Shango scénario d’Arnaud Delalande et Marc de Banville, dessin : Guy Michel et couleurs Tyffenn Guervenoo

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Shango, scénario d’Arnaud Delalande et Marc de Banville. Dessin : Guy Michel et couleurs: Tyffenn Guervenoo

Chez  le peuple Yoruba, au royaume d’Oyo, au sud de l’actuel Bénin, près de celui d’Abomey,  Shango est  le dieu du tonnerre et du feu. En  1639, le fils du chef du village et Lekan sont en conflit ouvert. Mais, pour que Shango soit jugé en toute impartialité, c’est le sorcier qui sera choisi et qui décidera que Shango devra affronter seul un grand lion blanc et, s’il veut rester au village, en rapporter la dépouille.
A l’heure où blanchit la campagne, comme l’écrivait Victor Hugo, Shango va essayer de tuer avec sa lance  ce terrible lion mais il a  bien du mal. Alors un guerrier du royaume Fon intervient avec une carabine.  Shango est sauvé mais comprend vite qu’il est devenu captif. Les rivalités entre royaumes africains, alliées à des Européens sans scrupule, alimentent déjà la traite de prisonniers Et Le roi d’Abomey échange des armes contre des esclaves. Des Hollandais, surnommés diables blancs, attendent leur livraison.
Son village croit Shango disparu. Mais prisonnier, il doit avec de nombreux autres,  marcher vers le Sud.
Tous seront livrés à Dom Pedro de Béja, un capitaine portugais qui les achetés contre des armes de guerre. Et enchaînés dans la cale d’un bateau qui ira vers l’Ouest. Quand il fait escale au Cap-Vert, Shango essayera en vain de se révolter et, pour l’exemple, recevra cinquante coups de fouet… Mais Shango deviendra un des pirates noirs des Caraïbes, personnages souvent oubliés, des mémoires officielles.
Rappelons que la traite arabe,  atlantique  et occidentale d’esclaves noirs africains  a fait des millions de victimes sur treize siècles, avec le trop célèbre commerce triangulaire : Europe, Afrique, Amérique… surtout au XIXème siècle. Une tragédie mondiale et africaine: de grands royaumes comme le Bénin, le Dahomey, l’Ashanti et l’Oyovon. Mais aussi Nantes! se construiront, aux XVIII ème et XIX ème siècles, grâce à l’argent engrangé par ce commerce d’êtres humains. Et le roi Béhanzin  qui régna de 1890 à 1894 au Dahomey, est considéré pour avoir résisté à  l’invasion française, comme un héros par de nombreux Béninois… (un des lycées de Porto Novo porte même son nom!). Mais il n’hésita pas à se livrer lui aussi à la traite et à Ouidah,  une des villes côtières, le traumatisme de l’esclavage est encore indélébile.

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Pour évoquer avec cette B.D.,  la traite négrière et la piraterie, le scénariste Arnaud Delalande et Marc de Banville, spécialiste de l’histoire des Caraïbes,  imaginent un esclave qui, réussira à devenir le chef d’un mouvement de révolte mais aussi un pirate noir… On pense, bien entendu, au grand Toussaint Louverture. En 1791, il prit la tête d’une révolte d’esclaves et ensuite fondera Haïti. L’album est remarquablement dessiné par Guy Michel, d’origine haïtienne, qui arriva en France en 86. Bac, puis Sorbonne Nouvelle et ensuite École des Beaux-arts de Versailles.
Ses deux premiers ouvrages, écrits par Jean-Luc Istin, sont parus chez Soleil (Aquilon) et Nucléa (Arthur Pendragon. Associé d’Istin sur la collection Soleil Celtic, il participe aux quatre premiers tomes des Contes du Korrigan (2002-2006) et au second tome, des Contes de Brocéliande (2005), deux séries collectives. Et il dessine seul, la série Le Sang du dragon (2005-2009).
Dans  Shango, il y a de nombreux formats de cases: Guy Michel privilégie souvent le rectangulaire en longueur mais avec une grande liberté. Cela va d’une case en haut de page sur tout la largeur (mais en cinq centimètres de haut) pour figurer une bataille navale sur fond rouge. Mais, en une seule page, il y aussi quinze cases qui, sont, sauf deux horizontales, uniquement verticales avec une large de trois centimètres avec un visage. Suivie par deux autres en trapèzes inversés… Seul texte: un point d’interrogation! L’ensemble est coloré avec beaucoup de nuances par Tyffenn Guervenoo.
La dernière page montre en deux cases un bateau allant sous la tempête vers les Caraïbes, comme l’indiquent les petits cartouches en lettres d’imprimerie et dans la troisième, sept visages d’Africains: « Ainsi naquit la légende de Shango, pirate noir de Caraïbes… filant vers l’avenir à pleines voiles sous la tempête..! » Une B.D. au scénario et au dessin vraiment réussis, sur le thème de cette traite d’esclaves: un crime indélébile sur des êtres humains commis… par  d’autres êtres humains!  

Philippe du Vignal


Editions Robinson/Hachette. 15 €.

 

 

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