Tanto Poco d’après Si peu de Marco Lodoli, traduction de Louise Boudonnat, adaptation, mise en scène et interprétation de Cécile Garcia Fogel (tous publics à partir de seize ans)

Tanto Poco, d’après Si peu de Marco Lodoli, traduction de  Louise Boudonnat, adaptation, mise en scène et interprétation de Cécile Garcia Fogel (tous publics à partir de seize ans)

Une histoire d’amour entre la jeune concierge d’un lycée et un aussi jeune professeur de lettres, comme ce romancier italien qui a enseigné pendant trente ans.  Cela commence par une rencontre  avec celui qu’elle prend d’abord pour un élève :« Je m’appelle Matteo Romoli, je suis professeur de lettres, je prends mon poste aujourd’hui ». Dès cet instant, je me suis mise à le vouvoyer et ce fut comme ça pendant plus de trente ans. Dès cet instant je me suis mise à l’aimer. »
Elle l’aimera ainsi  sans lui parler mais lucide elle ne   »comprends pas pourquoi je me suis agrippée si fort à ce garçon, comme si brusquement il était toute ma vie. » C’est un prof pas comme les autres: il ne corrigeait pas ni mettait de notes, et le proviseur l’avait dans le collimateur. »Un roman autobiographique écrit à la première personne.  Elle fait son travail ingrat d’entretien des locaux et n’a pratiquement aucun contact avec les enseignants.
Après une soir en boîte avec des amies,  elle se fait violer mais ne porte pas plainte et se fera avorter: »Je ne suis pas assez forte. Mieux vaut fermer les yeux et oublier. Mieux vaut rester immobile sans plus penser à rien, nettoyer chaque jour les classes, balayer, laver les sols, désinfecter les toilettes. (…) 

Elle lit Arthur Rimbaud et le roman de  Matteo: « Mais pour être honnête, moi, à ce roman, je n’y ai jamais rien compris, mais qui suis-je pour porter un jugement sur un livre ? Les profs écrivent, les concierges vident les poubelles.Elle vit seule dans un petit logement qu’elle a juste de quoi payer.  Sans voir grand monde.Un élève vient la voir deux fois par semaine avec des gâteaux et ensuite ils font l’amour. Mais cet élève a décidé de se marier… Puis il divorcera et reviendra la voir.
Quant à Matteo, il se mariera aussi avec Giovanna, une traductrice de poésie qu’elle verra .Il sera invité en Europe et entre autres à Paris. Elle prendra le même avion que lui pour l’y rejoindre mais il ne la verra même pas. Elle, après avoir erré dans la capitale, reviendra aussitôt à Rome. Un jour, il obtient un congé pour écrire une thèse de doctorat et ne sera pas là pendant trois ans.Qu’importe? elle attendra …
Plus tard, il tombera amoureux d’une professeur d’arts plastiques du lycée et ils auront plusieurs enfants de six, huit et six ans. Et n jour ils se marient… pour divorcer quelques mois plus tard. Lui  est du genre mal vu par ses collègues et du proviseur. Et, après une évaluation faite par une commission, il devra quitter ses fonctions d’enseignant et travailler à la bibliothèque. Bref, une mise au placard. Mais elle reste  toujours là à espérer qu’il l’aime. Elle vit avec lui en imagination fait la cuisine pour deux.

© Philippe Jamet

© Philippe Jamet

Puis il quittera le lycée à jamais. Elle a maintenant soixante ans et le cherchera partout et un jour le trouvera en bas de chez elle, assis par terre, dos au mur, les jambes allongées, les yeux fermés, sale, le visage tuméfié;.. Elle réussira à l’emmener chez elle, lui fera couler un bain chaud et le nettoiera délicatement.  Elle l’aura enfin à lui, même s’il est dans un triste état. Après être allée à la pharmacie, acheter une crème apaisante et de quoi lui préparer un petit-déjeuner, elle revient mais il est parti.
 » Ce qui veut dire qu’il est vivant, qu’il va bien ,me disais-je pour me rassurer, et j’ai enfoui mon visage dans la serviette pour sentir son odeur qui peu à peu s’évanouissait. Nous avons passé une journée ensemble, ai- je pensé, nous avons dormi ensemble, personne ne peut me dire le contraire que j’ai vécu en vain. Je le chercherai encore, la ville est grande mais mon amour est plus grand encore, et c’est un homme si faible, si insensé, il n’y arrivera pas sans moi. La fin n’est plus très loin alors tout se dissipera, mais nous à cet instant nous sommes là, vivant ensemble de cette vie parfaite, la rêvant entièrement. Assise au milieu de la chambre, je parlais toute seule une fois de plus et je regardais les rideaux blancs se gonfler et se dégonfler dans le courant d’air, s’agiter comme des fantômes. »

 Sur le petit plateau, un fauteuil des années cinquante, une chaise et une petite table avec un bouquet de roses.C’est cette histoire dont le texte a bien été adapté par elle-même que nous raconte Cécile Garcia Fogel, en simple robe noire. Avec juste quelques éclairages et de superbes  musiques populaires en fond. sonore. Intelligence et respect de ce texte, diction et gestuelle superbe, concentration maximum, rythme exemplaire,  cette grande actrice que nous avons souvent appréciée dans les mises en scène de Christophe Rauck ( voir Le Théâtre du Blog) prend ce texte à bas-le-corps et  nous emmène facilement dans le délire de cette femme  amoureuse.  Et la fin est des plus émouvantes.
Un petit (soixante minutes) mais grand spectacle, garanti sans micro H.F., fumigènes, lumières stroboscopiques… Cécile Gaérci Fogel joue cet épatant monologue, encore quatre fois au Théâtre du Charriot.  Il faut espérer qu’il sera repris ailleurs.  Il le mérite amplement.

Philippe du Vignal

 Théâtre du Chariot, 77 rue de Montreuil, Paris (XI ème). A 19 h, les lundis 9 et 16 février, les mardis 10 et  17 février. T. : 01 48 05 52 44.
Le roman a été publié aux éditions P.O.L (2024) en accord avec The Italian litterary agency, Milan.

 


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