Dans le couloir, de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Charles Tordjman
Dans le couloir, de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Charles Tordjman
Un couloir aux deux hauts murs, avec au fond, une porte qui restera longtemps fermée et deux autres sur les côtés: l’une côté jardin, d’une chambre et l’autre coté cour menant à la cuisine. Le Père, un ancien avocat -robe de chambre, pantalon de velours bretelles, chemise et foulard -et la Mère (quatre-vingt ans comme lui) en longue robe bleu-violet chaussons rouges (Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo). Leur fils, pas tout jeune (près des cinquante ans), qui a déjà des cheveux blancs (mais on ne le verra jamais) est revenu chez ses parents et vit cloîtré dans une chambre au bout du couloir. Il a un vague projet de reconversion mais il faudrait que ses parents financent l’opération… Bien entendu, ce fils encombrant mais qu’ils ne voient jamais, va faire l’objet de toutes leurs conversations et ils ne parlent que de lui, du sandwich qu’elle accrochera à sa porte, s’il avait faim quand il reviendra. Et de la soupe qu’ils mangeront, eux.Ils n’ont pas trop envie qu’il s’installe chez eux et, en même temps, ils sont si seuls qu’ils voudraient bien qu’il reste. Bref, la vieille litanie du: « jamais avec toi, jamais sans toi ». Ils parlent de lui dans une suite de petites scènes et s’inquiètent de ce que peut être sa vie. Le père est absolument cynique, et la mère, elle, très aimante, indulgente mais aussi très angoissée, quant à l’avenir de leur fils.
Jean-Claude Grumberg, auteur bien connu d’une quarantaine de pièces dont L’Atelier, scénariste et dialoguiste pour le cinéma dont Le Dernier Métro (1980) fait ici un juste portait de ces personnes âgées qui réussissent à vivre encore ensemble. Depuis si longtemps, ils doivent s’aimer encore un peu et se supporter parce que leur existence -et ils en sont bien conscients- va sur sa fin.
Le malheur n’arrive pas qu’aux autres et le dramaturge va habilement emmener le public vers la tragédie: ce fils sera retrouvé pendu dans sa chambre… Accablés, les parents n’ont plus goût à rien et sont là à attendre la mort. (au moins ils ne seront pas déçus).
Lui devient encore plus cynique et méchant et n’a même pas envie de voir ses autres enfants. Elle, encore plus seule, est désespérée! Les dialogues sont du genre bien menés (parfois faciles comme les allusions à la prothèse auditive et au dentier de la mère! Ou la réplique du père: «J’en ai marre d’être le garde-chiourme du Masque de fer, doublé du Mystère de la chambre jaune! »)
Ces bons acteurs sont crédibles, très présents, et toujours justes. Et pourtant, cela ne fonctionne pas… D’abord, à cause d’une scénographie froide et stricte -de hauts murs, trois portes et trois chaises- qui écrase le jeu. Et à une dramaturgie… qui n’en est pas une: cette succession de courtes, voire de très courtes scènes, ne fait pas sens (on est ici ni dans le sketch, ni dans une pièce) et l’émotion ne surgit pas, même après le suicide du fils.
La mise en scène de Charles Tordjman est précise mais assez statique (mais comment faire autrement? Et cette heure vingt n’a rien de passionnant, même s’il y a quelques touches bienvenues d’humour beckettien: « Sois poli, si tu n’es plus joli! » On pense, bien sûr, à Fin de partie. Bref, on aura connu Jean-Claude Grumberg mieux inspiré…
Philippe du Vignal
Théâtre Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, Paris (XVII ème). T. : 01 42 93 13 04.
Le texte est édité chez Acte-Sud Papiers.

