À tous ceux qui de Noëlle Renaude, mise en scène de Timothée de Fontbelle
À tous ceux qui de Noëlle Renaude, mise en scène de Timothée de Fontbelle
Cela se passe entre 1940 et 1950, un jour de fête sous la chaleur de l’été dans un village d’une France encore rurale où il y a toujours une occasion après la guerre, de faire revivre, surtout chez les plus anciens, souvenirs, rumeurs, non-dits, vieilles histoires d’amour et jalousies qui ont été plus ou moins ensevelies sous le poids du temps… Une série de récits personnels où l’intime croise le collectif, remarquablement écrits par Noëlle Renaude. Oui, la guerre, même finie, laisse des traces indélébiles chez ceux qui l’ont vécue.
Ces monologues de personnages de tout âge, avaient déjà été mis en scène par Camille de la Guillonnière l’an passé et c’est en effet un texte qui peut « faire théâtre ». Se succèderont, entre autres: « Bernadette Blanchet, dite Baba, quatre ans, socquettes blanches robe à rayures roses ayant appartenu à ma sœur Lili morte il y a cinq ans en plein chaos historique. » (…) « Hercule Blanchet , premier prix de calcul et premier de prix de géographie, et peau de balle en gymnastique. » (…) « Armande Blanchet huit ans, oui, c’est moi la teigneuse. Oui je louche. Oui, je perd sans arrêt mes lunettes. » Et nombre d’adultes, tous ceux qui ont vécu la guerre, les vrais résistants, comme ceux de la dernière heure,
Sur le plateau, un rond de terre où un champ de blé aux beaux épis gonflés est prêt à être moissonné, une chaise en bois et paille comme on en voit encore dans les campagnes et un petite malle à souvenirs. Belle scénographie d’Audrey Fabre et Timothée de Fontbelle. Et où va évoluer, seule avec une belle présence, Laetitia de Fontbelle pendant soixante-dix minutes pour nous raconter ces tranches de vie: une voix discrète annonçant à chaque fois, les nom et âge précis de chacun des quelque trente-cinq personnages…
« L’aventure de cette pièce, montée lentement et avec passion, dit Timothée de Fontbelle auteur de livres pour enfants, est l’occasion pour moi de retrouvailles avec la scène, après des années consacrées à l’écriture romanesque. Oui, mais voilà, il n’y a pas vraiment de mise en scène et le début est très statique. Et surtout, on ne comprends pas pourquoi Laetitia de Fontbelle qui, dit-elle, a joué au théâtre, au cinéma et dans des séries comme Les Revenants, The Tunnel, Rebecca… Et « passionnée par le jeu, la direction d’acteurs, l’enseignement et la transmission », elle a une diction plus qu’approximative! Elle bouffe sans arrêt les consonnes, ce qui défigure le texte. Même s’il y a de rares et courtes phrases où on la comprend parfaitement, ce monologue tient de la bouillie verbale! On tend l’oreille sans arrêt et on essaye de ne pas décrocher, mais en vain…
Améliorer les choses mais comment? Déjà si le metteur en scène demandait à une actrice ou un acteur de faire vraiment articuler Laetitia de Fontbelle, cela apporterait un plus. Mais, pour le moment, inutile d’aller jusqu’à la Cartoucherie, le spectacle est trop décevant. Noëlle Renaude mérite mille fois mieux…
Philippe du Vignal
Jusqu’au 22 mars, Théâtre du Soleil, Petite salle, Cartoucherie de Vincennes, 2 route du Champ de manœuvre. Métro: Château de Vincennes + navette gratuite. Sinon bus 112., mais attention, il y en a toutes les vingt minutes.

