Pallaksch Pallaksch #3 Lettres du voyageur à son retour d’après Hugo von Hofmanstal

Pallaksch Pallaksch! #3 d’après Lettres du voyageur à son retour  d’Hugo von Hofmannsthal, traduction de Jean-Claude Schneider, conception et mise en scène de Marie-José Malis

En 67, Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault qui dirigeaient l’Odéon avant la tempête de 68 quand madame « tante Yvonne » de Gaulle exige leur départ, d’André Malraux alors, ministre de la Culture . Ils avaient transformé ce petit foyer – l’endroit où on venait se réchauffer à l’entracte- en une petite salle avec quelques gradins nommé Petit Odéon. Pour accueillir expérimentations, petites formes ou solos. Aujourd’hui, Julien Gosselin veut y  accueillir des  créations expérimentales.
Marie-José Malis, ancienne directrice du Théâtre de la Commune à Aubervilliers, y présente des Pièces élémentaires,. Elle entend  « renouer avec la tradition des studios de théâtre, en faisant de cet espace un lieu d’expérimentation, un laboratoire au service de l’art théâtral.  » Le titre est emprunté au grand Hölderlin ( 1770-1843); après avoir été interné, il devint le pensionnaire du menuisier Ernst Zimmer à Tübingen  et pour dire au revoir à ses visiteurs, il leur disait: « Pallaksch », un mot issu d’une langue imaginaire.

Après Pallaksch Pallaksch! #1 d’après La Coccinelle de D. H. Lawrence et Pallaksch Pallaksch! #2 d’après Le Voile de Pierrette d’Arthur Schnitzler, Marie-José Mallis met en scène Pallaksch Pallaksch! #3 d’après Lettres du voyageur à son retour (1907) d’Hugo von Hofmannsthal. Un grand négociant autrichien qui a travaillé dix-huit ans outre-mer pour une société néerlandaise arrive début 1901 en Allemagne pour raisons professionnelles. Il y passera quatre mois et il réalise que tout ce qu’il a vécu ici, lui paraît irréel.

©x;,Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Ces cinq lettres fictives sont adressées à un ami qui habite Londres. Un jour, notre homme doit aller à une importante négociation commerciale  et passe devant une galerie où sont exposées tableaux et dessins de Vincent Van Gogh…. Et il découvre toute  la puissance de la peinture! Absolue révélation… Beaucoup mieux que les mots et les signes linguistiques. Un texte écrit  -à un moment-charnière avant la grande déflagration de 14-18. Et on comprend que Marie-José Malis  en ait voulu extraire la substantifique moelle.
Juste une petite estrade nappée de toile grise avec un fauteuil et un tabouret tripode. Devant la fenêtre sur rue, un haut voile de tulle blanc avec, derrière posés sur un siège quelques costumes. Une femme (Isabel Oed), tout en blanc, et le visage maquillé aussi de blanc arrive et va fermer les hauts volets intérieurs en bois puis ressort. Un homme (Pascal Batigne) entre et va murmurer le texte, comme elle à qui il passera le relais. La femme ne parle guère plus fort.  Par moments, une légère musique électronique vient soutenir les répliques, comme partout…  Tous les deux changeront de costumes à vue
Il y a une quarantaine de spectateurs assis sur des chaises non fixées! sur des cubes de bois hauts d’environ quarante cms,  ou quelques unes au sol, et là aussi, non attachées!!! Au mépris total des arrêtés fixant les règles de sécurité. Après Crans Montana, cela fait froid dans le dos…
« Le théâtre, dit Marie-José Malis, doit nous aider  à métaboliser l’angoisse, à inventer de nouvelles subjectivités et à remodeler la sensibilité par l’invention de nouvelles relations au monde, à ce qui est, humain et non humain. » (…) Il y a donc aussi cette idée avec ce petit répertoire de trois textes, de composer dans ce studio, une sorte de petite grammaire d’un nouveau théâtre. » (sic). Mais pourquoi avoir demandé aux deux interprètes de murmurer en permanence, et sans jamais articuler sauf un peu à la fin? Désolé mais le murmure, cela se gère. Côté gestuelle, il y a parfois quelques légers frémissements mais pour « la grammaire d’un nouveau théâtre », il faudra repasser.
Mon voisin placé, lui de côté, n’a même pas daigné regarder la petite scène et attendait que cela se passe. Les autres spectateurs semblaient très partagés On veut bien que Marie-José Malis ait voulu tordre le cou au naturalisme et à un langage « normal » et « conformiste », mais à part quelques belles images à la fin, comme sur cette photo, on est loin du compte et il il faudrait au moins qu’elle fasse entendre correctement e ce beau texte.  ces quarante-cinq minutes sont bien longuettes.  Marie-José Malis a toujours aimé faire dans le formalisme et la sécheresse et cite Vsevolod Meyerhold, Peter Brook, Claude Régy, Kristian Lupa, grand créateurs qui ont voulu sortir d’un jeu normalisé… Mais ici, elle a fait fausse route. Nous n’avons pas pu voir les Pallaksch Pallaksch! #1 et 2, mais le numéro # 3 de ce laboratoire où un « théâtre- ce seront des théâtralités- qui ne sont qu’une affirmation: celle que le programme de l’acteur qui est une production de signes anormaux »  ( sic) ne nous a pas du tout convaincu.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 14 février à 18 hOdéon-Théâtre de l’Europe, place de l’Odéon, Paris (VI ème).

 
 


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