Meredith Monk

Meredith Monk

Nous avons découvert son  travail en 73, ce qui ne nous rajeunit pas… C’est une des compositrices et interprètes actuelles aux étonnantes innovations vocales. Soprano, elle  peut aller du grave à l’aigu et chanter sur trois octaves mais elle aime travailler aussi les chuchotements, syllabes répétées, cris, couinements, sanglots discrets ou chants diphoniques (sur deux notes de fréquence différente qu’on retrouve  dans nombreuses musiques traditionnelles européennes mais aussi asiatiques dont Meredith Monk a toujours été passionnée). Elle utilise aussi la répétition d’éléments musicaux, en s’accompagnant ou se faisant accompagner au synthé par ses amies  de longue date, comme Katie Geissinger que nous avions autrefois écoutée avec elle, et Allison Sniffin.

© C

© C. C.

Meredith Monk se définit avant tout comme une chanteuse mais elle a  aussi mis en scène ses pièces et aura été une des première à imaginer et réaliser des spectacles ambulants. Puis  des opéras,notamment avec Atlas (1992),  que nous avions vu à sa création à Houston. Elle  a aussi écrit et réalisé deux remarquables films poétiques:  Ellis Island (1981) et Book of days (1988).
Ici, cela passe sous la grande couple de l’ancienne Bourse du Commerce devenue  Pinault collection, où est présenté depuis  cinq ans un ensemble d’œuvres contemporaines rassemblées par cet hommes d’affaires et collectionneur. Avec environ 3 000 m2 de surface d’exposition, un restaurant confié au à Michel Bras et un studio en sous-sol de 286 places pour des performances, films ou conférences.
Sous cette vaste couple, pas de scène, ni sièges, sauf des banquettes en béton contre les murs et au sol des galettes en mousse. Bref, le confort minimum… Et un bien mauvais acoustique pour ceux qui ne sont pas près des interprètes dans. cette salle pour cent cinquante spectateurs, souvent jeunes voire très jeunes,  fascinés par le chant et la musique  de celle qui pourrait être leur grand-mère de quatre-vingt ans. Elle ,dira à la fin non  sans humour comme dans une chanson ancienne,  je suis un petite vieille De temps en temps, elle esquisse quelques pas de danse, seule ou avec des deux interprètes, tout en continuant à chanter.
Avec des éclairages pastel changeant d’un morceau à l’autre, on assiste à un festival Meredith Monk où on retrouve avec bonheur les morceaux de toute une vie. On pense parfois à des compositeurs comme Bela Bartok Steve Reich,  La Monte Young qu’elle nous avait dit beaucoup admirés. Comme Fats Waller… Le public jeune voire très jeune et sans doute issu  d’horizons musicaux différents, a chaleureusement applaudi chacun de ses morceaux. Elle  a remporté de nombreux prix. Entre autres, deux Bessie Award (1985 et 2005) et en 96, un American Dance festival award pour l’ensemble de sa carrière. Et elle a reçu  de Barak Obama en 2015, la National Medal of arts, la plus grande distinction aux Etats-Unis en la matière.
Mais elle est restée aussi simple qu’à trente ans. Même si son travail a été internationalement  reconnu et si sa musique a été, utilisée au cinéma… par Jean-Luc Godard (Nouvelle Vague (1990)  et Notre musique (2004) et par les frères Coen (The Big Lebowski (1998). Malheureusement, à Paris, ce concert a été unique. Vous pouvez écouter Meredith Monk en particulier dans le récent ( 2025) Cellular Songs avec elle-même,
 Ellen Fisher, Katie Geissinger,  Joanna Lynn-Jacobs, Allison Sniffin  et John Hollenbeck ( Deutsch Gramophone).

Philippe du Vignal

Ce concert-performance  a eu lieu  le 10 février à La Pinault collection, ancienne Bourse du Commerce, rue du Louvre, Paris (Ier).

 

 


Archive pour 13 février, 2026

Pallaksch Pallaksch #3 Lettres du voyageur à son retour d’après Hugo von Hofmanstal

Pallaksch Pallaksch! #3 d’après Lettres du voyageur à son retour  d’Hugo von Hofmannsthal, traduction de Jean-Claude Schneider, conception et mise en scène de Marie-José Malis

En 67, Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault qui dirigeaient l’Odéon avant la tempête de 68 quand madame « tante Yvonne » de Gaulle exige leur départ, d’André Malraux alors, ministre de la Culture . Ils avaient transformé ce petit foyer – l’endroit où on venait se réchauffer à l’entracte- en une petite salle avec quelques gradins nommé Petit Odéon. Pour accueillir expérimentations, petites formes ou solos. Aujourd’hui, Julien Gosselin veut y  accueillir des  créations expérimentales.
Marie-José Malis, ancienne directrice du Théâtre de la Commune à Aubervilliers, y présente des Pièces élémentaires,. Elle entend  « renouer avec la tradition des studios de théâtre, en faisant de cet espace un lieu d’expérimentation, un laboratoire au service de l’art théâtral.  » Le titre est emprunté au grand Hölderlin ( 1770-1843); après avoir été interné, il devint le pensionnaire du menuisier Ernst Zimmer à Tübingen  et pour dire au revoir à ses visiteurs, il leur disait: « Pallaksch », un mot issu d’une langue imaginaire.

