Festival Kourtrajmé Kiss de Siham Falhoune et Maxime Saint-Jean, mise en scène de Sébastien Davis

Festival Kourtrajmé

Kiss de Siham Falhoune et Maxime Saint-Jean, mise en scène de Sébastien Davis

Ladj Ly, réalisateur, scénariste et producteur français d’origine malienne de quarante-huit ans, qui a grandi à Montfermeil (Seine-Saint-Denis) a tourné un premier court-métrage, Les Misérables en 2018. En réaction à une grave bavure policière sur un jeune noir à Montfermeil,  le 14 octobre 2008, qu’il avait alors filmée. Cette œuvre reçut de nombreuses récompenses: entre autres, au festival international du court métrage de Clermont-Ferrand et une nomination au César du meilleur court métrage en 2018. Toujours en 2018, il est nommé pour le César du meilleur documentaire avec À voix haute : La Force de la parole, coréalisé avec Stéphane de Freitas sur le concours d’éloquence Eloquentia. En 2018,  Ladj Ly tourne son premier long métrage, Les Misérables, une adaptation de son court et crée à Montfermeil, l’école gratuite Kourtrajmé, ouverte à tous et  sans condition de diplôme consacrée aux métiers du cinéma au sein des Ateliers Médicis,  financée par des fonds publics et privés.
La compagnie Kourtrajmé, elle, a vu le jour il y a quatre ans, sous l’impulsion de l’actrice Ludivine Sagnier et du metteur en scène Sébastien Davis, pour accompagner les élèves-acteurs vers un parcours professionnalisant. Quatre ans plus tard, cette compagnie présente ici quatre spectacles, trois maquettes, un long-métrage et  une table-ronde. « Ils se veulent, dit Ladj Ly, à l’image des valeurs que nous portons: la diversité, le décloisonnement, l’exigence artistique et surtout… celle d’une plus juste représentativité de notre population au sein des arts. » “Il est question ici d’un baiser. Un vrai, réel, charnel. Et d’amour, même l’instant de ce baiser. C’est bien notre envie, l’envie de ce travail : se rencontrer dans un baiser d’amour.”  Ou comment une actrice et un acteur peuvent-ils arriver à s’embrasser sur un plateau avec le maximum de ce qui doit apparaître comme une vérité? Est-il possible non de « représenter » un baiser sur la bouche mais de le vivre devant un public, chaque soir de représentation? Sans qu’il puisse le savoir? Ou se situe alors exactement le jeu? A quel moment, peut naître le désir de l’autre?

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Siham Falhoune et Maxime Saint-Jean jouent-ils à être ce couple ou en sont-ils un dans la vie? Bref, le théâtre dans le théâtre, une recette inusable du théâtre occidental (Shakespeare, Corneille, Molière, Marivaux, etc.)  Mais ici revue et corrigée par de jeunes auteurs-interprètes. Avec une mise en abyme du corps devenant une forme d’art. Un thème déjà exploré par Kierkegard qui parlait, il y a déjà presque deux siècles, du stade esthétique de l’existence. Mais ici, on n’est  finalement pas loin d’une performances en arts plastiques où, comme, dans le body art, le corps devient alors médium privilégié, avec, notamment, un très beau moment dansé, face public et ce qui est assez rare, un texte écrit par les deux interprètes. Et on ressent souvent chez Siham Falhoune et Maxime Saint-Jean, cette attirance des corps dont parle si bien le philosophe Jean-Luc Nancy: « Le corps est ce qui me met dehors, au sens où le sujet est toujours hors e soi, c’est moi en tant qu’extériorité. » Soit un art théâtral qui se revendique comme tel, souvent physique mais à l’opposé de tout excès de tout pathos, sur le plateau nu, avec une chaise en bois et une autre chaise-coque en plastique gris.  Puis, avec une table entre Siham Falhoune et Maxime Saint-Jean.
La mise en scène de Sébastien Davis est rigoureuse et il dirige bien ses interprètes… sans micros H.F. et sans fumigènes. On aurait aimé que les costumes soient un peu plus recherchés mais bon… La déjà très bonne actrice a déjà joué dans plusieurs films et a une présence fabuleuse, avec un merveilleux sourire, une gestuelle et une diction impeccables. Et on aimerait bien la voir dans un Molière, un Labiche ou un Feydeau…
Lui, grand, très concentré et attentif à elle, a aussi une belle présence mais, venu des Beaux-Arts de Montréal, il n’a pas la force de tir de sa camarade et ne maîtrise pas bien sa diction…. On le comprend parfois difficilement. Là, il y a encore du travail… A ces réserves près, cela vaut le coup d’aller voir cet ovni. Même s’il est encore un peu brut de décoffrage, il a de grandes qualités. La banlieue, même pauvre! loin des manies parisiennes chichiteuses et coûteuses, est riche en bon terreau d’où surgissent aussi de belles pousses… Et nous conseillons Kiss à Marine Le Pen, même si elle n’ira jamais. Ou à ses conseillers… mais ils n’iront pas non plus. Nous vous rendrons compte de la suite de ce festival.  

Philippe du Vignal

Jusqu’au 28 mars, Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris (XI ème).    

 


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