Climax par la compagnie Zygomatic

Climax par la compagnie Zygomatic, mise en scène de Ludovic Pitorin

Un spectacle créé il y a cinq ans dont c’était hier la 547 ème représentation! Ce qui, dans les théâtres public et privé, est très rare! Cela valait donc le coup d’y aller voir! Bien rodé, il a été joué un peu partout dans les théâtres mais aussi les gymnases, salles des fêtes… Le thème de Climax: dérèglements climatiques avec chaleurs extrêmes, inondations, fonte accélérée des glaciers, tsunamis. épuisement des ressources, bio-diversité en voie de disparition,  recours massifs aux engrais et traitements chimiques dangereux, comme le réclame le merveilleux sénateur Laurent Duplomb. Oui, celui qui veut réintroduire un néonicotinoïde interdit en France mais utilisé ailleurs, notamment dans l’UE. Alors que son interdiction est un enjeu vital. Les hommes sont arrivés à mettre le monde en à peine deux siècles, aux limites de ce qui peut être encore supportable dans certains pays. Ce que montre bien la dernière partie du spectacle, avec l’accélération des changements climatiques dus à ce que ‘on appelle la civilisation! La vie animale et humaine est-il encore compatible avec une telle débauche d’énergie, produits chimiques et transport par avion?

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Rien sur le plateau qu’un écran, où seront projetés des graphiques, images de forêt en feu…. Petites chorégraphies au second degré, acrobaties au sol, chansons populaires, dialogues comiques teintés d’absurde… Ludovic Pitorin sait y faire et a une bonne maîtrise de l’espace et du temps: « Susciter le rire et poser un regard décalé sur la complexité du monde pour mieux l’appréhender: je tente de déployer au travers des spectacles que j’écris avec la compagnie Zygomatic dit-il.

« Toujours à mordre et à exiger la lune, je n’oublie jamais que malgré le poids des sujets de fond que j’aborde, la forme légère et subtile rendra le spectacle utile et jubilatoire. J’invite à la poésie d’un «music-hall engagé» pour que nous soyons bousculés et heureux. » Au début, le spectacle fait un peu du surplace mais impeccablement réglé, il  prend son envol vers la fin de ces soixante-dix minutes, quand un président de la COP 34, prononce à une vraie  future conférence des Nations unies sur le climat, quelques phrases exemplaires: « On veut que les gaz à effet de serre commencent à douter ! » «Nous sommes comme le lapin tétanisé face aux phares du camion qui va l’écraser. » «Faisons des câlins à ceux qui mangent local. » « Caressons les cyclistes . » Ou quand un phytoplancton (un acteur revêtu d’algues vertes) vient plaider pour sa survie: c’est un court mais bon moment. Ludovic Pitorin et ses camarades enchaînent les petites scènes avec rythme et efficacité, en changeant de costume à toute vitesse. Et ils savent embarquer un public qui applaudit très souvent et claque des mains.  » Un mélange d’espièglerie, d’impertinence dans une mise en scène aussi inattendue qu’inventive, dit, sans  complexe, Ludovic Pitorin… le metteur en scène. Et Benoît Lavigne le directeur du Lucernaire, en remet une couche: « Digne des Mounthy Python, le spectacle est dingue, explosif, irrévérencieux, jubilatoire, bref génial. (….)  Et dont vous ne sortirez pas indemne. » N »exagérons rien! C’est bien joli de s’envoyer des fleurs! Mais on est loin, très loin d’un spectacle d’agit-prop, de l’humour corrosif et burlesque du collectif anglais né en 69 et qui a fait ses adieux en 2013… Même s’il y en a une citation, comme ce gros morceau de plâtre tombant des cintres. Un gag qu’avaient superbement utilisé Macha Makeieff et Jérôme Deschamps autrefois… Et il y a celui connu mais formidable: un fil blanc long d’une dizaine de mètres qu’on fait patiemment sortir de la bouche d’un des acteurs… L’actrice et trois acteurs font un travail gestuel précis mais la mise en scène reste assez conventionnelle. Ludovic Pitorin aurait pu ainsi nous épargner la trilogie des stéréotypes actuels: micros H.F. (pourquoi dans une petite salle comme celle-ci?), jets de fumigènes, et, à la fin, lumières stroboscopiques. Enfin si Climax peut aider à une prise conscience des graves erreurs humaines commis au nom du progrès… Le spectacle affiche complet à Paris mais se jouera au festival off d’Avignon.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 8 mars, Le Lucernaire, 55 rue Notre-Dame des Champs, Paris ( VI ème).

 


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