Papy Quichotte, écriture et mise en scène d’Elsa Granat (à partir de sept ans)

Papy Quichotte, d’après Don Quichotte de Miguel de Cervantès, écriture et mise en scène d’Elsa Granat (à partir de sept ans)

Elsa Granat, metteuse en scène maintenant reconnue, avait, fait entre autres, une remarquable mise en scène de Maison de poupée d’Henrik Ibsen (voir Le Théâtre du Blog). Elle signe ici un spectacle pour jeune public, « d’après Don Quichotte de Miguel de Cervantès ».  Où un pappy se prend pour Don Quichotte. En voulant, dit-elle, »poursuivre l’ambition intergénérationnelle de notre compagnie Tout un Ciel. Montrer d’autres façons d’agir par le soin qu’on prodigue. Rassembler les aînés, les scolaires et les apprentis-soignants. Travailler un théâtre qui relie les publics entre eux et les questions humaines entre elles. » On veut bien, et ce genre de déclaration ne mange pas de pain comme disaient nos grands-mères!

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Devant un rideau rouge,  un haut guéridon en bois avec des fleurs, un lampadaire avec abat-jour plissé blanc et un fauteuil  des années cinquante où Papy lit tranquillement… Don Quchotte. A jardin, Papa fait un peu de musculation  et Maman sent avec les fleurs dans leur vase centre,  et cachée sous le plateau, Sacha regarde le monde… en parlant au public. Si on a bien compris, Papy se met à perdre la boule après avoir lu le célèbre roman et parle tout d’un coup en langue étrangère, ici l’espagnol (caractéristique de certains maladie mentales) :  « Las tormentas se encadenaban en una situación de lluvias torrenciales. » Et il lit Don Quichotte à l’envers…  Puis le rideau s’ouvre et apparaissent un canapé vert, une table ronde nappée d’un plastique vert avec des tabourets ronds orange. 


« Le parfum de l’aventure me monte au visage, je m’en vais pourfendre ces infâmes et rétablir l’ordre des choses, dit la petite fille. Que les puissants s’occupent des faibles, que les parents et les présidents s’acquittent de leurs devoirs féodaux. Sans quoi le pauvre monde restera insupportable, un monde tombé bien bas. Je vais te relever, manger des bananes et tout ira mieux. »

Se suivent en soixante-dix minutes, une dizaine de scènes peu convaincantes, malgré quelques belles images: une manipulatrice en noir fait voler des oiseaux  dans l’ombre, et il y a une évocation en marionnette du cheval de Don Quichotte, la célèbre Rossinante. Soit quelques belles images… Mais côté dramaturgie, c’est du genre faible et on se demande ce que les enfants peuvent assimiler de cette histoire sans aucun intérêt, à des milliers de kms de la poésie incandescente de Miguel de Cervantès.
Dominique Parent, remarquable acteur qu’on a souvent vu notamment chez Valère Novarina est tout le temps sur le plateau et tout à fait crédible  en vieux grand-père aux cheveux blancs.  (Il sauve le spectacle!) Esther Lefranc est une mère  qui impose sa présence et qui chante bien d’une voix claire. Antoine Chicaud est un père…un peu absent. Quant à Maëlys Certenais, il faudrait que la metteuse en scène revoit d’urgence sa diction: le micro H. F. dont on l’a appareillée comme ses camarades, n’arrange rien. Bien entendu, nous aurons droit à la fin du spectacle, à un petit coup de fumigènes et à des lumières stroboscopiques. Vive les stéréotypes…
On se demande bien pourquoi, Elsa Granat, au lieu d’écrire une paraphrase approximative du célèbre roman n’en a pas repris certaines des nombreuses scènes où il y a pourtant des moments fabuleusement théâtraux comme celui où Sancho Panza réussit à tromper son maître Don Quichotte, quand il lui fait croire que Dulcinée a été ensorcelée et qu’une villageoise est en fait son amoureuse de lui..

Allez, une petite consolation, avec ces phrases magnifiques de Miguel de Cervantès, citées par Elsa Granat dans sa note d’intention: « À tous ceux qui parlent au vent, Les fous d’amour, les visionnaires, À ceux qui donneraient vie à un rêve! Les rejetés, les exclus, Au réel ou suspect fou. Aux Hommes de cœur, A ceux qui persistent à croire, au sentiment pur. A tous ceux qui s’émeuvent encore! Un hommage aux grandes impulsions, Aux idées et aux rêves. A ceux qui n’abandonnent jamais, Ceux qui sont ridiculisés et jugés. Les poètes du quotidien! Pour les héros oubliés et pour les vagabonds. Pour ceux qui n’ont pas peur De dire ce qu’ils pensent ! À tous les chevaliers errants, Qui ont parcouru le monde  Ou qui le feront un jour. »
Pour le reste? Comme dirait ce génial auteur:  » Celui qui sonne les cloches est en sûreté et tout s’en ira dans la lessive du gouvernement. « Bref, même s’il y a quelques belles images, ce spectacle est décevant pour les enfants comme pour les adultes.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 8 mars, Théâtre Paris-Villette,  Parc de la Villette, Paris (XIX ème). T. : 01 40 03 72 23.

Théâtre Gérard Philipe, Centre Dramatique National de Saint-Denis ( Seine-Saint-Denis), du 11 au 14 mars.

Théâtre des Ilets-Centre Dramatique National de Montluçon (Allier) du 26 au 28 mars

 


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