Pro Bono Publico par le Blick Théâtre, conception plastique et marionnettique de Sarah Darnault et Fer Flores, mis en scènes, mise en scène de Dominique Habouzit mise en scène de Dominique Habouzit

Pro Bono Publico par le Blick Théâtre, conception plastique et "marionnettique" de Sarah Darnault et Fer Flores, mis en scènes, mise en scène de Dominique Habouzit
mise en scène de Dominique Habouzit

En latin, « pro bono publico »: «pour le bien public ». Dominique Habouzit est allé observer dans les services psychiatriques et y a trouvé un motif d’espérer là où s’inventent des méthodes plus humanistes de soigner.
Sur le sol, un grand rectangle couvert de plastique et en  fond de scène, un mur, les deux blancs. La comédienne et marionnettiste Sarah Darnault, raconte un pan récent de l’histoire de la psychiatrie française avec quelques-uns de ses praticiens exemplaires.
A l’origine, à l’hôpital de Saint-Alban-sur-Limagnole (Lozère), un bouleversement des soins psychiatriques sous l’impulsion de Paul Balvet, son directeur entre 36 et 43.
 Et Jean Oury  fonda en 53 la clinique de Cour-Cheverny (Loir-et-Cher) dite clinique de la Borde  qu’il dirigea jusqu’à sa mort en 2014. Il y avait développé la psychothérapie, dite « institutionnelle ». L’expression (1952) due au psychiatre Georges Daumezon (1912-1979), désigne «une thérapeutique de la folie fondée sur l’idée de causalité psychique de la maladie mentale ». Et l’accent est mis sur la dynamique de groupe et les relations entre soignés et soignants. A Fleury-les-Aubrais (Loiret) dès 36, il avait instauré des activités artistiques ou sportives et des réunions sur la vie de l’établissement.  Et Félix Guattari, psychanalyste et philosophe français (1930-1992) avec d’autres intellectuels,  s’engagera dans cette nouvelle thérapie.

© Manu Buttner

© Manu Buttner

Pendant que Sarah Darnault fait cette sorte de conférence, Fer Flores va dessiner en silence à grands traits noirs de petites maisons, celles des centres hospitaliers de Saint-Alban, de la Borde et inscrit les dates mentionnées plus haut et peindra au rouleau de longues bandes de couleurs primaires sur le mur du fond et… sur le sol.
Et ces artistes vont fabriquer quelques remarquables têtes, avec juste du papier blanc froissé de leurs mains et un personnage, vêtu d’une longue cape, d’un masque et d’une haute coiffe ridicule prononçant un discours fabriqué sur l’institution psychiatrique: Nicolas Sarkozy, alors président de le République en 2008, avec son tic bien connu sur la joue droite que le public reconnait aussitôt: « Médecins, psychologues, infirmières, aides-soignantes, techniciens, agents de service, personnels administratifs en milieu psychiatrique, il n’y a aucune raison de cacher votre métier, vous êtes indispensables à la société, le rôle du chef de l’État, c’était d’abord de dire aux Français : regardez ces professions dont nous avons besoin. De tous les soignants, vous êtes sans doute ceux qui connaissent le plus intimement vos patients. Vous prodiguez des soins au long cours à des personnes qui, pour guérir, doivent pouvoir s’ouvrir à vous et aux autres. Établir une relation personnelle entre vos patients et vous, c’est la clé. C’est ce qui fait l’extrême exigence de votre rôle. C’est ce qui en fait également sa noblesse. »

C’est un excellent moment de ce spectacle où l’art de la marionnette en papier est porté à un niveau élevé et, à la fin, il y a comme une espèce de chaos, tout en papier froissé blanc, lui aussi, de toute beauté. Ce spectacle est comme le petit-fils du fameux happening- terme créé par Alan Kaprow, peintre américain d’œuvres d’abstraction lyrique qui, en 59, en présenta le premier aux Etats-Unis.  Précédé par le Japonais Jirō Yoshihara (1905-1972), fondateur quelques années avant, et théoricien du célèbre mouvement Gutaï qui a mis en valeur le matériau et la gestuelle de l’artiste:  » L’art gutaï ne transforme pas, ne détourne pas la matière ; il lui donne vie. Il participe à la réconciliation de l’esprit humain et de la matière. » Cet acte, revendiqué comme éphémère, lui-même héritier du dadaïsme, du surréalisme, a été influencé par Marcel Duchamp, Antonin Artaud et le compositeur Erik Satie.
Et fondée sur une interaction entre peinture non figurative, voire une élaboration de sculpture comme ici, avec texte, jeu, musique en direct, cette manifestation est réalisée avec des  matériaux de récup, sans scène ni lumière artificielle, maquillages… avec quelques peintres, artistes, acteurs, musiciens, danseurs.  non rémunérés -et sans entrée payante- dans un musée, une galerie d’art, un centre culturel ou, à l’extérieur, dans un campus universitaire. Sont privilégiés entre art et non-art: l’unicité de l’acte, la notion de hasard, la perception du temps (en général, une heure) et de l’espace, la mise en valeur du corps et le travail physique d’un ou de participants et, éventuellement, l’implication de spectateurs.
C’est un peu tout cela qu’on retrouve dans ce spectacle mais la direction d’acteurs n’est pas au rendez-vous: on entend souvent mal le texte. Et la relation entre peinture facile avec couleurs primaires, à grands coups de rouleaux et cette mini-conférence, reste assez factice. Le spectacle a de bons  moments mais est décevant!
Par ailleurs il y a chez le metteur en scène -et c’est désolant- une regrettable absence de conscience écologique: chaque soir, des dizaines de m 2, en rouleaux de beau papier blanc neuf; donc utilisé chaque fois, dix soirs de suite! Des effets scéniques réussis… mais à quel prix? Gas-oil pour la coupe du bois, carburant pour les  voitures des ouvriers, fabrication et entretien des machines, transport du bois par camions jusqu’à l’usine, fabrication et blanchiment du papier au dioxyde de chlore ou au peroxyde d’hydrogène! Puis, à nouveau, transport du produit fini jusqu’au théâtre. Et carburant pour le transport en camions-bennes au centre de traitement des déchets à Ivry-sur-Seine et ensuite transport vers une usine de recyclage et à nouveau, dépense d’énergie… Tout cela, à coup de gas-oil, essence, électricité: un cauchemar environnemental… Rappelons que le coût par kilo de papier est d’environ 1,5 kg de CO2 !  
Et que l’énergie nécessaire à la production d’une simple feuille A 4 est de cinquante watts/heure! Arts, spectacles, que d’attentats contre la planète, commet-on en leur nom! Le détroit d’Ormuz, un nom que l’on redécouvre le matin, aux infos et dont on n’a pas fini de parler… Quel rapport, du Vignal? Cherchez et vous trouverez…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 19 mars, Théâtre Mouffetard,  73 rue Mouffetard, Paris (V ème). T. :  01 84 79 44 44.

 


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