Dracula,(Lucy’s Dream), d’après Bram Stoker, mise en scène d’Yngvild Aspeli, composition musicale d’Ane Marthe Sørlien Holen

Dracula, (Lucy’s Dream), d’après Bram Stoker, mise en scène d’Yngvild Aspeli, composition musicale d’Ane Marthe Sørlien Holen (à partir de quatorze ans)


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L’Irlandais Bram Stoker (1897) a écrit son célèbre roman à base de journaux intimes, lettres, articles de presse,  documents… avec des personnages comme le comte Draculavampire professionnel,  Abraham Van Helsing, chasseur de vampires, Jonathan Harker, clerc de notaire  envoyé en Transylvanie pour conclure une affaire immobilière avec le comte Dracula. Retenu prisonnier dans son château vide et témoin de phénomènes surnaturels, Jonathan pense qu’il est une créature démoniaque.
Il veut en effet  le livrer à trois femmes-vampires mais une fois qu’il est parti pour l’Angleterre. Jonathan réussit à s’évader du château. Pendant ce temps, Dracula voyage jusqu’en Angleterre à bord du navire Demeter dont il éliminera l’équipage et attaquera alors Lucy Westenra, la  meilleure amie de Mina Murray, la fiancée somnanbule de Jonathan Harker et il l’attire dans un cimetière. Le médecin Abraham Van Helsing comprend alors qu’elle est victime d’un vampire.
Adapté de nombreuses fois en B.D. et au cinéma avec deux cent films! où Dracula tient le rôle principal mais rarement au théâtre.  Il y a eu q
uelques comédies musicales aux Etats-Unis, au Québec et en France, avec Dracula l’amour plus fort que la mort, réalisée par Kamel Ouali en  2011.

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Yngvild Aspeli reprend ce Dracula qu’elle avait créé il y a quelques années et où elle s’inspire très librement et assez loin du roman, tout en conservant le climat et privilégiant le personnage de Lucy, victime du comte Dracula. C’est une variation avec un arrière-fond érotique, sur la lutte que mène Lucy contres ses démons personnels qui vont la détruire.  Scène nue et noire, très peu éclairée où cinq acteurs-manipulateurs:Dominique Cattani, Yejin Choi, Sebastian Moya, Marina Simonova et Kyra Vandenenden font vivre tous ensemble et à tour de rôle ce Dracula, comte maléfique et cette jeune femme-marionnette aussi grande et aussi vraie que nature, avec des images fabuleuses de poésie. Il y a aussi en projection vidéo, des oiseaux noirs ou des chauve-souris. On a parfois du mal  à tout saisir mais c’est sans importance.

Aucun effort à faire pour se laisser embarquer dans cette aventure psychique la nuit entre Eros et Thanatos. Yngvild Aspeli maîtrise admirablement l’espace, le temps, la lumière, le jeu masqué et la manipulation des marionnettes. Il y a bien sûr, en amont, un travail magistral de fabrication  réalisé par elle-même et Manon Dublanc, Pascale Blaison, Elise Nicod, Sébastien Puech, Delphine Cerf. Et la scénographie Elisabeth Holager est exemplaire de sobriété et d’efficacité. Ce spectacle très fluide (une heure) est aussi fascinant qu’émouvant.

© Cristin Afloy-Opdan

© Cristin Afloy-Opdan

Le public surtout jeune- ce qui est rare au théâtre- a fait une longue ovation méritée à ceux qui savent donner une superbe vie à ce Dracula… Nous conseillons (mais il n’ira jamais!) ce spectacle à Laurent Vauquiez, lui qui, sans aucun scrupule, voulait en 2015 «fermer les formations fantaisistes comme celles des métiers du cirque et des marionnettistes». La honte pour un agrégé d’histoire et énarque…
Rappelons-lui que cette grande artiste norvégienne avait choisi d’aller apprendre l’art de la marionnette à l’Ecole de Charleville-Mézières. Elle a ensuite fait de nombreuses et remarquables créations dans notre pays et a été récemment nommée directrice artistique du Nordland Visual Theatre aux îles Lofoten. 

Philippe du Vignal

Jusqu’au 15 mars, Théâtre Silvia Monfort, 106 rue Brancion, Paris (XVème). T. : 01 56 08 33 88.

 

Philippe du Vignal

En 2019, le roman bénéficie d’une nouvelle traduction d’Alain Morvan dans le cadre de l’anthologie Dracula et autres écrits vampiriques parue dans  La Pléiade ( Gallimard).

 


Archive pour 13 mars, 2026

Pro Bono Publico par le Blick Théâtre, conception plastique et marionnettique de Sarah Darnault et Fer Flores, mis en scènes, mise en scène de Dominique Habouzit mise en scène de Dominique Habouzit

Pro Bono Publico par le Blick Théâtre, conception plastique et "marionnettique" de Sarah Darnault et Fer Flores, mis en scènes, mise en scène de Dominique Habouzit
mise en scène de Dominique Habouzit

En latin, « pro bono publico »: «pour le bien public ». Dominique Habouzit est allé observer dans les services psychiatriques et y a trouvé un motif d’espérer là où s’inventent des méthodes plus humanistes de soigner.
Sur le sol, un grand rectangle couvert de plastique et en  fond de scène, un mur, les deux blancs. La comédienne et marionnettiste Sarah Darnault, raconte un pan récent de l’histoire de la psychiatrie française avec quelques-uns de ses praticiens exemplaires.
A l’origine, à l’hôpital de Saint-Alban-sur-Limagnole (Lozère), un bouleversement des soins psychiatriques sous l’impulsion de Paul Balvet, son directeur entre 36 et 43.
 Et Jean Oury  fonda en 53 la clinique de Cour-Cheverny (Loir-et-Cher) dite clinique de la Borde  qu’il dirigea jusqu’à sa mort en 2014. Il y avait développé la psychothérapie, dite « institutionnelle ». L’expression (1952) due au psychiatre Georges Daumezon (1912-1979), désigne «une thérapeutique de la folie fondée sur l’idée de causalité psychique de la maladie mentale ». Et l’accent est mis sur la dynamique de groupe et les relations entre soignés et soignants. A Fleury-les-Aubrais (Loiret) dès 36, il avait instauré des activités artistiques ou sportives et des réunions sur la vie de l’établissement.  Et Félix Guattari, psychanalyste et philosophe français (1930-1992) avec d’autres intellectuels,  s’engagera dans cette nouvelle thérapie.

