Pylade étude et mise en scène de Sylvain Creuzevault, d’après Pylade de Pier Paolo Pasolini

Pyladeétude et mise en scène de Sylvain Creuzevault, d’après Pylade de Pier Paolo Pasolini

Un spectacle qui s’inscrit dans Études pasoliniennes, commencées avec les élèves du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, il y a deux ans. Le cinéaste a écrit Pylade (1966) en vers libres à partir des Euménides, le troisième volet de la célèbre Orestie d’Eschyle (458 avant J.C.):  Oreste qui a tué sa mère Clytemnestre et son amant Egisthe, sera jugé non par les Dieux mais innovation politique par un tribunal de citoyens. Apollon y défend Oreste en expliquant aux Erynnies, les déesses de la vengeance qui le poursuivent, qu’en tuant sa mère Clytemnestre, il a obéi à un oracle. 
Athéna met alors en place un tribunal mais  décide de voter aussi, avec voix prépondérante. Un procès de nature exceptionnelle aura lieu et à la fin de cette vendetta sur plusieurs générations, ce ne sont plus alors les Dieux qui gouverneront les hommes. Ce qui symbolise une grande évolution dans la société athénienne.

 Christophe Raynaud de Lage

©Christophe Raynaud de Lage

« On sait combien l’acquittement d’Oreste est difficile à obtenir, disait la grande Jacqueline de Romilly que nous avons eu comme prof en Sorbonne et quelle révolution décisive, il apporte dans le droit et la religion. Il y faut l’intervention des hommes et des dieux. »Il y aura dans ce procès, égalité des suffrages pour et contre. Oreste sera acquitté, grâce à la voix d’Athéna, pas prête à céder à l’indulgence mais qui veut mettre en place un ordre sociétal rigoureux fondé sur le respect des lois. Tout se joue donc  sur un fil mais cet acquittement d’Oreste symbolise l’ouverture à de nouvelles valeurs à Athènes, encore aux prémices de la démocratie.
C’est aussi la première fois dans le théâtre occidental ou du moins dans les textes grecs qui nous sont parvenus, qu’est mis en scène un procès, thème d’innombrables pièces et films… Pylade, fils de Strophios, roi de Phocide, et dAnaxibie, la sœur dAgamemnon est donc le cousin dOreste et son compagnon, entre autres, dans Electre de Sophocle, et dans Oreste d’Euripide. Pier Paolo Pasolini fait commencer ce Pylade là où finit L’Orestie d’Eschyle. Mais le compagnon d’Oreste représenterait ici l’intellectuel bourgeois à l’idéologie révolutionnaire. Quant à Electre, elle est  plus proche des traditions.

 

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Atelier de travail, étude, répétition ou représentation d’un spectacle? Les places sont gratuites: ce se serait donc  une étude. Et à juger comme telle, mais il est bien mentionné: mise en scène, et cela se passe dans une vraie salle de théâtre. « Il s’agit, dit Sylvain Creuzevault, «pour les élèves de se former, en se forgeant une autonomie dans l’art de jouer en répétition ». (sic)
Mieux vaudrait être clair… Les quinze élèves de troisième année: Maxime Allègre, May Ameur Zaïmeche,  Antoine Cailloux,  Claire Chambon,  Gédéon Ekay,  Anna Hromova, Menel Kalay, Dounia Kouyaté, Simon Laffort, Bless Lukombo, Mariana Minina, Marina Mouniapin, Matteo Pereira, Théo Pham, Anastasiia Zhyvotova qui évoluent dans une scénographie bi-frontale, font le boulot mais semblent avoir été mal préparés.
Ils alternent entre les rôles de protagonistes, et de choristes, au centre du plateau; diction très correcte, mais gestuelle et chorégraphie, beaucoup moins.
Et la direction d’acteurs n’est au rendez-vous: il  n’y a pas eu assez de travail.  Et la scénographie, avec ces images de fenêtre collées au mur est bâclée, les lumières approximatives  et les costumes bien laids, comme celui d’Athéna. La pauvre jeune actrice, amenée sur un chariot, boudinée dans un collant à dorures avec sexe d’homme, a bien du mal comme ses camarades, à s’imposer sur cette scène bi-frontale, toujours à risques pour des élèves-acteurs.
Sylvain Creuzevault les fait jouer souvent à plusieurs mètres les uns des autres, ce qui n’arrange rien et comme récemment dans Pétrole, il arrose le plateau de fumigènes: la manie actuelle. Et le numéro des épisodes s’affiche sur grand écran, comme le surtitrage du texte du Chœur… sans doute pour suppléer à une parole collective des cinq interprètes que l’on comprend mal!
Alors que, selon Sylvain Creuzevault, « les voix des chœurs essentiels à la pensée et à l’esprit critique, discordantes et séparées des protagonistes, sont au centre, laissant entendre la modernité politique du texte. « La présence, les mouvements et la diction d’un chœur sont toujours dans une tragédie grecque ou dans une forme avoisinante comme celle-ci, une question difficile à résoudre. Seuls André Steiger en 60 ou Peter Stein vingt ans plus tard, tous les deux avec une remarquable Orestie, avaient réussi à bien s’en sortir.
Sylvain Creuzevault, lui, peine à la tâche: il y a quand même beaucoup d’erreurs dans cette mise en scène et on aimerait revoir ces élèves dans de meilleures conditions. Par ailleurs, surtout, après la récente tragédie de Crans Montana, pourquoi l’arrêté de mars 65 sur la sécurité n’est-il pas respecté dans cette salle qui est donc potentiellement dangereuse?

Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 janvier, Théâtre de la Commune, Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

 

 
 
 
 


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