Festival Kourtrajmé Kiss de Siham Falhoune et Maxime Saint-Jean, mise en scène de Sébastien Davis
Festival Kourtrajmé
Kiss de Siham Falhoune et Maxime Saint-Jean, mise en scène de Sébastien Davis
Siham Falhoune et Maxime Saint-Jean jouent-ils à être ce couple ou en sont-ils un dans la vie? Bref, le théâtre dans le théâtre, une recette inusable du théâtre occidental (Shakespeare, Corneille, Molière, Marivaux, etc.) Mais ici revue et corrigée par de jeunes auteurs-interprètes. Avec une mise en abyme du corps devenant une forme d’art. Un thème déjà exploré par Kierkegard qui parlait, il y a déjà presque deux siècles, du stade esthétique de l’existence. Mais ici, on n’est finalement pas loin d’une performances en arts plastiques où, comme, dans le body art, le corps devient alors médium privilégié, avec, notamment, un très beau moment dansé, face public et ce qui est assez rare, un texte écrit par les deux interprètes. Et on ressent souvent chez Siham Falhoune et Maxime Saint-Jean, cette attirance des corps dont parle si bien le philosophe Jean-Luc Nancy: « Le corps est ce qui me met dehors, au sens où le sujet est toujours hors e soi, c’est moi en tant qu’extériorité. » Soit un art théâtral qui se revendique comme tel, souvent physique mais à l’opposé de tout excès de tout pathos, sur le plateau nu, avec une chaise en bois et une autre chaise-coque en plastique gris. Puis, avec une table entre Siham Falhoune et Maxime Saint-Jean.
La mise en scène de Sébastien Davis est rigoureuse et il dirige bien ses interprètes… sans micros H.F. et sans fumigènes. On aurait aimé que les costumes soient un peu plus recherchés mais bon… La déjà très bonne actrice a déjà joué dans plusieurs films et a une présence fabuleuse, avec un merveilleux sourire, une gestuelle et une diction impeccables. Et on aimerait bien la voir dans un Molière, un Labiche ou un Feydeau…
Lui, grand, très concentré et attentif à elle, a aussi une belle présence mais, venu des Beaux-Arts de Montréal, il n’a pas la force de tir de sa camarade et ne maîtrise pas bien sa diction…. On le comprend parfois difficilement. Là, il y a encore du travail… A ces réserves près, cela vaut le coup d’aller voir cet ovni. Même s’il est encore un peu brut de décoffrage, il a de grandes qualités. La banlieue, même pauvre! loin des manies parisiennes chichiteuses et coûteuses, est riche en bon terreau d’où surgissent aussi de belles pousses… Et nous conseillons Kiss à Marine Le Pen, même si elle n’ira jamais. Ou à ses conseillers… mais ils n’iront pas non plus. Nous vous rendrons compte de la suite de ce festival.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 28 mars, Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris (XI ème).