© Manu Buttner

© Manu Buttner

Pendant que Sarah Darnault fait cette sorte de conférence, Fer Flores va dessiner en silence à grands traits noirs de petites maisons, celles des centres hospitaliers de Saint-Alban, de la Borde et inscrit les dates mentionnées plus haut et peindra au rouleau de longues bandes de couleurs primaires sur le mur du fond et… sur le sol.
Et ces artistes vont fabriquer quelques remarquables têtes, avec juste du papier blanc froissé de leurs mains et un personnage, vêtu d’une longue cape, d’un masque et d’une haute coiffe ridicule prononçant un discours fabriqué sur l’institution psychiatrique: Nicolas Sarkozy, alors président de le République en 2008, avec son tic bien connu sur la joue droite que le public reconnait aussitôt: « Médecins, psychologues, infirmières, aides-soignantes, techniciens, agents de service, personnels administratifs en milieu psychiatrique, il n’y a aucune raison de cacher votre métier, vous êtes indispensables à la société, le rôle du chef de l’État, c’était d’abord de dire aux Français : regardez ces professions dont nous avons besoin. De tous les soignants, vous êtes sans doute ceux qui connaissent le plus intimement vos patients. Vous prodiguez des soins au long cours à des personnes qui, pour guérir, doivent pouvoir s’ouvrir à vous et aux autres. Établir une relation personnelle entre vos patients et vous, c’est la clé. C’est ce qui fait l’extrême exigence de votre rôle. C’est ce qui en fait également sa noblesse. »

C’est un excellent moment de ce spectacle où l’art de la marionnette en papier est porté à un niveau élevé et, à la fin, il y a comme une espèce de chaos, tout en papier froissé blanc, lui aussi, de toute beauté. Ce spectacle est comme le petit-fils du fameux happening- terme créé par Alan Kaprow, peintre américain d’œuvres d’abstraction lyrique qui, en 59, en présenta le premier aux Etats-Unis.  Précédé par le Japonais Jirō Yoshihara (1905-1972), fondateur quelques années avant, et théoricien du célèbre mouvement Gutaï qui a mis en valeur le matériau et la gestuelle de l’artiste:  » L’art gutaï ne transforme pas, ne détourne pas la matière ; il lui donne vie. Il participe à la réconciliation de l’esprit humain et de la matière. » Cet acte, revendiqué comme éphémère, lui-même héritier du dadaïsme, du surréalisme, a été influencé par Marcel Duchamp, Antonin Artaud et le compositeur Erik Satie.
Et fondée sur une interaction entre peinture non figurative, voire une élaboration de sculpture comme ici, avec texte, jeu, musique en direct, cette manifestation est réalisée avec des  matériaux de récup, sans scène ni lumière artificielle, maquillages… avec quelques peintres, artistes, acteurs, musiciens, danseurs.  non rémunérés -et sans entrée payante- dans un musée, une galerie d’art, un centre culturel ou, à l’extérieur, dans un campus universitaire. Sont privilégiés entre art et non-art: l’unicité de l’acte, la notion de hasard, la perception du temps (en général, une heure) et de l’espace, la mise en valeur du corps et le travail physique d’un ou de participants et, éventuellement, l’implication de spectateurs.
C’est un peu tout cela qu’on retrouve dans ce spectacle mais la direction d’acteurs n’est pas au rendez-vous: on entend souvent mal le texte. Et la relation entre peinture facile avec couleurs primaires, à grands coups de rouleaux et cette mini-conférence, reste assez factice. Le spectacle a de bons  moments mais est décevant!
Par ailleurs il y a chez le metteur en scène -et c’est désolant- une regrettable absence de conscience écologique: chaque soir, des dizaines de m 2, en rouleaux de beau papier blanc neuf; donc utilisé chaque fois, dix soirs de suite! Des effets scéniques réussis… mais à quel prix? Gas-oil pour la coupe du bois, carburant pour les  voitures des ouvriers, fabrication et entretien des machines, transport du bois par camions jusqu’à l’usine, fabrication et blanchiment du papier au dioxyde de chlore ou au peroxyde d’hydrogène! Puis, à nouveau, transport du produit fini jusqu’au théâtre. Et carburant pour le transport en camions-bennes au centre de traitement des déchets à Ivry-sur-Seine et ensuite transport vers une usine de recyclage et à nouveau, dépense d’énergie… Tout cela, à coup de gas-oil, essence, électricité: un cauchemar environnemental…
Rappelons que le coût par kilo de papier est d’environ 1,5 kg de CO2 !  
Et que l’énergie nécessaire à la production d’une simple feuille A 4 est de cinquante watts/heure! Arts, spectacles, que d’attentats contre la planète, commet-on en votre nom! Le détroit d’Ormuz, un nom que l’on redécouvre le matin, aux infos et dont on n’a pas fini de parler… Quel rapport, du Vignal? Cherchez et vous trouverez…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 19 mars, Théâtre Mouffetard,  73 rue Mouffetard, Paris (V ème). T. :  01 84 79 44 44.

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