Œdipe Roi d’après Sophocle, texte et mise en scène d’Eddy D’aranjo

Œdipe Roi, d’après Sophocle, texte et mise en scène d’Eddy D’aranjo

Il faut être en bonne forme psychique et physique pour entendre cette pièce trois heures cinquante sur le thème de l’inceste dont les ravages humains sont ici remarquablement mis à jour par l’auteur-metteur en scène. Une bibliographie complète et une liste des associations qui luttent contre ce fléau sont publiées dans le Journal de l’Odéon offert au public.
La première partie  est bouleversante.“C’est, dit Eddy  D’aranjo, un spectacle sur le crime, avec une énonciation monotone tout le long du spectacle. Mais lui n’en a pas été victime. “J’étais le fils du criminel (mon père) et le jeune  frère de la victime (ma sœur).  » Autour de sa mémoire, de sa mère et de sa sœur, il va peu à peu découvrir ses lourds antécédents familiaux pour analyser les conséquences et causes potentielles de cet inceste.

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Pourtant l’auteur ne prétend pas faire du théâtre documentaire: « Ce n’est pas, dit-il, pas un spectacle de témoignage, je veux parler de vous et de moi face au crime. Le lien avec Œdipe Roi est simple puisque cette tragédie née de l’ignorance du crime “constitue selon lui l’une des premières occurrences de l’inceste dans la littérature européenne”.
Dans la première partie, deux scènes sont bouleversantes: l’une qualifiée de didactique par le comédien Volodia Piotrovitch d’Orlik qui cite des chiffres lourds de conséquences,. “En France, 160.000 nouveaux enfants victimes de violences sexuelles par an! Donc, 438 par jour et deux  fois sur trois, des incestes dont  l’auteur est à plus de 80 % un homme et la victime à plus de 70 % une femme;  une personne sur dix a été ou sera victime de violences sexuelles avant ses dix-huit ans “. Des données objectives liées au dysfonctionnement patent de la Justice. L’inceste commis sur la sœur  d’Eddy D’aranjo a été qualifié à l’époque de délit alors que c’était un viol donc un crime.
L’autre scène est plus théâtrale: sur l’écran vidéo, les dessins de ces enfants victimes avec au fond, un papier peint de logements de familles économiquement faibles. Dans la deuxième partie, l’auteur rappelle que ces violences existent aussi dans les milieux favorisés. Et nombreux sont les  témoignages depuis le XXIème siècle…Nous découvrons ici l’histoire de Jeanne, sa grand-mère qu’il n’a jamais connue. Qualifiée de pute  par son oncle dans une interview, cette infirmière pratiquait des avortements clandestins avant la loi Veil.

Eddy D’aranjo a envie de croire qu’elle appartenait au Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception. il présente ainsi au public les images jouées par les artistes d’un avortement clandestin. On apprend en lisant le journal de l’Odéon que l’auteur a visionné un film de 1980 du M.L.A.C.  Regarde, elle a les yeux grand ouverts (1980). Il y découvre les pratiques de groupes de femmes se réappropriant un savoir-faire gynécologique.
Et il a demandé à son actrice Marie Depoorter de pratiquer cet auto-examen, indiqué comme « filmé en direct ». Mais cette image d’un col de l’utérus projeté sur grand écran brouille le message initia. sur le thème de l’inceste, même si  tous les interprètes de cette pièce sont  exceptionnels de vérité. A propos de cette création d’Eddy D’aranjo, citons  le grand documentariste américain Frederick Wiseman disparu avant-hier  à quatre-vingt seize ans : «Aucun film n’est objectif. J’espère seulement que les miens sont justes. »

Jean Couturier

Jusqu’au 22 février, Atelier Berthier, 1 rue André Suarès (angle du boulevard Berthier),  Paris (XVII ème). T. : 01 44 85 40 40.

 


Archive pour 18 février, 2026

Œdipe Roi d’après Sophocle, texte et mise en scène d’Eddy D’aranjo

Œdipe Roi, d’après Sophocle, texte et mise en scène d’Eddy D’aranjo

Il faut être en bonne forme psychique et physique pour entendre cette pièce trois heures cinquante sur le thème de l’inceste dont les ravages humains sont ici remarquablement mis à jour par l’auteur-metteur en scène. Une bibliographie complète et une liste des associations qui luttent contre ce fléau sont publiées dans le Journal de l’Odéon offert au public.
La première partie  est bouleversante.“C’est, dit Eddy  D’aranjo, un spectacle sur le crime, avec une énonciation monotone tout le long du spectacle. Mais lui n’en a pas été victime. “J’étais le fils du criminel (mon père) et le jeune  frère de la victime (ma sœur).  » Autour de sa mémoire, de sa mère et de sa sœur, il va peu à peu découvrir ses lourds antécédents familiaux pour analyser les conséquences et causes potentielles de cet inceste.

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Pourtant l’auteur ne prétend pas faire du théâtre documentaire: « Ce n’est pas, dit-il, pas un spectacle de témoignage, je veux parler de vous et de moi face au crime. Le lien avec Œdipe Roi est simple puisque cette tragédie née de l’ignorance du crime “constitue selon lui l’une des premières occurrences de l’inceste dans la littérature européenne”.
Dans la première partie, deux scènes sont bouleversantes: l’une qualifiée de didactique par le comédien Volodia Piotrovitch d’Orlik qui cite des chiffres lourds de conséquences,. “En France, 160.000 nouveaux enfants victimes de violences sexuelles par an! Donc, 438 par jour et deux  fois sur trois, des incestes dont  l’auteur est à plus de 80 % un homme et la victime à plus de 70 % une femme;  une personne sur dix a été ou sera victime de violences sexuelles avant ses dix-huit ans “. Des données objectives liées au dysfonctionnement patent de la Justice. L’inceste commis sur la sœur  d’Eddy D’aranjo a été qualifié à l’époque de délit alors que c’était un viol donc un crime.
L’autre scène est plus théâtrale: sur l’écran vidéo, les dessins de ces enfants victimes avec au fond, un papier peint de logements de familles économiquement faibles. Dans la deuxième partie, l’auteur rappelle que ces violences existent aussi dans les milieux favorisés. Et nombreux sont les  témoignages depuis le XXIème siècle…Nous découvrons ici l’histoire de Jeanne, sa grand-mère qu’il n’a jamais connue. Qualifiée de pute  par son oncle dans une interview, cette infirmière pratiquait des avortements clandestins avant la loi Veil.

Eddy D’aranjo a envie de croire qu’elle appartenait au Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception. il présente ainsi au public les images jouées par les artistes d’un avortement clandestin. On apprend en lisant le journal de l’Odéon que l’auteur a visionné un film de 1980 du M.L.A.C.  Regarde, elle a les yeux grand ouverts (1980). Il y découvre les pratiques de groupes de femmes se réappropriant un savoir-faire gynécologique.
Et il a demandé à son actrice Marie Depoorter de pratiquer cet auto-examen, indiqué comme « filmé en direct ». Mais cette image d’un col de l’utérus projeté sur grand écran brouille le message initia. sur le thème de l’inceste, même si  tous les interprètes de cette pièce sont  exceptionnels de vérité. A propos de cette création d’Eddy D’aranjo, citons  le grand documentariste américain Frederick Wiseman disparu avant-hier  à quatre-vingt seize ans : «Aucun film n’est objectif. J’espère seulement que les miens sont justes. »

Jean Couturier

Jusqu’au 22 février, Atelier Berthier, 1 rue André Suarès (angle du boulevard Berthier),  Paris (XVII ème). T. : 01 44 85 40 40.

 

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