet, « fera de son nom, l’aventure qui y était inscrite » -comme dirait la poétesse Evelyne Pieiller-, puisqu’il signifie, en gros, « capable de tout ». La preuve: c’est une fille -et elle ne s’en cache pas- qui le joue. Du reste, c’est lui, plutôt que nos chers géants, qui va mener la danse.
Pas de moutons, donc et cela commence presque comme à l’école  -une école idéale – par une grande table et un panneau d’affichage où viennent se poser des images dont plusieurs Brueghel -bon, c’est un Flamand, mais avec Rabelais, c’est déjà un peu l’Union européenne de la truculence et celles des dissections pratiquées sur des humains…
Il ne faut pas oublier que Rabelais fut un grand médecin. Il consolida, ou peut-être même établit, la réputation médicale de Montpellier et Lyon. Des images, la langue de Rabelais, des histoires de fous, et sur la langue, un petit coup de blanc bien vif, pour les spectateurs des premiers rangs, les veinards…. On aura des récits héroïques, en souvenir des grandes épopées, une longue et dure tempête, à coup de toiles agitées sans aucun souci de vraisemblance météorologique, et la même injonction que donnera plus tard Charles Baudelaire : enivrez-vous ! »Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Mais enfin, nous sommes ici chez Rabelais. Son ivresse est gouleyante et nous la prenons au sérieux ivresse, comme le rire, le corps et ses bruits intempestifs et tempétueux… Bref, il faut vite aller voir cette belle équipe qui a du cœur au ventre, dans cet indispensable Théâtre de l’Echangeur. Oui, indispensable, et  nous y reviendrons.

Christine Friedel

Jusqu’à 24 janvier; Théâtre de l’Echangeur, 59 avenue du Général de Gaulle,  Bagnolet (Seine-Saint -Denis). T.: 01 43 62 71 20.

 


Archive pour 21 janvier, 2026

Rien plus qu’un peu de mouelle, d’après Pantagruel, Gargantua, Le Tiers Livre, Le Quart Livre et peut-être même un peu du Cinquième Livre (peut-être apocryphe) de François Rabelais (ou Alcofribas Nasier), adaptation de Malte Schwind, mise en scène d’Emilie Hériteau et Malte Schwind

Rien plus qu’un peu de mouelle, d’après Pantagruel, Gargantua, Le  Tiers Livre, Le Quart Livre et peut-être même un peu du Cinquième Livre (peut-être apocryphe) de François Rabelais (ou Alcofribas Nasier), adaptation de Malte Schwind, mise en scène d’Emilie Hériteau et Malte Schwind 

Gargantua, tout le monde (francophone) le connaît : il fait partie de ces personnages qui ont donné à la langue française un adjectif qui lui manquait, gargantuesque. Pantagruel, lui aussi, fait partie du patrimoine scolaire et solaire de tout un chacun. Et Panurge, donc, avec ses fameux moutons qui ne lui appartiennent pas et qui se jettent en troupeau à la mer pour suivre le premier jeté à l’eau par notre plaisantin rancunier. Le dit Panurge va passer le restant de la geste héroïco-comique à chercher la dive bouteille qui contient le savoir le plus précieux : doit-il se marier ou non ?

Bref, (mais on ne peut pas être bref avec Rabelais), on le connaît et on ne le connaît pas. Parti de ce constat, la compagnie En Devenir 2  nous le donne à entendre, en trois heures et quart qui vont vite. Et c’est peu, pour un tel flot. Les metteurs en scène ont choisi la version originale, en ce qu’on appelle, le «moyen français»: entre l’ancien français médiéval et le français moderne, celui de la fin de la Renaissance à l’âge classique. Très difficile à lire : c’est une énigme, un code secret mais  parlé, cela va tout seul. La compagnie nous fait entendre cette «langue étrangère qu’on se découvrirait savoir d’avance», comme le disait Paul Valéry. On l’écoute avec jubilation et l’on pleure d’un œil, en riant de l’autre, comme Gargantua à la naissance de son fiston Pantagruel, concomitante avec la mort de sa femme tant chérie.
C’est juste le jour où nous apprenons la mort de Valère Novarina. On attendait depuis longtemps un dramaturge à la langue d’aussi «haute graisse», que Rabelais. D’une invention, d’une richesse, d’une densité corporelle pareille, à la fois inouïe, et immédiatement accessible.

© Compagnie En devenir

© Compagnie En devenir

Ne pleurons plus, et revenons à Panurge, à défaut de moutons. L’équipe réunie pour déguster cette mouelle: Julie Cardile, Sarah Cosset, Julien Geffroy, Eloïse Guérineau et Mayeul Victor-Pujebet, « fera de son nom, l’aventure qui y était inscrite » -comme dirait la poétesse Evelyne Pieiller-, puisqu’il signifie, en gros, « capable de tout ». La preuve: c’est une fille -et elle ne s’en cache pas- qui le joue. Du reste, c’est lui, plutôt que nos chers géants, qui va mener la danse.
Pas de moutons, donc et cela commence presque comme à l’école  -une école idéale – par une grande table et un panneau d’affichage où viennent se poser des images dont plusieurs Brueghel -bon, c’est un Flamand, mais avec Rabelais, c’est déjà un peu l’Union européenne de la truculence et celles des dissections pratiquées sur des humains…
Il ne faut pas oublier que Rabelais fut un grand médecin. Il consolida, ou peut-être même établit, la réputation médicale de Montpellier et Lyon. Des images, la langue de Rabelais, des histoires de fous, et sur la langue, un petit coup de blanc bien vif, pour les spectateurs des premiers rangs, les veinards…. On aura des récits héroïques, en souvenir des grandes épopées, une longue et dure tempête, à coup de toiles agitées sans aucun souci de vraisemblance météorologique, et la même injonction que donnera plus tard Charles Baudelaire : enivrez-vous ! »Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Mais enfin, nous sommes ici chez Rabelais. Son ivresse est gouleyante et nous la prenons au sérieux ivresse, comme le rire, le corps et ses bruits intempestifs et tempétueux… Bref, il faut vite aller voir cette belle équipe qui a du cœur au ventre, dans cet indispensable Théâtre de l’Echangeur. Oui, indispensable, et  nous y reviendrons.

Christine Friedel

Jusqu’à 24 janvier; Théâtre de l’Echangeur, 59 avenue du Général de Gaulle,  Bagnolet (Seine-Saint -Denis). T.: 01 43 62 71 20.

 

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