Dis-moi sur quel pied tu danses, écriture et réalisation de Philippe Ménard
Dis-moi sur quel pied tu danses, écriture et réalisation de Philippe Ménard
C’est (sic) le « premier long-métrage chorégraphico-documentaire-inclassable » de Philippe Ménard et cela se passe dans la grande communauté que sont ou ont été les patients, médecins, chirurgiens, prothésistes, infirmiers, kinésithérapeutes, administratifs… du service des Amputés et Appareillage, au Centre de Réadaptation de Coubert-U.G.E.C.A.M. (Seine-et-Marne). Avec vingt portraits-témoignages, danses et moments poétiques dans la nature proche, ce film a, pour fil rouge, la fabrication d’une prothèse, maintenant devenue une petite merveille de technologie. Alors que nous avons connu les anciens blessés de 14-18, pouvant tout juste compter le reste de leur vie, sur un pilon en bois, quand ils avaient perdu une jambe. Et à une manche repliée sur un moignon, quand un de leur bras avait été arraché par une grenade.
Ici, l’amputation d’une main, d’une jambe et/ou d’un bras, voire comme ce jeune Africain: des deux mains et des deux pieds est, médicalement, le seul choix possible. Une terrible épreuve pour le corps et l’esprit de ceux qui ont dû la subir, et pour leur famille. Et la réadaptation n’est pas non plus une mince affaire: il faut faire travailler cette prothèse électronique d’une jambe fabriquée avec très grand soin, et adaptée à chaque patient.
Philippe Ménard a passé plusieurs mois dans cet établissement: « De cette expérience, est né ce Dis-moi sur quel pied tu danses, un film que j’ai voulu sensible et ouvert. (…) Pour moi, ici, la perte d’un membre est une réalité tangible. Le membre manquant devient l’incarnation physique d’une absence, mais le manque, dans ce film, n’est pas ce qui ferait défaut au corps : il désigne l’espace à partir duquel le désir se met en mouvement. (…) Pour les uns, le membre manquant ouvre un horizon de projection: celui d’un appui possible, d’une autonomie à inventer, d’un élan à retrouver ou à transformer. Pour les autres -soignants et prothésistes- il engage un travail à la fois technique et humain: accompagner, fabriquer, ajuster, soutenir. (…) Le processus de fabrication d’une prothèse, que j’ai choisi comme fil rouge du film, donne une forme concrète à cette dynamique: un chemin qui traverse tout le parcours de réadaptation -de la cicatrisation à la confection de la prothèse, jusqu’à son appropriation- où l’absence est travaillée, déplacée, reconfigurée-et où chacun trouve, dans ce qui est là, des ressources pour continuer. »
Les spécialistes de cet établissement exemplaire font part de leur expérience, avec précision et générosité. Philippe Ménard nous emmène dans les ateliers où sont fabriquées ces prothèses, petits bijoux de technologie. Il nous fait aussi entendre la voix de ces femmes et hommes résignés à être handicapés à vie! Et dont on admire le courage et la ténacité! Ils ont tous une sacrée soif de vivre le plus heureux possible…
Mais ce « documentaire » intéressant, souffre -et c’est dommage- de la pollution de nombreuses images soi-disant lyriques qui n’ont rien à faire là, comme ces danses le long de couloirs vides et blancs ou dans les ateliers, ou cette femme jetant un bouquet de tulipes sur l’herbe verte ou encore cet homme en fauteuil roulant enfermé dans une bulle en plastique! Tous aux abris! Cela casse le rythme et cette heure quinze passe bien lentement…
Philippe du Vignal
A partit du 8 février, séances uniques à Paris, Toulouse, Bordeaux, Rennes… mais aussi dans de plus petites villes.