Après Pallaksch Pallaksch! #1 d’après La Coccinelle de D. H. Lawrence et Pallaksch Pallaksch! #2 d’après Le Voile de Pierrette d’Arthur Schnitzler, Marie-José Mallis met en scène Pallaksch Pallaksch! #3 d’après Lettres du voyageur à son retour (1907) d’Hugo von Hofmannsthal. Un grand négociant autrichien qui a travaillé dix-huit ans outre-mer pour une société néerlandaise arrive début 1901 en Allemagne pour raisons professionnelles. Il y passera quatre mois et il réalise que tout ce qu’il a vécu ici, lui paraît irréel.

©x;,Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Ces cinq lettres fictives sont adressées à un ami qui habite Londres. Un jour, notre homme doit aller à une importante négociation commerciale  et passe devant une galerie où sont exposées tableaux et dessins de Vincent Van Gogh…. Et il découvre toute  la puissance de la peinture! Absolue révélation… Beaucoup mieux que les mots et les signes linguistiques. Un texte écrit  -à un moment-charnière avant la grande déflagration de 14-18. Et on comprend que Marie-José Malis  en ait voulu extraire la substantifique moelle.
Juste une petite estrade nappée de toile grise avec un fauteuil et un tabouret tripode. Devant la fenêtre sur rue, un haut voile de tulle blanc avec, derrière posés sur un siège quelques costumes. Une femme (Isabel Oed), tout en blanc, et le visage maquillé aussi de blanc arrive et va fermer les hauts volets intérieurs en bois puis ressort. Un homme (Pascal Batigne) entre et va murmurer le texte, comme elle à qui il passera le relais. La femme ne parle guère plus fort.  Par moments, une légère musique électronique vient soutenir les répliques, comme partout…  Tous les deux changeront de costumes à vue
Il y a une quarantaine de spectateurs assis sur des chaises non fixées! sur des cubes de bois hauts d’environ quarante cms,  ou quelques unes au sol, et là aussi, non attachées!!! Au mépris total des arrêtés fixant les règles de sécurité. Après Crans Montana, cela fait froid dans le dos…
« Le théâtre, dit Marie-José Malis, doit nous aider  à métaboliser l’angoisse, à inventer de nouvelles subjectivités et à remodeler la sensibilité par l’invention de nouvelles relations au monde, à ce qui est, humain et non humain. » (…) Il y a donc aussi cette idée avec ce petit répertoire de trois textes, de composer dans ce studio, une sorte de petite grammaire d’un nouveau théâtre. » (sic). Mais pourquoi avoir demandé aux deux interprètes de murmurer en permanence, et sans jamais articuler sauf un peu à la fin? Désolé mais le murmure, cela se gère. Côté gestuelle, il y a parfois quelques légers frémissements mais pour « la grammaire d’un nouveau théâtre », il faudra repasser.
Mon voisin placé, lui de côté, n’a même pas daigné regarder la petite scène et attendait que cela se passe. Les autres spectateurs semblaient très partagés On veut bien que Marie-José Malis ait voulu tordre le cou au naturalisme et à un langage « normal » et « conformiste », mais à part quelques belles images à la fin, comme sur cette photo, on est loin du compte et il il faudrait au moins qu’elle fasse entendre correctement e ce beau texte.  ces quarante-cinq minutes sont bien longuettes.  Marie-José Malis a toujours aimé faire dans le formalisme et la sécheresse et cite Vsevolod Meyerhold, Peter Brook, Claude Régy, Kristian Lupa, grand créateurs qui ont voulu sortir d’un jeu normalisé… Mais ici, elle a fait fausse route. Nous n’avons pas pu voir les Pallaksch Pallaksch! #1 et 2, mais le numéro # 3 de ce laboratoire où un « théâtre- ce seront des théâtralités- qui ne sont qu’une affirmation: celle que le programme de l’acteur qui est une production de signes anormaux »  ( sic) ne nous a pas du tout convaincu.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 14 février à 18 hOdéon-Théâtre de l’Europe, place de l’Odéon, Paris (VI ème).

 

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