Trauma crânien, texte et mise en scène de Flavie Cortese
Dans un espace nu, une femme retrouve trois hommes qu’elle a aimés et elle écoute leurs récits. Au programme, humour, cynisme et émotion: un cocktail de paroles qui restent comme la seule petite marque d’une histoire d’amour bien finie. « La pièce, dit l’autrice, voit le jour autour d’une seule et même idée: le bilan amoureux, dans toute sa complexité, sa splendeur, son désordre et sa douceur.
Les relations amoureuses sont un lieu commun dans lequel le silence a autant d’impact, que les mots. L’écriture s’est donc tournée vers une femme quasi-silencieuse qui a laissé la parole à trois hommes. (…) Trois histoires qu’elle suit sans prendre la place qui est la sienne, celle d’une femme éraflée par ces hommes. «
Mais il n’y a ici aucun jugement de morale. Elle (Agathe Durastante) au centre de la pièce, attend les paroles de ces hommes (Gauthier Knobloch, Théo Maugué, Gabin Crossouard) mais finit par en constater le vide. Il n’y aura alors aucune réparation, ni consolation possible… Mais entre la note d’intention et cette scène nue avec juste un banc, pour « vouloir donner du poids aux seuls mots, il y a comme un déficit. « Il se suffisent à eux-même dit l’autrice: ce sont eux qui occupent l’espace. » On pense par moments- mais sur un mode très mineur- aux textes rugueux de Sarah Kane, l’autrice anglaise qui s’est suicidée à vingt-huit ans et dont Flavie Cortese se revendique…
Cela commence soi-disant par la fin, avec, de temps en temps, une pancarte avec quelques mots et une chanson américaine répétée en boucle. Les quatre jeunes interprètes, sympathiques, ont une bonne diction et bougent bien, surtout Agathe Durastante. Ces « trois hommes quelconques » interviennent ensemble ou seuls, avec « cette femme quelconque », habillés « de manière quelconque » (tous en short bleu foncé de sport, un marcel et des tennis) « dans une pièce vide quelconque ».
Après tout, pourquoi pas? Mais les dialogues sont vraiment trop légers et prétentieux pour qu’on s’y intéresse. Nous avons cherché en vain le « déboussolement, « le chaos », le « manque de confort » que l’autrice et metteuse en scène voudrait nous imposer, avec « une direction d’acteurs très physique, presque excessive » (sic). Une référence non avouée à Antonin Artaud? Et pourquoi ces criailleries, avec ou sans micro, et presque permanentes, ce qui n’arrange rien? Le compte n’y est vraiment pas et ces soixante-dix minutes nous ont paru longuettes… Il faudrait revoir cette petite bande dans un texte et une mise en scène plus convaincants…
Conseil de vieux critique: votre compagnie Foutus pour foutus mérite sans doute mieux que la mauvaise image de marque que donne votre très laid dossier de presse: sur papier couché, avec textes et titres – eux, en gros caractères) en blanc ou rose sur fond noir… Tous aux abris! Le papier blanc recyclé, plus simple et nettement plus écologique, cela existe! Aussi efficace, il coûte beaucoup moins cher.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 22 mars, Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, Paris ( XVIII ème). T. : 01 42 33 42 03.

